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À la recherche du Trésor des Templiers…

INTERVIEW de JANGAST en exclusivité pour la Lettre de Thot - Numéro Spécial Verdon

Jeangast ou Jangast, est le pseudonyme de Jean Le Gall (1), né à Besançon en 1932.

Très jeune, habitant Nantes dès 1937, adepte du scoutisme il se passionne pour les châteaux en ruine de sa région. Il participe ainsi à des fouilles avec des chantiers de jeunesse pour dégager des décombres, comme à Tiffauges où il restaure les bases de la tour de Vidame.

Pour son travail dans les Travaux Publics, il va habiter à Toulon en 1958 et entre en contact avec des excursionnistes toulonnais. Il devient rapidement responsable d’un groupe d’escalade et de spéléologie et explore tous les gouffres et grottes de l’arrière-pays toulonnais. C’est en 1970 qu’il s’intéresse au Trésor templier de Valcros et rencontre le propriétaire du domaine. Jean Gast propose alors ses services pour rechercher des gouffres sous la montagne de Beysse où Alfred Weysen, romancier bien connu ayant publié « L’Ile des Veilleurs » voit une ville souterraine, « Aeria ».

Par la suite, il fera la connaissance de l’écrivain belge. Les deux hommes s’entendent bien, Alfred Weysen propose à Jangast une sorte de contrat. Alfred Weysen sera la « tête », il vit à Bruxelles et ne peut demeurer en permanence en Provence et Jangast sera ses « jambes ». Ce dernier, habitant Toulon à 130 Km du site de Valcros, a en effet un temps disponible certain pour arpenter selon les indications de Weysen, la région dès qu’il le peut. Cette entente se poursuivra durant une dizaine d’années où « les jambes » iront partout, selon les demandes d’Alfred Weysen, qui bien qu ’il connaisse admirablement toute la région, n ’a pas la jeunesse de son représentant sur place, qui escalade des parois pour aller voir des grottes, celle de Trophime par exemple, inaccessible, pour descendre dans des failles, visiter des sites isolés dans une dense végétation, retrouver des endroits perdus, les inscriptions de L’Evescat par exemple.

Malgré la qualité de cette association Alfred Weysen et Jangast se séparent au moment où l’écrivain va travailler à la Treille. Jangast à en effet certaines réticences sur les dernières recherches historiques et symboliques, et fouilles opérées par l’ingénieur belge. De son côté Weysen lui, est persuadé qu’au-dessus des inscriptions de l’Evescat se trouve une galerie susceptible de rejoindre la ville souterraine sous Beysse (1).

Chacun reprend cependant sa liberté. Alfred Weysen poursuivra ses recherches à la Treille, tandis que Jangast reprendra ses prospections en solitaire en éliminant tout ce qui n ’est pas Templier. Il avancera vers une solution, se trouvant au sud de Valcros, là où un castrum romain fut construit vers l’an VIII avant J-C.

Aujourd’hui, à 74 ans, Jangast poursuit sa quête inlassablement, il continue toujours de fouiller dans le Verdon… et pour lui la solution de ce mystère est proche, un jour il entrera dans le souterrain, il en est sûr ! Jangast a publié à compte d’auteur ces 6 dernières années 5 ouvrages faisant le point sur ses 35 années de recherches : - L’énigme du Val de la Croix - Le IXe castrum - Les hauts perdus du Verdon - Le temple du Saint Graal - 35 ans de recherches pour retrouver le trésor des Templiers.
Arcadia – © La LdT – juillet et août 2006

(1) C’est à cette période là précisément qu’eut lieu sur ce site une explosion à la dynamite importante, vraisemblablement pour accéder à ce fameux passage. Il semble que ce soit cette déprédation qui mit fin définitivement aux recherches du groupe d’hommes, constitué autour d’Alfred Weysen. Ajoutons que le vol d’un magnétomètre fort coûteux, au sein du groupe d’investigations in situ, marqua lui aussi la dislocation des chercheurs de trésors. (NdLR)

Arcadia : À la recherche du Trésor des Templiers… vous avez travaillé depuis 35 ans sur le site du Verdon que vous connaissez donc parfaitement bien. Plus exactement sur un périmètre bien défini, que l’on appelle le « Haut Verdon ». Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots, selon vous, pourquoi vous considérez que la localisation de ce trésor se trouve à cet endroit, et s’agit-il d’un trésor matériel ou spirituel ?

Jangast : La raison de la localisation de ce trésor vient du fait qu’il n’y avait aucun autre endroit pour pouvoir le mettre en toute sécurité.

