27/1/2011 [La question des Zodiaques]

Commençons par ce communiqué de Jacky Ragot (Nevers, 58) :

« J’ai été sollicité ainsi que plusieurs autres astrologues et la FDAF à plusieurs reprises concernant l’article d’un astronome américain qui annonce que tous les signes du zodiaque sont décalés et que les astrologues ont tout faux ! Cet article a été relayé. Afin de répondre à cela je vous invite à aller sur le site de la FDAF dont le lien est ci-après.

http://www.fdaf.org/P4_med_buzz_janvier2011.htm

Vous aurez toutes les informations utiles sur cette Information qui n’en est pas une à en croire la précession des équinoxes qu’il ne faut pas négliger.
je citerai pour cela un passage de Serge Bret-Morel (Master en histoire et philosophie des sciences) que vous trouverez dans son droit de réponse
"A propos de la question des deux zodiaques, une bonne fois pour toutes"sur le site de la FDAF."

« Il est naïf et même insultant d’affirmer que les astrologues oublieraient le mouvement de précession des équinoxes dans leurs calculs. Le zodiaque des signes astrologiques a au contraire été choisi en pleine connaissance de cause afin de privilégier le symbolisme saisonnier de l’astrologie. Si critique il peut y avoir, à la rigueur que ce soit là : que les sceptiques montrent que le symbolisme des constellations marche mieux que celui des signes... sinon pourquoi REVENIR aux constellations alors qu’elles ont été mises de côté par l’astrologie il y a maintenant presque 2.000 ans ?" »

Commentaire de JHB

Même si les astrologues savent que la précession des équinoxes existe, cela ne signifie pas ipso facto qu’ils traitent cette question comme ils le devraient. On nous dit que le zodiaque tropique a été « choisi en pleine connaissance de cause » et on invite les sceptiques à montrer que « le symbolisme des constellations marche mieux que celui des signes », on constate que les constellations « ont été mises de côté par l’astrologie il y a maintenant presque 2000 ans » et donc qu’il n’y a pas de raison d’y « revenir ». Autrement dit, ce serait là un fait accompli et il faut aller de l’avant…

Une telle invitation faite aux détracteurs du zodiaque des « signes » de montrer que l’autre zodiaque, celui des constellations « marche ( mieux) », selon la formule consacrée qui tient lieu d’argument et de fin de non recevoir, à la plupart des astrologues, trahit un certain humour sinon un cynisme certain. On ne nous dit pas que l’un marcherait et pas l’autre ou que l’un marcherait mieux que l’autre, ce qui peut laisser entendre qu’ils marcheraient l’un comme l’autre de façon équivalente, que cela reviendrait, en gros, au même et qu’il n’y aurait donc pas lieu de s’exciter à ce sujet. Ce serait un faux problème, autrement dit. Blanc bonnet et bonnet blanc. C’est Ponce Pilate qui parle et qui s’en lave les mains.

Nous dirons d’abord que la question du Zodiaque se pose à plusieurs niveaux. Car le zodiaque ne se réduit pas à une question de symbolisme décliné sous douze modalités différentes. Pour notre part, un tel symbolisme est sans valeur au regard de la philosophie astrologique qui n’a que faire d’une série de 12 valeurs distinctes les unes des autres, n’en déplaise à Patrice Guinard qui voit en cela, outre la diversité des planètes - un avantage de l’astrologie sur la philosophie, dans sa thèse de doctorat en philosophie.

