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Marie-Madeleine, « De l’ombre portée à la lumière révélée »

Interview de Christian Doumergue (suite)

Arcadia – Pourriez-vous en quelques mots, nous dresser un portrait de Marie-Madeleine, l’Initiée, que vous avez identifiée ?

Christian Doumergue – Les évangiles gnostiques nous permettent d’arriver à différentes conclusions, qui sont tout à fait en accord — c’est important de le souligner — avec le peu d’informations que les évangiles canoniques nous délivrent sur Marie-Madeleine. Tout d’abord, Marie-Madeleine était une disciple de Jésus à part entière. Ensuite, parce qu’elle avait une intelligence particulière pour le comprendre, elle a reçu de lui un enseignement particulier. Un enseignement que, selon L’Evangile de Marie elle a été seule à recevoir. En fait, on peut penser, en recoupant cette affirmation avec d’autres écrits — par exemple, ceux mettant en avant Thomas — qu’elle n’a pas été seule à se voir délivrer un enseignement particulier. Disons qu’elle faisait partie d’un groupe de disciples que Jésus avait jugé apte à recevoir l’ensemble de sa Révélation… Mais au sein de ce groupe, Marie-Madeleine n’en jouait pas moins un rôle particulier. Un rôle qu’aucun autre disciple ne jouait. En effet, beaucoup d’éléments laissent penser que Marie-Madeleine et Jésus formaient ce que l’on pourrait appeler un « couple divin ». Cela était fréquent dans la pensée gnostique, et je crois qu’on peut même dire, plus que fréquent, systématique. Simon, qui passe pour être le fondateur de la Gnose, était honoré simultanément à Hélène, sa « Pensée première »… Or, si certains textes des Pères de l’Eglise affirment qu’Hélène était la « compagne » de Simon, l’Evangile de Philippe signale de son côté que Marie-Madeleine était la « compagne » de Jésus. Les rapprochements entre les deux couples sont très nombreux. Par exemple, Hélène serait, comme Madeleine, une ancienne prostituée. De tels parallélismes ne peuvent que nous pousser à penser que Jésus et Marie-Madeleine étaient conçus et envisagés par certains groupes chrétiens de l’Antiquité de la même manière que Simon et Hélène. Qu’ils étaient, comme eux, adorés conjointement. D’ailleurs — je pose la question — ne s’agissait-il pas en fait du même couple évoluant sous une identité différente ?

Arcadia – Aujourd’hui, avec le Da Vinci Code de Dan Brown, on a le sentiment que la thèse soutenue il y a déjà près de 40 ans par certains chercheurs français ou anglais sur Marie-Madeleine, commence à entrer dans le domaine populaire, et est partagée par un nombre de plus en plus croissant de personnes, qu’en pensez-vous ?

Christian Doumergue – Le phénomène de société Da Vinci Code, puisque je crois qu’on peut parler de phénomène de société, a servi à révéler un intérêt sans cesse croissant pour Marie-Madeleine, mais qui, du moins en France, était jusque là plus ou moins resté le fait de quelques-uns… L’engouement médiatique pour le phénomène initié par Dan Brown a fait exploser cette confidentialité, et a effectivement contribué à vulgariser et à populariser un certain nombre de questions vieilles de plusieurs années. C’est un phénomène assez étonnant. Surprenant même. Des sujets que l’on abordait qu’entre personnes partageant le même intérêt pour ce que j’appellerais l’« envers des apparences », se sont brusquement retrouvés sous les feux de la rampe, et semblent même, pour certains, avoir acquis le statut de vérité admise. Je pense à l’identité du disciple aux traits féminins assis à côté de Jésus sur la Cène de Vinci. Alors que certains — tant historiens, que religieux — s’évertuent à soutenir tant bien que mal, et plutôt mal que bien, qu’il s’agit de Jean, son identification à Marie-Madeleine semble avoir gagné de nombreuses personnes. En disant cela, je pense notamment à certains articles de presse parus à l’occasion de la polémique autour du détournement de la Cène de Vinci par la campagne publicitaire de Marithé et François Girbaud au mois de Mars dernier… Dans Libération, on pouvait lire sous la photographie illustrant l’article : « Un seul homme, situé à la droite du Christ, c’est-à-dire à la place occupée dans le tableau original par Marie-Madeleine, apparaît, torse nu et de dos, habillé d’un jean et entouré des bras de l’une des “apôtres”. »

Face à cela, on ne peut avoir que l’impression que la vérité est en marche. Que quelque chose est en train de se passer. Un phénomène de grande ampleur, dont le Da Vinci Code n’est qu’une manifestation parmi d’autres… Les autres étant notamment l’effondrement du christianisme en Europe ; la fin du positivisme scientifique ; la remise en question de nos sociétés modernes en général… Il s’agit là d’autant d’avatars de la disparition des certitudes qui régissaient le monde jusque là. Disparition logiquement accompagnée de la quête de nouvelles vérités…

A ce sujet, l’ouvrage de Dan Brown a posé au monde dans son ensemble des questions que seule une toute petite partie de notre société se posait jusque là. Il reste à voir si le monde suivra. Surtout s’il ira là où doivent l’amener les questions vaguement soulevées par Dan Brown. Je le répète : la descendance de Jésus n’est qu’un détail dans l’affaire Marie-Madeleine. La nature de l’Enseignement délivré par Jésus à Madeleine, et le devenir de celle-ci après son arrivée en Gaule : voilà les deux questions auxquelles il faut vraiment répondre…

Christian Doumergue – interview // La lettre de Thot © – août 2005

En illustration : Le Christ au Lièvre de Rennes-les-Bains, curieuse copie d’un tableau de Van Dick ayant appartenu à Paul Urbain de Fleury. On notera « l’absence » de Marie-Madeleine. Photo archives Arcadia ©

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