Il faut imaginer cette région au moment où l’on décide de déposer les richesses d’Orient. On sait qu’elles ont été rapportées à Paris dans les caves du Temple… mais la mauvaise politique du roi à l’égard de l’Ordre et le pillage des convois, ont fait que le grand-maître, décida de se servir des souterrains d’un château de Provence. Ce château est un ancien castrum romain, et ce que l’on appelle « les souterrains », sont en fait les réseaux d’une ancienne mine abandonnée.

Au XIIe siècle les Templiers héritent de la seigneurie de Robionum, de la part des Barons de Castellane, mais qu’en reste-t-il vraiment ? On ne peut rien en dire. Quel endroit pouvait permettre de déposer une masse de richesse et surtout en sécurité absolue ? Aucun, à part ce réseau de mine. Aucune construction à faire, rien qui ne se verra de l’extérieur par d’éventuels passants. De plus l’ancienne mine des Romains a été oubliée par tous. On pense aussi à un autre endroit se trouvant dans la montagne du Robion, qui d’après une tradition historique, indique qu’il y aurait une caverne de taille importante recelant un lac.

C’est ce lac qui donnait les nombreuses sources coulantes à Robionum, coulant hiver comme été sans jamais se tarir, même aux plus grandes chaleurs. Le site de Robionum fut de tous les temps habité, déjà par des gens de la préhistoire, puis par les Celtes de Salaou. Viennent ensuite les Romains d’abord… et les Templiers bien après. Le village deviendra jusque vers 1400, Rocquebon. Les Templiers vont construire une tour de 25 m de hauteur, avec une passerelle leur permettant de prendre pied dans une vaste grotte, inaccessible autrement. Puis sur le bord de la terrasse au-devant de la grotte, ils vont construire un mur de 30 m de long, 2 m de haut, recouvert d’une charpente et de lauzes, contre la pluie.

Cette grotte spacieuse, dont le sol rocheux est en pente a une hauteur sous plafond de 0 m 90 par endroits et beaucoup moins à d’autres. Autrement dit, elle est inhabitable. Si elle le fut pour les gens de la préhistoire, c’est que ces gens se contentaient de peu. Mais pour des guerriers comme l’étaient les Templiers, je ne les vois pas habiter à plusieurs dans ce trou, qui de plus se retournerait contre eux en piège, en cas d’attaque ; à moins bien sûr qu’il n’y ait une sortie ? Car pour quelle raison construire tout ce système de tour, de passerelle amovible et de mur devant la grotte, si ce n’est pour dissimuler un secret. Monsieur Weysen pensait que dans cette grotte (où il n’a jamais mis les pieds) il y avait un passage allant au lac et que là, on aurait pu ressortir, dans la grotte de la Baume Jardin, située au nord du massif, fermée par un mur, dans un bouquet d’églantier, presque à la même hauteur que celle de Robionum…

J’ai longuement travaillé dans cette grotte à la recherche d’un passage, car l’ouverture de la grotte qui fait environ 8 m et qui est ouverte depuis des milliers d’années, reçoit toutes pluies et la fonte des neiges. Avec la pente rocheuse les pluies entrent à l’intérieur et obligatoirement disparaissent naturellement au plus bas de la grotte. Donc là, l’eau passe, soit qu’il y ait un passage muré, soit que l’eau s’infiltre ? Le doute me poursuivit des années durant et souvent je suis retourné sur les lieux pour essayer de trouver un passage, mais en vain.

Et puis avec le temps, j’ai compris que si les templiers s’étaient servis de cette caverne pour y déposer leur richesse et aussi leurs archives, avec l’humidité qui est de 100%, tout serait corrompu. De plus, ayant sans doute muré le passage, il se trouve que par la suite, vers 1400, la tour fut écroulée, ils ne leur fut donc plus possible de revenir sur le site, pour prélever des richesses.

Je ne pense pas, comme le prétendait Alfred Weysen qu ’il s’agisse d’un trésor spirituel et que des initiés soient venus étudier avec des manuscrits rapportés d’Orient, ce qui aurait donné lieu à une fabuleuse organisation de la part des gardiens, pour le couchage et la nourriture des invités…

La logique veut que l’ancienne mine, avec ses salles et ses galeries, soit l’endroit prédéterminé du fabuleux dépôt des Templiers.

Arcadia : Sur quelle source se base-t-on pour dire que la Chapelle Saint-Thyrse est la première chapelle templière de l’époque ? Si cela est vérifiable, cela donnerait semble-t-il plus de crédit à l’hypothèse qui voudrait qu’Hugues de Payen, que nous croyons originaire du Vivarais, avait bien des terres dans le Verdon.

