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18/1/2011 [L’astrologie reléve-t-elle de la science-fiction ?]

Pour apprécier la teneur des ouvrages astrologiques, il convient de ne pas recourir à des critères inadéquats. Et si l’astrologie nous inventait des mondes et des identités parallèles ?

Le monde de la voyance que nous fréquentons nous a récemment familiarisés avec l’idée de scénarios alternatifs. Si vous faites cela, il vous arrivera cela mais si vous allez dans cette direction, vous aurez un autre avenir. L’astrologie, elle aussi, nous permet de fonctionner autour de plusieurs cas de figure ?

Si l’on prend ainsi les travaux d’André Barbault en astrologie mondiale, ce qui compte avant tout c’est une certaine esthétique du discours, quand bien même cela aboutirait à des conclusions qui ne sont pas celles que nous connaissons a posteriori. Barbault nous aura présenté d’autres perspectives et quelque part, on bascule dans le roman et dans la « science fiction », dans tous les sens du terme. On peut tout à fait relire ces ouvrages successifs, depuis les années soixante, avec cette optique romanes que, où les réalités politiques sont peu ou prou remplacées par les personnages mythologiques. Mais en est-il autrement dans la Bible, laquelle suit probablement des schémas symboliques servant de trame à un pseudo-discours historique ? qu’il s’agisse d’un passé oublié ou d’un futur inaccompli, il y a place pour des grilles, des structures telles que celles élaborées par les astrologues, ceux-ci pouvant tout à fait innover dans ce domaine et ne pas répéter ce que dit la Tradition. Il y a une créativité astrologique.

Il en est évidemment de même quand il s’agit de décrire une personne par l’astrologie. Là encore, grâce à l’astrologie, les gens peuvent se construire une autre image d’eux-mêmes. Il y a là une forme d’enrichissement, une part de romanesque mythologique qui pourrait expliquer le succès des horoscopes et autres produits du même ordre.

Quand on lit notamment les volumes consacrés aux signes du zodiaque mais aussi ceux qui traitent des positions de telle planète en signe, en maison, en aspect, il ne faudrait pas croire qu’il s’agit là de descriptions effectuées sur le terrain. A la base, on est en face de constructions intellectuelles obéissant à une trame logique certaine. Étant donné que Saturne est ceci et que le lion est cela, et que la maison VI est ainsi faite, qu’est-ce que cela pourrait donner ? Ce type d’exercice est même la base de l’enseignement de l’interprétation astrologique.

Tout cela serait fort bien si cela restait un exercice littéraire comme celui d’un romancier suivant la logique de la psychologie de ses personnages. Mais le problème, c’est que « ça marche », comme disent les astrologues. Certains nous ont même confié qu’ils/elles en avaient été les premier(e)s surpris(es). C’est magique ! Les gens se retrouvent dans ce qu’on leur dit ! C’est du moins ce que les clients affirment face aux propos d’un astrologue et pourquoi ne point les croire ? Du moins jusqu’à un certain seuil de vraisemblance à ne pas dépasser. Mais un astrologue aguerri ne prendra pas de risques inutiles et restera dans le registre du vraisemblable, qui n’est pas forcément le vrai...

C’est bien là ce qui distingue l’astrologie de certaines formes de voyance, l’astrologue raconte une histoire, tient un raisonnement, il ne se contente pas de conclusions en style télégraphique. Et au fond, dans les écoles d’astrologie, on apprend aux élèves à s’exprimer, à écrire, en étayant chaque propos d’une référence à un système qui n’est pas dénué d’esthétique. C’est pourquoi les portraits psychologiques qui figurent dans les livres contribuent davantage à la réputation d’un astrologue que les propos aussi pertinents soient-ils tenus dans le secret des cabinets, à moins qu’ils ne soient enregistrés. Mais combien de fois ne nous a-t-on pas confié que tel « grand astrologue » n’ avait rien de transcendant en consultation, laquelle est le lieu où les astrologues un peu besogneux et pleins de bon sens, à l’écoute de leurs clients, prennent leur revanche. Mais ce n’est plus du grand art !

En conclusion, nous dirons que l’énorme corpus de publications produits notamment depuis la fin du XIXe siècle –et dont notre "Bibliotheca Astrologica" est assez richement dépositaire- doit être abordé selon un tout autre angle que celui de la consultation, activité que l’astrologie partage avec bien d’autres pratiques « divinatoires ». On a affaire à de petits chefs d’œuvre d’ingéniosité toujours renouvelée, d’un auteur à l’autre et qui nous racontent des histoires, nous campent des personnages auxquels nous pouvons nous identifier comme lorsqu’on lit un roman ou que l’on voit un film. C’est d’une lecture somme toute plus aisée que celle des journaux, lesquels exigent un énorme capital de connaissances, d’ailleurs constamment à mettre à jour. Pour entrer dans un ouvrage d’astrologie, il y a certes un b-a ba à connaitre mais on en a vite fait le tour, c’est un peu comme de lire des problèmes d’échecs, une fois que l’on a appris les règles du jeu. Pour des personnes ayant une culture limitée et lacunaire, la lecture des romans, des livres d’astrologie constitue un recours, une alternative qui ne les pénalise pas en dépit d’une formation générale défectueuse. Il est dommage que ce public d’amateurs de fiction ne soit pas aussi nombreux que celui de ceux qui vont consulter un voyant car les auteurs de ce type de littérature sont souvent obligés de se résigner à donner des consultations, faute de rentrées d’argent suffisantes. Et c’est bien pour cette raison qu’il convient d’encourager les maisons d’édition à publier des livres d’astrologie à lire comme un divertissement, comme lorsque l’on achète des exercices de sport cérébral. Mais déjà les mots croisés ne sont pas à la portée du premier venu car ils exigent des connaissances très étendues et diverses. Que l’on imagine des romanciers s’apercevant que leurs histoires imaginées se réalisent, que les lecteurs s’imaginent que c’est d’eux qu’il est question. Cela deviendrait un cauchemar. Cela s’est d’ailleurs déjà vu ou du moins cela a été un sujet de roman fantastique. Mais l’on connait Madame Bovary, qui incarne cette tendance au « romantisme », au « romanesque », on rêve sa vie. Ce qui est étrange, c’est que les astrologues, la plupart du temps, n’aient pas tenu compte de ce paramètre et ne s’aperçoivent pas qu’ils sont instrumentalisés par leurs clients. Au fond, l’astrologue de cabinet n’échapperait nullement à ce pli romanesque, il ferait du sur mesure, c’est-à-dire élaborerait une légende personnelle pour chacun de ses clients, une légende qui d’ailleurs est souvent récurrente d’un client à l’autre et assez révélatrice des propres fantasmes du praticien, sorte de Pygmalion. A ce sujet, il serait intéressant d’étudier toute une série de consultations effectuées par le même astrologue, on y verrait certainement des similitudes qui ne sont pas nécessairement liées à la proximité des thèmes de naissance correspondants, de la même façon qu’un coiffeur, un cuisinier, un couturier imposent à leur clientèle un certain style, l’idée d’un travail purement individuel étant un leurre, étant donné le caractère somme toute assez expéditif de la consultation.

>[Jacques Halbronn]