Accueil > WebZine > « Les Chroniques de Mars » > >[LES CHRONIQUES D’UN ASTROLOGUE] par Jacques Halbronn > 17/2/2011 [Les astrologues devant le tribunal des peuples]

17/2/2011 [Les astrologues devant le tribunal des peuples]

Le débat actuel sur la précession des équinoxes est le symptôme salutaire de l’interrogation du public sur la crédibilité de la caste des astrologues.

Nous avons déjà à plusieurs reprises laissé entendre que la division en 12 n’était aucunement fondée sur le tropicalisme. Rien n’oblige à diviser chaque saison en 3, que l’on sache. C’est certes faisable mais cela ne s’impose nullement.

D’ailleurs, pressentant qu’il y avait là un terrain glissant, certains astrologues n’hésitent pas à nier que la division en 12 du zodiaque ait son origine dans la série des conjonctions lune-soleil. Et de fait, le zodiaque tropique ne coïncide pas avec la série des dites conjonctions.

Pauvres tropicalistes qui ne sont à leur aise ni avec les lunaisons, ni avec les constellations et qui semblent vouloir se contenter d’une numérologie peu compromettante. Circulez, il n’y a rien à voir !

Il est vrai que si les modernes astrologues devaient reconnaitre la matrice des conjonctions des luminaires, ils seraient bien embarrassés pour expliquer un tel décalage qui vaut bien le problème de l’ayanamsa. Car les dites conjonctions ne doivent strictement rien aux saisons. On pourrait même dire qu’elles ont leurs propres « saisons » (mot qui signifie simplement « station », « stade ») puisque chaque mois est divisé en quatre semaines, du fait du carré, de la conjonction et de l’opposition.

Certes, le symbolisme zodiacal est-il lié quelque part avec les mois de l’année et peuvent correspondre à certaines saisons. Cela tient au fait qu’il s’agit d’un calendrier soli-lunaire qui s’efforce de ne jamais décrocher sensiblement des saisons. (voir le calcul de la fête de Pâques) mais d’une part le lien, comme nous l’avons montré dans un récent article, est très partiel, sous la forme qui nous est parvenue et d’autre part, cela ne justifie pas le zodiaque tropique qui ne tient aucun compte des lunaisons, sinon par quelque forme d’analogie et dans ce cas il n’a plus guère à envier au zodiaque sidéral.

Tout se passe, en fait, comme si l’astrologie avait emprunté un calendrier soli-lunaire et l’avait transposé à sa guise sur un autre plan, articulé sur l’axe équinoxial, constituant ainsi un nouveau type de calendrier plus satisfaisant d’un certain point de vue. L’astrologie serait née ainsi d’une réforme du calendrier, et nous dirons qu’elle témoigne de l’existence d’un tel calendrier préalablement à toute question de planètes, la notion de planète n’émergeant, d’ailleurs, que relativement tardivement, les deux luminaires n’étant pas des planètes, faut-il le rappeler et en tout état de cause les hommes apprirent, du fait de leur luminosité, à les distinguer bien avant de s’intéresser aux planètes, stricto sensu..

Autrement dit, à l’origine de la division du zodiaque tant tropique que sidéral, il y aurait un certain type de calendrier, ce qui relève de l’Histoire de l’hémérologie. Le calendrier largement en vigueur sur cette Terre, en tout cas en Occident, est probablement assez proche du calendrier en question mais le mois de janvier ne coïncide pas tout à fait avec le solstice d’hiver/ Il y a un décalage et décidément l’on trouve des décalages un peu partout dans cette affaire. On en arrive d’ailleurs à des almanachs qui pour chaque mois associent deux signes zodiacaux (voir notamment le Kalendrier et Compost des Bergers, fin XVe siècle), ce qui dénote un certain chevauchement et nullement une superposition.

La paille et la poutre. A un certain stade, il apparaît que l’on ait abandonné le référentiel des dites conjonctions lune-soleil et qu’on ait voulu le transposer de façon à l’adapter au découpage selon les équinoxes et les solstices. Les constellations furent structurées selon ce principe. Quand on prit conscience de la précession des équinoxes, avec Hipparque, certains beaux esprits crurent préférable d’abandonner les constellations pour le point vernal, ce qui allait générer un zodiaque qui ne serait ni fondé sur les conjonctions, ni sur les constellations, donc ni sur la nouvelle lune/pleine lune, (syzygie), ni sur les étoiles fixes. C’est bien là le péché originel d’une telle astrologie « nouvelle » que d’avoir introduit une forte dose d’abstraction et d’invisibilité dans la représentation du ciel., ce qui allait conduire inexorablement à l’adoption de planètes non visibles à l’œil nu. C’est comparable en économie à l’abandon de l’étalon or.

