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Myriam PHILIBERT – Alma Mater / 2

l’éternel féminin

Donc avant tout fut Chaos,

Puis Gaïa aux larges flancs,

Assise sûre à jamais offerte à tous les vivants

Et Eros, le plus beau parmi les dieux immortels.

(Hésiode, Théogonie)

Dieu, la Déesse ! Sont-ils Un ou sont-ils trois ? Qui a la primauté ? Des millénaires de règne de la Déesse mère et d’un seul coup, un seul Dieu omnipotent, omniprésent, omniscient. Dans sa sagesse, Hésiode se réfère aux neuf Muses d’abord, ses inspiratrices, à Zeus ensuite, en tant que père des pères et père des dieux. Un long prologue calme le jeu. La Théogonie elle-même débute avec un ternaire d’entités : Chaos, que certains traduisent par « Abîme », Gaïa, la Terre, mère des hommes et des dieux, qui enfante sans le secours de quiconque et Eros, l’animateur. Chaos demeure énigmatique et incertain. Il n’est pas possible de dire s’il est masculin ou féminin. En revanche, Gaïa et Eros affichent leurs prétentions respectives.

La question du Principe demeure, pour l’instant, sans réponse. Un ternaire s’impose, indispensable semble-t-il à l’état de « manifestation ». Cependant, nul ne peut nier le concept de principe féminin en tant que source de toute vie et/ou puissance vitale inépuisable. Dès lors, il entre en discordance par rapport à celui d’esprit. Ni l’un ni l’autre ne peut se suffire à lui-même. En fait, l’Un demeure inaccessible à l’esprit humain, qui pense très vite en termes de dualité et met aussitôt en opposition corps et esprit.

L’unité - la Monade

Dans leur sagesse, les Celtes et nombre de traditions reconnaissent que l’Un (ou le Principe) appartient à un domaine inconnaissable et qu’il est vain de tenter d’épiloguer à son propos. Pour ceux-là, la sphère de Keugant englobe tout ce qui est et ce qui existe. L’être humain, même le plus évolué, et aucun être vivant ne peuvent y accéder. Seule une entité supérieure, traduite dans Les Triades de l’île de Bretagne, par « Dieu » peut la traverser et y rester.

Divers mots sont proposés pour suggérer cet être qui transcende tout : Dieu, mais ce mot a singulièrement été galvaudé au point d’être devenu limitatif. Un sérieux dérapage a eu lieu quand les sociétés sont devenues patriarcales et « Dieu » a rapidement pris une connotation masculine, voire paternelle. Les partisans de la Déesse se sont alors insurgés. Il fallait impérativement trouver ou retrouver une divinité qui ait quelque apparence d’androgyne. Mieux encore, il fallait échapper à l’anthropomorphisme. Les expressions Un ou Monade semblent plus satisfaisantes pour la raison.

Un jour vint l’épineuse question de la Création ou de la Naissance du monde, et dès lors, la problématique entra dans le mode de la dualité. L’Un comprend, engendre ou se divise en deux. Souvent, un état d’indifférencié originel préexiste à toute forme d’existence. Nul ne le définit clairement. Il n’est ni masculin ni féminin. Tantôt, il est aqueux comme Noun, en Egypte, ou tantôt vaporeux, comme Atoum, le « Vieux » dieu. Les scientifiques actuels placent des gaz à l’origine du monde tel que nous en avons aujourd’hui la perception et l’eau comme indispensable à la vie. Intuitivement ou en relation avec une mémoire génétique, les anciens Egyptiens sont arrivés aux mêmes conclusions que nos chercheurs. Les diverses mythologies ont, toutes, une approche plus ou moins équivalente.

Dans un registre différent, l’un des plus anciens poèmes traitant de la création du monde, que nous a légué l’Inde, Le Rig Veda, insiste lourdement sur une attente quasi insoutenable qui affecte l’esprit. Plusieurs traditions évoquent donc cet « Esprit » seul, inactif mais pensant...

Il pense tellement qu’un jour, il se retrouve face à l’expression de sa pensée. A contrario, il n’est plus seul. à nouveau, l’ombre sournoise de la dualité et de ses conséquences plane sur l’être pensant et la pensée.

Et la Déesse ? Faut-il poser la question ? Dans nos sociétés, elle semble si obsolète que l’on a cru devoir la négliger, voire l’occulter. Volatile, l’esprit annihile la matière, la matrice, la mère. Pourtant, les populations préhistoriques vouaient un culte à la Déesse, mère du monde. La maternité et l’enfantement semblaient un bien si précieux et si miraculeux, dans le sens de la préservation de la vie, qu’il ne pouvait y avoir d’autre cause à l’existence du monde que la naissance.

Naissance du monde et création du monde allaient désormais (...)

Myriam PhilibertLe Mythe des Déesses Mères - à commander sur la Boutique des Éditions Arqa - (extrait - 2) Arqa éditions. La LdT – décembre 2006

En Illustration : Sculpture de Isabelle de Grandmaison sur :

http://www.grandmaison-sculptures.com/t03.html

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