Jangast : Pourquoi est-ce que Saint-Thyrse serait la première église Templière dans cette région ? A cause, sans doute de sa date de construction, qui semble être du XIIe siècle ? Aucun historien consulté n’est d’accord en ce qui concerne sa datation. Par contre, on trouve une information dans une charte de l’abbaye de Cluny, qui cite une église de Saint-Thyrse donnée en 909, dans une villa aux confins de Papus de Riez, à l’abbaye Bourguignonne par le père de Saint-Mayeul. Est-ce que cette église de Saint-Thyrse est la même que celle de Robion ? Ce n ’est pas sûr. Par contre son attribution aux Templiers, ne repose sur rien. Ce que l’on sait par contre, c’est que les templiers n’arrivent dans cette région que vers 1100. Le baron Pierre de Castellane, leur donne la seigneurie de Robionum, se trouvant au pied d’une barre rocheuse à 1385 m d’altitude, qu’ils remettent en état et plus tard ils construiront la commanderie de Saint-Thyrse, à l’entrée de la vallée du Robion. Ce qui correspond aux environs du XIIe siècle.

À l’origine, cette église a deux nefs. Celle du sud s’écroula à cause d’un glissement de terrain, on refit rapidement la partie ouverte de ce sanctuaire, avec des pierres de réemploi, sur lesquelles, on trouve de nombreux signes de tâcherons. C’est à cette occasion que la tour-clocher de l’église, fut remontée de plusieurs mètres, afin d’y mettre deux cloches, frappées aux armes des barons et la date de 1436. On fit ce travail, et cette église sera donnée aux habitants de Robion comme église paroissiale, car le village ne possède pas d’église. Les recherches nous apprennent aussi une chose, c’est que déjà en 1436, le village de Robion, qui était en haut à Robionum, est descendu dans la vallée. C’est à ce moment-là aussi, qu’un cimetière est construit devant le cul-de-four et plus tard, un mur d’enceinte également. À cette occasion, un terrassier trouvera une pièce de cuivre représentant trois abeilles sur une face et une croix templière, au revers. (Théoriquement cette pièce devrait se trouver à Castellane dans un musée).

En ce qui concerne Hugues de Payen, qui serait né en Vivarais, voici ce que l’on trouve à son sujet :

Mais mieux que ces pourtant illustres personnages et si l’on en croyait Honoré Bouche et le Prieur Laurenzy c’est la toute petite commune du canton de Comps : Le Bourguet, anciennement Bagarry (ou Bagarris) qui pourrait revendiquer l’honneur d’avoir été le berceau d’un des plus illustres des Templiers : Hugues de Payens ou de Paganis, Ces deux auteurs estiment en effet que les historiens ont mal déchiffré les parchemins et que Paganis n’est que l’altération de Bogorry (ou Bagarris), Les preuves historiques qu’ils en donnent paraissent assez convaincantes. C’est dans l’enthousiasme déchaîné par son retour des Croisades que le château paternel se transformait en commanderie et les templiers faisaient élever à ses pieds la belle chapelle de Sainte-Anne que l’on voit toujours en service à quelques 600 m, au nord du Bourguet sur la route de Castellane. Ils y seraient probablement encore enterrés puisqu’elle renferme les sépultures des seigneurs du Bourguet. C’est une église romane orientée, dent seule la façade nord paraît avoir été renforcée après coup de contreforts extérieurs. Un petit cimetière est attenant à la façade sud.

Ce texte est tiré d’un opuscule écrit par Pierre Grimaud de Toulon Templiers et Hospitaliers, dans le canton de Comps. Var, 1973.

Arcadia : Vous faites état dans vos différents ouvrages d’un « Royaume Templier » que cet Ordre envisageait de bâtir dans cette région. Quelles sont les références historiques et/ou bibliographiques faisant état de l’intention des moines de cet ordre de créer un Royaume Templier en Provence, sous la protection du Comte Charles d’Anjou ?

Jangast : En fait, il n’y a aucune source historique et bibliographique, pas à ma connaissance en tout cas, sur cette question. Par contre et là on entre dans la réalité des faits sur le terrain, c’est que les templiers ont possédé tous les châteaux de la zone sud du Robion. Avec la commanderie-mère de Saint-Thyrse, Robionum, la forteresse-rocher, Comps, Trigance, Rougon, Rimeux et Eoulx. Partout dans ces différents châteaux et places fortes on retrouve la trace des templiers, encadrant un vaste territoire de cent-cinquante kilomètres carrés.

J’ai parfaitement expliqué tout cela avec de nombreux schémas, dans mes livres.

(à suivre…)

Interview de Jangast pour la LdT, juillet 2006 © & DR

En illustration : © Jangast – archives Arcadia - Les inscriptions de l’Evescat, photo Arcadia ©.

(1) Information donnée par l’auteur dans son dernier livre.

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