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12/1/2011 [Portrait de l’astrologie « uranisée » en vigueur]

Par astrologie « uranisée », nous ne faisons aucunement référence à l’Ecole de Hambourg de Witte et à son astrologie « uranienne » [1]. Par astrologie « uranisée », en effet, nous désignerons désormais l’astrologie qui se sert de la planète Uranus pour prévoir/prédire les perturbations, les empêchements générant de l’imprévu.

Cette planète entrée bien tardivement dans l’arsenal de l’astrologie, dans le cours du XIXe siècle [2] - ne semble pas avoir contribué à redorer le blason de l’astrologie aux yeux des milieux scientifiques. Elle a fini par occuper une place centrale dans l’imaginaire [3]astrologique contemporain au point qu’il nous semble que l’on puisse parler d’astrologie uranisée.

Si l’on menait une enquête sur Uranus, parmi les astrologues, le consensus serait assez fort pour faire ressortir une dimension de changement, de revirement soudain, de remise en question des projets initiaux etc. Cette planète qui, paradoxalement, porte le nom du dieu originel (Ur, en allemand, renvoie à la cause première (Ursache), mais on trouve cette même racine indo-européenne, dans le grec « arché » (comme dans archétype) et dans le mot français « origine »), signifierait, en fait, pour nos astrologues d’aujourd’hui, l’élément qui vient modifier la donne initiale. C’est dire que ce n’est pas le nom de la planète, tel que voulu par les astronomes, qui aura inspiré la signification astrologique de l’astre transsaturnien.

Il semble, au contraire, que les astrologues anglo-saxons du milieu du XIXe siècle aient jugé bon de conférer au nouveau venu la signification en rapport avec le caractère tardif de sa découverte. Voilà donc Uranus/Ouranos, l’ancêtre des dieux, affecté à un astre qui vient se rajouter au Septénaire ! Étrange destin pour le père de Kronos/Saturne et le grand père de Zeus/Jupiter.. Uranus, découvert en 1781, astre des temps nouveaux, signe des révolutions américaine et française.

Mais en fait, Uranus incarne, personnifie, tout un pan de l’astrologie tel qu’il existait depuis des siècles, à savoir tout ce qui vient modifier le cours normal des choses, ce que l’on pourrait résumer par un mot : le Mal et notamment la maladie, sous toutes ses formes. Comme dans la formule « cela s’est mal passé ». On interroge les astres pour savoir si quelque chose ne va pas empêcher que les choses se déroulent comme prévu. Bien au-delà du seul Uranus, c’est l’astrologie entière qui est interpellée, mobilisée dans ce sens. D’où notre expression d’astrologie « uranisée »., c’est-à-dire instrumentalisée dans l’esprit d’une problématique uranienne, de troubles, de perturbation(en anglais disturb), comme empêcheur de « tourner »/ normalement. L’astrologue uranisé va ainsi pouvoir prévoir…. l’imprévu. En ce sens, Uranus est le cheval de Troie de la divination. Car pour nous, le champ uranien est bel et bien de l’ordre de la mancie, de l’astromancie. Il vient compléter celui d’une astrologie que l’on pourrait qualifier de saturnienne et qui est censé traiter de l’ordre immuable des choses, à l’instar de l’alternance jour/nuit, Eté/Hiver.

Il y a ainsi une façon « uranienne » d’interpréter les aspects planétaires avec la notion de dissonance. Car Uranus est par excellence, la planète de la dissonance, la fausse note, qui vient s’ajouter malencontreusement aux sept notes de la gamme. Au lieu de considérer les carrés et les oppositions comme constituant un circuit harmonique, ce que vient souligner l’appartenance des signes ainsi connectés à une même catégorie (cardinaux, fixes, mutables)- on introduit des tensions, en s’inspirant notamment des saisons et de ce qui les différencie entre elles. En réalité, les aspects sont des facteurs harmoniques et c’est l’absence d’aspect qui serait dissonante. Dire qu’il y a une planète dissonante ou des aspects dissonants, c’est cela faire de l’astrologie « uranisée ».

Or, parmi les astrologues et les astrophiles, nombreux sont ceux et surtout celles qui ont une mentalité uranienne, pour qui toute leur vie est une succession de perturbations, d’empêchements de tous ordres. On comprend qu’ils ne jurent que par Uranus car Uranus explique ce qui leur arrive et donc les déculpabilise.

>[Jacques Halbronn]

1] Récemment, Gabriel Ruis a publié un ouvrage sous ce titre et dans ce cadre, voir notre entrteien à La Rochelle, pour Demi-Lune.

[2] Voir notre entretien audio en anglais avec John Addey, à Londres en 1981, bientôt en ligne sur teleprovidence.

[3] Voir La Vie Astrologique, il y a cent ans, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1992.