Le vrai problème pour nous est prévisionnel et c’est à ce niveau que le débat doit se placer et non à celui d’une astropsychologie dont les combinatoires mêmes rendent futile toute recherche visant à isoler un facteur de l’ensemble des facteurs entrant en jeu dans la composition du « plat » astrologique tel qu’il est préparé et servi en consultation. De la même façon, au XVIIe siècle, Placidus de Titis proposait-il d’arbitrer entre plusieurs modes de domification, au regard de la technique des directions.(ouvrage réédité en français par la FDAF). Mais là encore, si l’on n’a pas établi un protocole expérimental simple, le débat ne peut tourner qu’à la confusion, du fait de l’entrelacs des facteurs que l’on ferait entrer en jeu. Il faut rappeler que la question du zodiaque n’est guère isolable de celle du nombre de planètes, du nombre d’aspects utilisé en astrologie « savante » à moins que l’on ne réduise l’astrologie à la seule caractérologie du signe de naissance. Mais l’on sait que les astrologues ont tôt fait de faire jouer l’ascendant, ce qui immédiatement vient sensiblement compliquer les choses. C’est dire qu’une telle invitation lancée aux sceptiques est fort cavalière et lancée un peu à la légère. En fait, on cherche à les piéger en les entrainant sur un terrain glissant...

Mais par delà la question de la pratique laquelle le plus souvent ne se prete pas à un contrôle pièce par pièce, ce qu’avait bien compris Suzel Fuzeau-Braesch, l’auteur de la deuxième mouture du Que Sais je sur l’astrologie (1989) qu’a bien fréquentée Serge Bret Morel, laquelle demandait aux astrologues de procéder globalement, avec tout leur attirail, d’autres questions se posent. On nous parle du choix d’un référentiel saisonnier qui aurait été « privilégié »par nos prédécesseurs, à partir d’une certaine date. Est-ce que la division en 12 du zodiaque a quoi que ce soit à voir avec les saisons ? Pourquoi chaque saison serait-elle divisée en trois ? En réalité, le zodiaque n’est nullement lié aux saisons mais "s’origine" dans les rencontres soli-lunaires et l’on connait les aléas du calendrier musulman à ce sujet. C’est cette division en 12 qui a été projetée au ciel et non le phénomène des saisons. Ce n’est que par la suite, que les saisons sont entrées en ligne de compte, tout comme l’on a ajusté les calendriers lunaires sur l’équinoxe de printemps (fixation de la fête de Pâques). Comme on nous le fait remarquer, il s’agit d’un ajustement relativement tardif...

Pourquoi d’ailleurs se serait-on intéressé aux saisons pour baliser la course de planètes qui n’en avaient cure, à la différence du soleil qui est le seul intéressé dans cette affaire, comme l’a bien montré Patrice Guinard. Pour les planètes lentes, les saisons ne valent, tout au plus, que par analogie et il n’est donc nullement nécessaire de s’ajuster spatialement sur elles. On pourrait en dire autant des maisons astrologiques dont la division en 12 ne tient qu’à l’ analogie avec les 12 rencontres soli-lunaires, sans plus aucun lien, évidemment, avec les saisons.

Enfin, le grand avantage des constellations, c’est que l’on peut les voir ou du moins qu’elles sont constituées d’étoiles fixes formant divers dessins que l’on peut suivre à l’œil nu selon un certain enchaînement. A contrario, le zodiaque tropique est invisible, il n’existe que virtuellement et ce n’est que parce que l’astrologie est devenue de plus en plus virtuelle – on a le même problème avec les nœuds de la lune si prisés actuellement en astrologie « karmique « mais cela vaut aussi pour l’Ascendant etc – si bien que l’on a des planètes bien visibles qui cohabitent avec des repères calculables certes mais non repérables visuellement alors qu’avec le zodiaque sidéral, les planètes croisent les étoiles fixes à l’occasion de leur parcours. Que dirait-on du chien de Pavlov si les signaux auxquels il était censé réagir impliquaient en partie des calculs pour être captés ?

