17/1/2011 [Conseils pour réussir en Astrologie]

Nous voudrions ici nous adresser à ceux qui se demandent ce que cela implique et signifie d’être un " grand astrologue " de façon à ce qu’ils ne prennent pas des vessies pour des lanternes. Devenir un "grand astrologue" n’a rien à voir avec le fait de satisfaire une clientèle par le bouche à oreille. Celui qui veut faire carrière devra donc se choisir un maître qui lui apprendra à penser et repenser l’astrologie. Et il sera prêt, non pas quand il saura interpréter un thème mais quand il pourra discourir brillamment, oralement ou par écrit, sur l’astrologie. Si on nous objecte que ce n’est pas ainsi qu’il gagnera sa vie par l’astrologie, nous répondrons que ce qui ferait l’honneur des astrologues serait précisément que l’argent qu’ils gagnent par la consultation serve à permettre à une certaine élite d’exister. Et cela doit s’apprendre dans les écoles d’astrologie : les moins doués doivent se mettre au service des plus doués et c’est aux enseignants de faire prendre conscience aux uns et aux autres de la place qui est la leur.

Le milieu astrologique semble ne guère se renouveler ne serait-ce qu’au niveau des catégories d’âge et de sexe. De quoi est-ce le symptôme ?
Quand on entend des astrologues affirmer qu’il faut de longues années pour devenir astrologue, n’est-ce pas là un indicateur d’une certaine sclérose ?

Est-ce que les astrologues, collectivement, comprennent quel doit être le bon fonctionnement d’une société, eux qui prétendent conseiller autrui ?

Selon nous, une société qui ne renouvelle pas ses modèles, ses pratiques est à terme condamnée à se replier sur elle-même et surtout se ferme à avènement et à l’intégration de nouvelles recrues de qualité.

Il faut bien comprendre que toute sclérose favorise les plus faibles et les moins doués car elle n’exige aucune faculté d’adaptation et d’assimilation. Elle masque les carences des uns et des autres, grâce à la façade de la routine, laquelle n’est qu’une apparence et un simulacre de vitalité.

Or, toute société en bonne santé est « darwinienne », elle doit permettre aux plus forts d’occuper les premières places. Mais que se passe-t-il quand cette société est verrouillée du fait qu’elle s’articule sur un savoir instauré une fois pour toutes, ce qui protège les moins aptes. Autrement dit, quelque chose sent le pourri au royaume des astrologues. Et ceux qui ont l’odorat un peu fin préfèrent aller s’engager ailleurs. Mais comme nous l’avons dit, ce qui montre que les cordonniers sont bien les plus mal chaussés, un tel constat est d’autant plus attristant que les astrologues sont souvent dans la posture de donneurs de leçons.

Ce qui est remarquable, c’est que les astrologues projettent leur propre sclérose sur le public, sur leurs clients, leurs élèves. Combien de fois n’avons-nous pas entendu dire que si l’on change l’image de l’astrologie, il n’y aura plus de demande d’astrologie de la part du public. Combien de fois l’on a mis un certain conservatisme, non sans quelque hypocrisie, sur le dos des attentes de la clientèle ?

Or, nous vivons en une époque où les choses bougent très vite, où le public s’initie en un rien de temps à de nouvelles techniques, à de nouveaux appareils. On rira au nez de celui qui oserait aujourd’hui prétendre qu’il faut beaucoup de temps pour apprendre quoi que ce soit. Nous avons depuis longtemps combattu toute idée selon laquelle les études astrologiques exigeaient des années pour que l’on devienne un « bon » astrologue. Cela nous fait penser à ces gens qui ont tellement de meubles chez eux qu’ils repoussent indéfiniment tout déménagement.

Serge Bret Morel a mis en avant la notion de « savoir –faire ». Il ne faut pas en faire une religion. S’il arrive que tel savoir faire n’est plus de mise, il faut avoir le courage d’y renoncer. Il est vrai que cela signifie que l’on reparte de zéro, comme le premier nouveau venu et cela peut être vécu comme une expérience humiliante. Mais là encore,aux astrologues qui conseillent autrui comment mieux gérer leur vie et d’assumer les changements et mutations qui se présentent de donner l’exemple.

Quand dans les années soixante, soixante dix, nous nous sommes lancés dans la carrière astrologique, à notre façon, les choses bougeaient, l’astrologie n’ était pas figée dans un ronronnement consensuel béat. Il y avait Gauquelin, Nicola, Dorsan qui secouaient l’arbre astrologique pour faire tomber les feuilles mortes. Instinctivement, nous sentions que nous pourrions trouver notre place au sein de cet ensemble et faire nos preuves. Or, de nos jours, où sont les jeunes d’une trentaine d’années capables de prendre le relais et de s’affirmer face aux anciens ? On est dans un cercle vicieux car l’astrologie actuelle ne peut attirer à elle que des médiocres qui y cherchent quelque réconfort. Cela vaut pour les clients mais pas de l’autre c ??te de la barrière. Il parait que dans le domaine de la cuisine, la France est également mal partie et largement concurrencée par d’autres pays. Et nous pensons en effet que le mal dont souffre l’astrologie en France n’est que l’expression du « Mal français » comme disait Alain Peyrefitte.

