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Paul AMOROS - De la Terre des Soleils / 2

5 – Où se trouve-t-elle cette Vérité ?

Faut-il la voir dans cette vieille pierre bien usée de Saint-Maymes, pierre qu’on voudrait faire passer pour un carré magique alors que ce vestige n’est autre que le reste d’un tombeau gallo romain (1). Quand bien même ce lieu de Saint-Maymes est un bien réellement templier du Verdon…

Faut-il la découvrir en décryptant les symboles énigmatiques de la pierre écrite du Jabron, près du pont de l’Evescat ? Là encore on voit les aiguilles du cadran de la recherche osciller des Ligures à un langage codé des francs maçons… On parcourt les siècles en toute liberté mais on n’avance pas. Alors vous chercheurs, savants et spécialistes quand donc apporterez-vous une réponse fiable à cette question posée par la pierre ?

La vérité se dévoilera-t-elle en déchiffrant les étranges signes cabalistiques d’un parchemin qui s’est baladé sur la Provence journalistique des années 70, en ce XXème siècle. « Ils ne sont pas de ce monde ! » dit la peau de bête. Sommes nous si… bêtes pour croire à toutes ces élucubrations. Dis parchemin, sur quels chemins nous égares-tu ? Nous voilà bien mal barrés… (Comprenne qui voudra !)

Six siècles se sont écoulés depuis la disparition du Temple. De Gisors en Arginy, de Rennes-le-Château en Arcadie, du Verdon en Ile des Veilleurs on a, depuis des décennies, cherché le fabuleux trésor. Ne trouvant rien, l’ésotériste inventa l’art de botter en touche : « Il ne s’agit pas d’un trésor matériel, c’est plutôt d’un trésor spirituel qu’il s’agit ! Mais l’heure n’est pas encore venue ! » Pour finir par en Da Vinci codifier l’histoire…

Un demi siècle de recherches sur les terres du Verdon ou rien de véritablement sérieux n’a pu être découvert. Tous les chemins ont été parcourus, toutes les ruines ont été visitées, toutes nos chapelles ont été vandalisées. Halte, nous crions halte à tous ces saccages. J’en ai tellement vu et entendu des chercheurs de leurres jamais présents à la bonne heure pour ouvrir le temple du secret. Aujourd’hui on doit bien travailler sur la sixième ou septième hypothèse. Sachant que chacune est cousue de fil d’or et aussi logique que celle qui l’a précédée.

6 – Faux prophètes et vrais escrocs

Des « treillis rangers » en expédition commando, des manipulateurs de pendule (jamais à la bonne heure !) des dynamiteurs de falaise, des entrepreneurs de travaux, des malins pas bien malins, des coquins bien malins, des vendeurs de vent oscillant au gré des vents.

Un jour Weysen me dit : « je vous donne un pour cent de ce que je vais découvrir. » C’était son procédé quand il voulait obtenir de l’aide matérielle ou physique. Il utilisa si souvent ce stratagème auprès des hôteliers d’ici quand il ne pouvait honorer ses factures. Un jour il voulut vendre un scoop à un journaliste pour l’ouverture de « son temple », bien sûr tout cela sous le sceau d’une exclusivité… Mais, parce qu’il y a toujours un mais dans toute les bonnes histoires, il négociait en cachette le même scoop avec un autre média. Et le hasard faisant bien les choses les deux journalistes se retrouvèrent ensemble un soir à loger dans la même auberge… et l’un de révéler à l’autre… « Je suis sur un truc terrible, une grandiose révélation… » « Ah bon ! Toi aussi ! »…

Un autre me proposa, tant il était convaincu, de fouiller avec lui à 14 mètres de profondeur. Il avait déterminé une mine d’or… qui dort toujours dans les entrailles de la terre.

Cet autre radiesthésiste voulait lui que je creuse jusqu’à 5 mètres dans ma demeure. Il n’y voyait rien moins qu’une crypte… « votre maison est très ancienne » me disait-il en se fiant à l’épaisseur des murs pour lui templiers bien sûr… mais bâtie en mille… huit… cent… 61 ! Il sentait même de l’eau, une source ! Il ne se trompait pas le bougre ; il était au dessus d’une fosse… septique ! (Merde alors !)

Et j’y ai vu et croisé des fous furieux qui pénètrent les portes ésotériques du Verdon comme vous poussez la porte de votre salon. D’autres voyant dans chaque pierre ou relief originaux la signature d’une civilisation de géants, en arrivant même à décrypter dans chaque bosquet un texte en langue ancienne. Ces autres, adeptes d’une « lumière bleue » me déclarer sans broncher : « les crues du Verdon du 4 octobre 94, c’est nous, notre « force de pensée » et les travaux que nous faisons dans une certaine chapelle… (Saint Thyrse pour ne pas la nommer) ».

7 – Rencontres d’un autre type…

Cinquante années de recherches et rien de tangible c’est ce qu’on pourrait penser à la lecture de ce papier. Eh bien non !

