29/1/2011 [Le complexe saturno-uranien]

La dialectique entre le principe saturnien et le principe uranien est assez fascinante et éclairante. Elle fait ressortir notamment certaines ambigüités dans le discours de tous ces astrologues et autres praticiens du futur que nous rencontrons pour des entretiens et qui figurent notamment dans la vidéothèque de la Bibliotheca Astrologica (teleprovidence.com, futurvideo).

I - L’individu et la société

Quand on demande à un astrologue ou plus largement à un « praticien du futur », que nous préférerons désormais au terme générique de « voyant », un peu trop connoté, si son outil lui permet d’aider les gens à retrouver un fonctionnement « normal », on déclenche souvent un certain malaise, ce qui peut étonner de la part d’un thérapeute.

Est-ce que l’astrologue intervient ponctuellement pour « régler » un problème et ramener les choses en ordre, comme le ferait un médecin ou bien a-t-il-le loisir de favoriser une certaine créativité, une originalité qui ferait de son client un être à part, l’entretenant ainsi dans sa différence, voire dans sa marginalité ?

Il semble bien que l’astrologie ait ainsi évolué d’une mission saturnienne vers une démarche plutôt uranienne. Un Dane Rudhyar nous semble avoir voulu, avec sa « person centered astrology » (nous préférons le titre anglais au titre français d’astrologie « humaniste ») à inverser les enjeux en transformant le thème d’un outil saturnien en un catalyseur uranien. Ce fut là une véritable révolution de la pensée astrologique qui a pour nom astropsychologie qu’il faut considérer au regard de deux autres approches de l’astrologie, qui sont l’astromancie, au service du diagnostic médical et l’astrologie cyclique dont le nom même est porteur à la fois de changement et de retour.. Tel est le vrai clivage bien plutôt qu’entre astrologie conditionnaliste, karmique, holistique ou humaniste…

II - Tradition et modernité

Un autre problème est celui de l’arrivée de nouveaux facteurs célestes en astrologie. L’uranien ne saurait rester indifférent à ce qui se présente sur sa route tandis que le saturnien relativise l’importance de tout incident de parcours. Là encore, un clivage apparait entre les astrologues qui considèrent que toute avancée de l’astronomie moderne est sans effet sur la structure de l’astrologie, laquelle ne saurait sortir des bases qu’elle se donna dans l’Antiquité et entre les astrologues, bien plus nombreux du moins en Occident, qui attachent la plus grande importance à ces nouvelles émergences astrales, non seulement avec les trois transsaturniennes mais aussi avec Chiron, pour ne pas parler des astéroïdes (Cérés et compagnie, telle Urania qui fut si chère au cœur de l’anglais John Addey[1]) et des transplutoniennes.

III - Changement et Cyclicité

La notion de changement fait l’objet de conceptions bien différentes car il y a un changement saturnien et un changement uranien de natures bien différentes.

Le changement saturnien peut être dit structurel, il est non seulement prévisible mais nécessaire, comme le jour et la nuit, la veille et le sommeil etc.

Le changement uranien bouleverse l’ordre des choses, on peut le qualifier de conjoncturel. Il est par essence imprévisible, inopiné. C’est le grain de sable qui vient enrayer le mécanisme saturnien.

Le problème, c’est que ce qui est imprévisible ne saurait être associé à un cycle astronomique lequel est par essence prévisible. A la limité, cela aurait pu être le cas d’une comète dont la course est longtemps restée imprévisible tout en étant perceptible à l’œil nu. Mais voilà que même les comètes sont prévisibles dans leur course, sont rentrées dans le rang !

En conclusion, nous dirons que l’astrologie en ce début de deuxième décennie du XXIe siècle, est à la croisée des chemins. Elle a des choix à faire, soit elle revient vers les valeurs saturniennes et gère la cyclicité « normale » du monde, replaçant dès que faire se peut toute personne dans la norme, comme le berger/pasteur qui rassemble ses brebis égarées, ses ouailles, soit elle se laisse entrainer par les sirènes uraniennes et continue à dériver.

>[Jacques Halbronn]

[1] Voir son exposé sur notre audiothèque astrologique, en anglais, Londres 1981.