Quel remède proposons-nous ? D’abord, évitons de laisser le pouvoir aux praticiens car ce sont eux qui empêchent ou sabotent le débat. En effet, si leur « savoir faire » donne satisfaction, pourquoi, diable, faudrait-il en changer ? Redonnons toute son importance au débat théorique et acceptons de changer les régles du jeu. Le grand mérite des novateurs n’est pas tant d’avoir eu raison que d’avoir permis un renouvellement, un recrutement de nouvelles vocations quitte à ce que ces nouveaux venus occupent les premières places parce qu’ils sont plus vifs, plus capables. Dans le passé, il en a été ainsi, non seulement sur le plan intellectuel mais aussi au niveau des leaders, des responsables qui ont laissé monter en puissance de nouvelles personnalités.

En fait, l’astrologie est malade de la complexité qui est devenue la sienne et c’est cette complexité qui sert d’alibi à l’expérience. Les praticiens mettent délibérément la barre trop haut quant aux possibilités supposées de l’astrologie. Et bien plus encore les enseignants- et nous en avons pu observer opérer un grand nombre dans notre école (la FLAP), pendant 20 ans, qui sont les grands responsables de la situation actuelle, y compris par le biais des manuels papier ou sur le web. Dans bien des domaines, l’on a pu remarquer à quel point les gens possédant quelque bagage s’ingénient à en montrer la difficulté d’acquisition dans l’espoir de gagner en honorabilité. On songe aux enseignants en anglais en France qui se gardent bien d’expliquer les rapports entre le français et l’anglais et qui découragent leurs élèves de recourir aux mots communs aux deux langues sous le prétexte qu’il y a de « faux amis ». Mais enfin quand on apprend une langue, au moins, l’on peut observer que l’on se fait comprendre par d’autres personnes qui la parlent et communiquent grâce à elle. Dans le cas de l’astrologie, l’astrologue se veut plutôt un traducteur dans la langue de tous les jours d’une langue qui en quelque sorte serait morte et dont il aurait appris à déchiffrer les hiéroglyphes.. Il lirait ainsi des textes qui parleraient de son client, d’une personne que l’astrologue ne connait pas. C’est comme si je tirais à l’arc mais ne voyait jamais le résultat de mes propres yeux mais d’après ce que d’autres m’en disent. Quelle situation étrange que de devoir ainsi dépendre des autres pour savoir ce que l’on vaut, de leur complaisance ou de leur plus ou moins bonne volonté et disposition...

C’est dire que la réputation d’un astrologue ne se joue pas dans sa pratique qui reste bien aléatoire et qui s’apparente, qu’on le veuille ou non, à bien d’autres pratiques concernant le psychisme et le physique des humains, à commencer par celles des thérapeutes de tous bords./. Chacun sait qu’un grand astrologue est quelqu’un qui sait parler d’astrologie avec talent. Les astrologues ne sont pas jugés comme le sont les chirurgiens. Les astrologues les plus réputés ne sont pas ceux qui ont les meilleurs résultats.

En fait, un astrologue n’existe que par rapport à ceux qui partagent une même culture astrologique mais son champ se situe à l’échelle mondiale car il peut être traduit en plusieurs langues. Il maîtrise la dite culture avec plus ou moins d’intelligence. Au bas de l’échelle, il y a celui qui pratique l’astrologie mais ne sait pas en parler, ne sait pas répondre aux questions concernant ce domaine, qui répète littéralement ce qu’il a appris et entendu. . Le grand astrologue, quant à lui, doit être créatif, original, fournir de nouvelles grilles, de nouvelles explications concernant les notions astrologiques. Il parvient ainsi à légitimer l’astrologie par la cohérence et la profondeur de ses propos. Non pas auprès de ses clients, s’il en a, mais auprès de la société dans laquelle il demeure. Améliorant en amont l’image de l’astrologie, il y a de bonnes retombées pour l’astrologue de base. Quand les praticiens croient que ce sont eux qui font que l’astrologie est bien vue, ils se leurrent. D’ailleurs, la preuve en est que les astrologues ne sont pas forcément plus mauvais, dans leurs pratiques de terrain, d’une génération à l’autre mais que lorsque l’on n’a plus affaire qu’à des épigones qui ne comprennent même plus ce qu’ils avancent, la cote de l’astrologie baisse en conséquence et l’astrologie, en tant que thème de réflexion, n’intéresse plus personne parce qu’il n’y a plus parmi les astrologues de personnalité capable de dialoguer avec l’élite intellectuelle, académique.

En conclusion, nous conseillerons aux personnes ayant l’ambition de réussir en astrologie de ne pas perdre leur temps à apprendre les techniques lui permettant de donner de bonnes consultations. Ils doivent certes prendre exemple sur leurs prédécesseurs mais pas pour les plagier mais pour aller plus loin, éventuellement au prix d’une réforme radicale de ses formulations, de ses modèles. Un bon professeur d’astrologie doit former des esprits capables de prendre le relais et qui constituent l’élite de la profession. Pour les élèves moins doués, on les orientera vers un public moins exigeant de gens qui n’ont pour toute culture qu’une certaine familiarité avec eux-mêmes et qui entrent dans l’astrologie comme on lit un roman, avec ses personnages, ses lieux plus ou moins imaginaires, sans avoir besoin de culture générale.

On retrouve là le principe de dualité : les astrologues d’en haut et ceux d’en bas. Les uns ont des comptes à rendre au monde, à la Science, à la Religion, à l’Histoire, les autres à leurs clients qu’ils peuvent espérer dépanner quand il leur arrive une tuile. Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes !.

>[Jacques Halbronn]