Cela dit, il est vrai que le symbolisme zodiacal est lié aux saisons. Encore faut-il observer que la plupart des astrologues tropicalistes, ignorant le corpus de la représentation des mois, seraient bien en peine de le démontrer. Quel rapport entre le symbolisme du verseau et le milieu de l’Hiver et ainsi de suite ? Tout au plus nous diront-ils que le lion symbolise le feu de l’Eté …..Mais justement, contrairement à ce que l’on semble nous dire, l’existence de triplicités, de quadruplicités et dans la foulée des aspects eux –mêmes, va-t-elle dans le sens du cycle saisonnier ? Nenni point ! Tout au contraire. Le cas des signes de même élément est éloquent à ce sujet –et cela vaut pour les aspects de trigone ( 120°) puisque l’on relie ou l’on rapproche des signes appartenant à des saisons différentes. Et cela vaut aussi pour les doubles domiciles qui associent à une même planète des signes de saisons opposées, comme dans le cas de Mars et de Vénus, sans parler des exaltations, comme dans le cas de la Lune qui est en exaltation en taureau mais bien placée en scorpion, signe d’eau, en trigone avec le cancer, son domicile. Or le scorpion est d’automne et le taureau de printemps. Et cela vaut aussi pour la division en signes cardinaux, fixes et mutables qui regroupe au sein d’un même ensemble des signes appartenant aux quatre saisons ! En réalité, c’est tout le dispositif constitutif du savoir astrologique qui se démarque des saisons. En réalité, le référentiel saisonnier ne vaut qu’analogiquement en tant que matrice primitive du symbolisme zodiacal et c’est du fait de cet usage par transposition qu’une astrologie populaire -fort distincte de l’astrologie savante que l’on vient d’évoquer- notamment sous la Révolution, avec le nouveau calendrier – aura permis à ce zodiaque d’être pris à la lettre. Autrement dit, le zodiaque tropique n’existe que dans les horoscopes des journaux, il ne fait pas sens au regard de l’astrologie dite savante. D’aucuns, comme Jean-Pierre Nicola, ont récupéré ce zodiaque saisonnier, marqué par le rapport diurne/nocturne au sein de cette astrologie savante. Il est vrai que les saisons ont l’avantage de constituer une donnée concrète, compréhensible par tout le monde et si l’on peut en outre articuler les planétes voir les maisons par rapport à ce zodiaque, on peut croire avoir conf ??ré un fondement à l’astrologie, surtout si l’on évacue les triplicités, les quadruplicités et les maîtrises (dignités planétaires). Quant aux aspects que Nicola conserve, suivant en cela Kepler, il ne les relie pas à ces classements mais à un seul critère numérique.

En conclusion, nous dirons que le zodiaque des 12 signes est une des sources de l’astrologie, il n’en fait pas partie stricto sensu. Qu’historiquement, la genèse du symbolisme zodiacal soit partiellement liée aux saisons est fort probable mais nous ne connaissons pas d’ouvrages astrologiques qui établissent correctement une telle filiation, ce qui ferait d’ailleurs apparaitre des corruptions voire des contresens par rapport au symbolisme zodiacal tel qu’il est généralement interprété actuellement. A partir du moment où les astronomes ont découvert l’existence des planètes lentes, on a quitté le plan soli-lunaire et donc on a utilisé le zodiaque initial dans un tout autre esprit et ce qui a prévalu, c’est la mise en place de repérés visuels stellaires, sans connexion avec le dit cycle saisonnier. Quand on nous présente le dossier en laissant croire que le zodiaque saisonnier serait plus « moderne » que celui des constellations, on soutient une contre-vérité car c’est exactement l’inverse, l’astrologie s’étant émancipée du plan soli-lunaire. Mais comment se fait-il que les astrologues aient de facto travaillé à partir du zodiaque tropique depuis des siècles ? Nous dirons que l’astrologie savante ne s’intéressait guère au symbolisme zodiacal et qu’il lui était donc indifférent d’utiliser tel ou tel zodiaque, cela n’avait d’incidence ni sur les aspects, ni sur les maisons astrologiques. Ce n’est en fait qu’au XXe siècle, que les astrologues se sont mis à vouloir ressourcer zodiacalement l’astrologie, ce qui a abouti dans les années trente, à l’astrologie des journaux – qui fait suite à celle des almanachs populaires - dont d’ailleurs les astrologues « sérieux » cherchent à se démarquer. Il reste que le client qui vient consulter l’astrologue arrive doté d’un tel bagage zodiacal que l’on tend à devoir prendre en considération... dans les cabinets.

>[Jacques Halbronn]