Robert Amadou

(Bois-Colombes, 16 février 1924 – Paris, 14 mars 2006)

« Mon ami, mon frère, mon vieux maître s’est endormi mardi 14 mars dans la Paix du Seigneur qu’il avait tant cherché et tant aimé toute sa vie terrestre durant, qui commença voilà 82 ans. " L’homme peut soutenir l’homme ; mais il n’y a que Dieu qui le délivre " dit le Philosophe inconnu que Robert Amadou, son vieil ami, vient de rejoindre dans la lumière sans déclin. Le voici donc délivré et nous voici donc orphelins. »

Voici ce que confiait à quelques amis, Serge Caillet à l’annonce de la disparition de Robert Amadou, que nous savions bien malade depuis maintenant deux années (1). Son décès n’en doutons pas laissera un grand vide, qui prendra toute sa véritable nature au fil du temps passant. Les querelles absconses de chapelles pour ne pas dire de clochers s’atténuant… restera l’œuvre émérite d’un homme hors du commun, exégète admirable du Philosophe Inconnu – entre autres.

La cérémonie des défunts a eu lieu ce mercredi vingt-deux mars à dix heures trente, à Montfermeil dans la proche banlieue parisienne, en l’Eglise syriaque orthodoxe d’Antioche, Sainte Marie mère de Dieu (2). Autour de Catherine Amadou, son épouse, entourée de quelques proches se retrouvaient en rangs serrés, sur les bancs de l’Eglise, Serge Caillet bien sûr, Jean-Marc Vivenza, le père Laurent Morlet, Pierre Mollier et beaucoup d’autres frères et amis… L’office célébré en syriaque par le père Yakup Aydin, assisté du père Abi Acar prêtre maronite, directeur des éditions Cariscript et du père Jean-françois Var de l’Eglise catholique orthodoxe de France, dignitaire du Grand Prieuré des Gaules, fut d’une exceptionnelle solennité. Elle atteignit son apogée lors d’un discours en hommage à Robert Amadou prononcé sanglots dans la voix par le père Abi Acar, très affecté et qui sut avec une amitié spirituelle toute particulière, mais sans pathos, faire passer une célébration emplie de sensibles émotions. Une fois accomplie la liturgie, la bénédiction du cercueil, ce dernier présenté au sein du chœur de l’église aux quatre points cardinaux, puis l’onction de celui-ci, la dépouille mortuaire de Robert Amadou prit le chemin du cimetière du Père Lachaise à Paris, où l’attendait en tout début d’après-midi une importante assemblée d’amis venus de toute part, honorer une dernière fois Robert Amadou (3).

A quatorze heures trente, sous une pluie ténue battant les pavés du célèbre cimetière parisien qui vit tant de célébrités, mortes et vivantes… déambuler, s’ébranla le cortège au sein duquel on pouvait reconnaître de nombreuses personnalités : Emilio Lorenzo, Michel Léger, Roger Bénévant, François Trojani, quelques frères de la Grande Loge Suisse Alpina, (loge In Labore Virtus de Zurich), avec laquelle Robert Amadou avait de parfaites affinités, et bien d’autres encore, présents pour accompagner le défunt.

Arrivé au caveau familial, après avoir traversé une petite partie de l’immense cimetière maintenant trempé d’eaux célestielles, le convoi funèbre s’immobilisa. L’encens de Jérusalem du diacre s’effaça progressivement dans les futaies environnantes et les chants syriaques mélodieux du Père Aydin s’estompèrent définitivement dans les frondaisons feuillues des arbres centenaires du Père Lachaise.

Un silence bleuté happa l’espace d’un instant un fragment de l’æther ambiant.

L’assemblée très émue, se recueillait un dernier moment avant l’inhumation lorsque l’ancien Grand Maître d’Alpina après un ultime discours entrecroisa trois roses ; rouge, rose et blanche, en symboles de force, sagesse et beauté, sur le couvercle du paletot de bois.

Ainsi s’en vint Robert Amadou.

Avec cet évènement, c’est incontestablement une page très importante, selon nous, de l’Histoire de l’Hermétisme du XXe siècle qui se tourne définitivement, pour laisser place à un autre temps.

Serge Caillet, que Robert Amadou considérait comme son fils spirituel rendra dans un temps prochain un hommage autre à celui qui est maintenant passé à l’Orient éternel, mais qui restera dans bien des consciences, sinon des cœurs, comme l’être qui apporta au Martinisme du XXe siècle une respiration nouvelle, tout empreinte de l’Illuminisme du siècle des Lumières.

Thierry Emmanuel Garnier – La LdT, avril 2006 - © & DR.

(1) Comme nous le savions, Robert Amadou souffrait ces derniers temps d’une insuffisance respiratoire. Entré dans le coma, il fut aussitôt emmené la semaine précédente, à l’hôpital Cochin, lieu où il s’éteignit le 14 mars 2006.

(2) Seule église en France dévolue exclusivement aux fidèles de ce rite, elle fut entièrement construite en 2004 par toute la communauté syriaque de la banlieue parisienne. Les offices de l’Eglise syriaque orthodoxe d’Antioche peuvent être célébrés en France dans d’autres églises, orthodoxes, arméniennes etc.

Voir : http://cso-france.site.voila.fr/index.html

(3) Le Père Lachaise est le plus ancien cimetière de Paris intra-muros. Le nombre de célébrités qui y reposent est impressionnant. Bien sûr, hormis les grands hommes de lettres, des arts et des sciences, que l’on connaît bien et qui figurent sur les tombes, on s’arrêtera volontiers sur quelques autres de grands initiés tels Papus, Nerval, Kardec, Nodier, … entre autres.
Voir aussi : http://www.pere-lachaise.com/

Par ailleurs, sans présager d’une sortie du livre de Robert Amadou que nous annoncions voila maintenant 3 années, ce travail quasi achevé n’est toutefois pas remis en question et nous envisageons toujours sa possible publication prochaine aux éditions Arqa.

Nous voulons également remercier ici, Claude-Calmels Beaulieux, Xavier Basher, Brice Mébo, Jean-Marc Vivenza, pour l’accueil amical qui me fut accordé lors de mon déplacement à Paris, pour cette cérémonie d’adieu.

En illustration : L’Eglise Syriaque Sainte Marie mère de Dieu © Photo Arcadia DR - Robert Amadou © Photo Rémi Guerrin – Infographie TEG // Arcadia DR - Cérémonie au Père Lachaise & Roger Bénévant © Photo Arcadia DR.

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