On rappellera que le calendrier hébraïque, à la différence du calendrier grégorien, reste fidèle à l’idée selon laquelle le début de chaque mois est détermine par une nouvelle lune (néoménie), sans que cela l’empêche pour autant de relier les fêtes religieuses à des saisons bien définies. Nous signalerons que selon l’astrologie cabalistique fondée par Berg (Centre de la Kabbale), les signes zodiacaux coïncident avec les conjonctions des luminaires.

L’astropsychologie ne semble guère en mesure de trancher entre ces différents zodiaques décalés les uns par rapport aux autres car elle brasse une trop grande quantité d’informations et est concernée par un terrain par trop mouvant qu’est le « psychisme » dans sa pathologie et son idiosyncrasie individuelle. Seule l’astrologie prévisionnelle à l’échelle mondiale, car la Mondiale se prête mieux à de telles expériences, à de tels tests, comme l’avait bien compris Placidus, au XVIIe siècle, est en mesure de départager ces divers zodiaque en testant l’impact de l’entrée d’une planète dans un nouveau signe. Pour ajouter à la confusion, l’on peut aussi penser que la division en 12 maisons est une autre façon de positionner le zodiaque et d’ailleurs les astrologues ne se privent pas de créer des parallèles entre maisons et signes. Rappelons que les tarologues recourent volontiers aux 12 maisons astrologiques mais qu’ils se contentent pour ce faire de placer des cartes tirées au hasard sur telle ou telle maison.

En ce sens, l’on peut dire qu’il existe un alphabet zodiacal que l’on peut placer à peu près n’importe comment, tout comme l’on peut ordonner n’importe quelle série d’objets en lui attribuant une lettre ou un chiffre. C’est d’ailleurs là un excellent moyen de mémorisation (Art de la mémoire). En ce qui nous concerne, nous rejetons toute division en 12 secteurs en astrologie. Pour nous les constellations n’ont pas à être au nombre de 12 ou de 13, il ne s’agit jamais là que d’un découpage arbitraire de la piste étoilée parcourue par les planètes, suivant en cela le parcours du Soleil dont elles sont les satellites. Tout le symbolisme zodiacal, au regard de l’astrologie se réduit à une simple binarité (diurne/nocturne) se répétant quatre fois dans l’année, non pas sur la base des équinoxes et des solstices, comme cela a pu être le cas par le passé mais sur celle d’une ancienne convention établissant certaines étoiles fixes comme repères pour baliser le cours des planètes. Avoir voulu changer ces repères, il y a 2000 ans, conduisit l’astrologie à sa perte et la força à une fuite en avant. Quand le produit de base n’est pas bon, on compense en ajoutant toutes sortes d’ingrédients au point parfois de ne plus savoir ce qu’on ajoute à quoi, l’ingrédient devenant l’élément essentiel et ce à quoi on l’applique étant indifférent. C’est ainsi que l’on aboutit à une astrologie désaxée.

En ces temps où les peuples se révoltent contre les abus et les incompétences de leurs dirigeants, de leurs représentants, il serait peut être bon que le public commence à remettre en question les astrologues qui ne sont pas à la hauteur de leur tâche car ne l’oublions, quelque part, les astrologues sont censés nous parler de l’être humain avant de nous parler de l’individu. Les astrologues ont des comptes à rendre à l’Humanité et en ces « heures de vérité » actuelles, il serait bon que le public soit alerté. Ce n’est donc pas par hasard que le débat sur la précession des équinoxes qui a été relancé aux USA ne soit point passé inaperçu car il introduit un doute quant à la rigueur de ceux qui assument une certaine guidance du monde, à savoir les astrologues. Excusez du peu ! En décalant le débat de l’individuel vers le collectif, l’on place ainsi l’astrologie face à ses responsabilités. Il ne s’agit plus de faire du coup par coup en satisfaisant le client privilégié – une infime minorité- qui se présente dans le cabinet de l’astrologue mais bien de montrer la voie, de prévenir les écueils se présentant aux humains en général, aux peuples en particulier, bref aux masses. C’est donc devant le public que les astrologues doivent se présenter et non plus devant quelques heureux élus. On retrouve là étrangement le même modèle que celui qui est rejeté actuellement dans le monde arabe : un pouvoir fonctionnant en cercle fermé, entretenant une « clientèle » au sens romain du terme et se montrant inapte à s’occuper des vrais problèmes qui concernent le sort de l’Humanité toute entière.

Jacques Halbronn