Je dois vous révéler que j’y ai découvert quelques pépites merveilleuses en la rencontre avec des êtres authentiques et vivants. Sages et silencieux, riches de cœur et d’âme. Et si c’était cela le véritable trésor, cette quête de l’humain… L’humain qui ne se prend pas au sérieux…

Rencontrez celui-là, il s’appelle Stéphane E.

Un jour des années 90 ne voilà-t-il pas qu’il déboule chez moi. Habillé en treillis, un gros livre sous le bras ; je reconnais l’Ile des Veilleurs. Il veut tout voir, le menhir, le zodiaque, les chapelles, les veilleurs. Comme halluciné il ne m’écoute pas quand je lui dis que rien de tout ce qui est écrit n’existe vraiment. Il me quitte déstabilisé. Il reviendra une fois, dix fois.

Un jour il me dit : « Je suis tombé amoureux de la chapelle Saint-Trophime et je vais la restaurer. »

Oui, je pense qu’il vient de tomber sur la tête ou que les démons de cette terre étrange viennent de lui jouer un mauvais tour. Pourtant un jour il m’amène un épais dossier sur cette restauration. Il a même levé un budget conséquent. Il me demande si je peux faire quelque chose pour lui. J’appelle des amis journalistes qui eux aussi rentrent dans cette noble folie. Il obtiendra une demi-page dans la presse régionale et près de deux minutes au journal de TF1. En juin 1999 la chapelle Saint-Trophime est restaurée. Merci Stéphane tu as réparé ce que d’autres avaient vandalisé. Juste rééquilibre !

Vous ne rencontrerez plus mon ami Andrzej S. devant la porte du château de V.

Il a quitté il y a peu les chemins de la terre du Verdon pour rejoindre d’autres sphères où les mondes spiralés s’entremêlent, ou conscience et science, vide et absolu inventent l’éternité. En gardien du seuil il nous aura laissé dans la plus grande des discrétions une œuvre écrite rare et très personnelle, celle d’un surréaliste avançant courageusement dans les méandres de la pensée…

Vous croiserez au détour de quelques ruisseaux glacé la silhouette rigolote d’une prêtresse vaudou interpellant les « Orishas du Verdon ». Sage et discrète elle sculpte et peint pour retransmettre ses visions du monde des esprits. Elle chante et danse pour clamer la beauté de la vie.

Et plus haut dans la montagne, au bout d’un chemin bien pentu on pourrait découvrir un couple pastel retiré là depuis fort longtemps. Danie et D. peintres et rêveurs colorent le monde et la pensée des plus belles couleurs de la palette. D’ailleurs ce n’est pas une palette qu’ils utilisent, c’est tout simplement l’Arc en Ciel. Ne me demandez pas le chemin pour leur demeure je ne vous le dirai pas… Il faut juste suivre la lumière…

Et puis au bout d’un autre chemin, dans le village perdu du Bourguet un autre artiste, une jeune femme Elsa M. sculpte la pierre et le bois en des œuvres minuscules de la taille d’un galet du Verdon jusqu’à des réalisations monumentales de plusieurs mètres de haut. Discrète et secrète, c’est peut être sa devise…

La voilà la vraie richesse du Verdon, dans cette simple beauté des lieux et des gens où s’amalgament rêves et réalités quand s’active la force de l’âme et de l’amour. Un œil attentif ne manquera pas d’observer à quelques kilomètres de la grotte du chevalier Templier Borgandion, une autre demeure, celle d’un chevalier des temps modernes qui œuvre avec son équipe depuis trente ans pour faire briller un écrin d’humanité. Ce chevalier s’appelle Guy Gilbert et dans sa bergerie de Faucon, il applique en toute simplicité, en un œcuménisme parfait la puissante devise des templiers : « Rien pour moi Seigneur, Tout pour la Gloire de Ton Nom ! »

Elle se termine ma balade sur cette terre des rencontres. Vous rencontrerais-je demain ? Sommes nous certains que demain existe. Sommes nous bien certains que l’histoire existe, que le légendaire existe ? N’avons-nous pas encore rêvé quand nous cherchions « l’Ile des Veilleurs » ?

Avons-nous bien lu ce livre, n’était ce pas plutôt…

ne fallait-il point lire…

« l’Ile des Voleurs » ou alors…

mais…

mais tout…

s’obscurcit…

Là…je vois…

peut être…

l’Ile pour…

devenir…

meilleur !

Paul Amoros © DR – Texte inédit pour la Lettre de THOT, Numéro spécial, Eté 2006.

En illustration : Paul Amoros - Photo Arcadia ©.

(1) Paul Amoros fait état d’une pierre que l’on pouvait voir encore, il y a peu, et qui avait un intérêt certain sur le plan de l’étude symbolique. Malheureusement ayant été déplacée, elle n’est plus actuellement visible, en lieu et place. (NdLR)..

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