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10/3/2011 [Avenir de l’astrologie et bon usage des planètes]

L’astrologie moderne semble souffrir de deux maux principaux, dont la cause tient selon nous à un mauvais usage qui est fait par ceux qui la représentent concernant l’astronomie et plus spécialement les planètes. Nous laisserons de côté, ici, le problème du tropicalisme et du sidéralisme pour nous concentrer sur les planètes.

I Le malentendu mythologique

La mythologie nous offre un certain nombre de polarités dont la plus connue est celle qui oppose Mars à Vénus. Mais il faut rappeler que toute polarité n’est en fait que la présence et l’absence de quelque chose, à commencer par celle qui concerne le jour et la nuit. Quelque part, Mars est l’absence de Vénus à moins que Vénus soit l’absence de Mars, ces deux principes étant aussi indissociables, inséparables que l’été et l’Hiver, le jour et la nuit. Mais jusqu’à présent par Mars et Vénus nous ne désignons pas encore les planètes mais seulement les dieux.

Bien qu’on ait coutume de déclarer qu’il n’y a plus de saisons, on n’imagine pas du moins en règle générale que le jour vienne troubler la nuit ou la nuit le jour. Le jour succède à la nuit et la nuit au jour. Autrement dit, la polarité s’articule sur une succession, une prise de relais.

Or, si l’on installe Mars sur une planète et Vénus sur une autre, on n’évitera pas les interférences dans la mesure où la vitesse de Mars n’est pas celle de Vénus, ce qui ne garantit donc nullement une quelconque symétrie entre le temps de Mars et le temps de Vénus. On est donc loin de l’alternance jour-nuit qui implique que les deux phénomènes se suivent mais ne se mélangent pas, d’autant que la nuit n’existe que par l’absence de jour.

Autrement dit, le fait de placer les dieux sur des planètes est une aberration philosophique. Les astrologues ont beau avoir proposé des dialectiques Soleil-Lune, Mars-Vénus, Jupiter-Saturne, Uranus- Neptune – on pense notamment à André Barbault et à ses collaborateurs du CIA (Centre International d’astrologie), il reste que ces dialectiques sont pertinentes sur le plan conceptuel mais elles ne font plus sens dès que l’on passe à la pratique voulue par l’attribution de telle divinité à telle planète, puisqu’une planète ne peut prendre le relais de celle avec laquelle elle est en couple, Jupiter avec sa révolution de 12 ans vient-il en effet s’articuler sur Saturne avec sa révolution de 28 ans ? Le passage de la philosophie vers l’astronomie ne donne rien de bon ! Même la lune ne vient pas compléter le soleil. La nuit ne dépend pas de la Lune, mais de l’absence du soleil. Et la Lune n’est pas absente, elle est au contraire bien trop présente. Certes, reconnaissons que néanmoins la lune n’apparaît que lorsque le soleil se couche, cela vaut pour le mouvement diurne mais cela ne colle pas au niveau du parcours zodiacal. Et si l’on prend le cas de Mars et de Vénus, c’est encore pire, du fait que nous avons affaire à deux planètes qui sont logées à la même enseigne, ce qui n’était pas le cas pour le soleil et la lune. Mars et Vénus peuvent aussi bien se trouver conjoints qu’en opposition. Il n’y a donc pas de prise de relais entre eux et cela vaut pour tout autre « couple » planétaire. Autrement dit, selon nous, une seule planète suffit pour incarner une polarité : Vénus suffit à représenter Mars, sans qu’il soit besoin d’associer Mars à une planète différente de celle de Vénus. Quand Vénus passe par une phase de déclin, cela réveille Mars et inversement.

Que penser dès lors de la représentation de l’intercycle entre deux planètes et notamment entre deux planètes dont les valeurs sont complémentaires ou du moins jugées telles ? On nous dira que tantôt elles sont conjointes, tantôt en carré (quadrature), tantôt en opposition, sur le modèle soli-lunaire mais c’est la conjonction qui fait le plus problème. Dans le cas célèbre des conjonctions Jupiter- Saturne, les conjonctions ont lieu tous les 20 ans. On veut nous faire croire que la conjonction est le garant de la cohérence du système ainsi établi alors qu’en fait, elle correspond à un chevauchement entre les deux planètes, qui génère de la confusion.

Mythologie et Astronomie ne font pas bon ménage car la mythologie se désarticule au contact de l’astronomie.

II Le mode de découpage des cycles planétaires

De même, il conviendra d’aborder avec prudence les rapports entre planétes et signes zodiacaux. Le symbolisme zodiacal est plus génant qu’autre chose pour l’astrologie. En principe, le cycle d’une planéte correspond sur un même point du ciel. Si c’est une planéte très lente comme Pluton, son cycle astrologique serait celui d’une révolution accomplie, la planéte ayant parcouru les 12 signes ou les 12 constellations, c’est selon.

Or, nous nous portons en faux contre un tel usage. Ce n’est pas, en effet, pour rien, que la tradition a classé les signes en un certain nombre de catégories (par triplicité et par quadruplicité, notamment, qui sont la base, respectivement, des aspects de trigone (120°) et de carré( 90°).

Si la tradition a introduit ces classements, c’est justement pour ne pas dépendre du retour sidéral d’une planète. On ne parle pas ici de la conjonction entre deux planètes. Contrairement à ce qu’on peut lire sur les cycles (voir l’ouvrage d’Yves Lenoble, par exemple) le carré n’est pas, alors, un aspect qui marque une étape au sein d’un processus mais un aspect qui enclenche un nouveau cycle, un nouveau départ, ce qu’a bien compris l’école allemande d’astrologie, il y a environ une centaine d’années. Autrement dit, ces classements nous enseignent que Pluton, à titre d’exemple, n’a pas une révolution astrologique de 240 environ mais quatre révolutions astrologiques de 60 ans environ, si l’on laisse de côté le caractère irrégulier de la course de la planète Pluton. Pour d’autres planètes, le découpage est plus régulier. En fait, l’on aura subdivisé le Zodiaque en quatre groupes de trois signes consécutifs et dans chaque groupe, l’on a la même structure avec un signe cardinal suivi d’un signe fixe et d’un signe mutable.

Autrement dit, les premiers astrologues ont recherché dans le cosmos ce qui venait corroborer une sorte de numérologie. Ils ne se sont pas tant inspirés d’un cosmos permettant d’ailleurs les lectures les plus diverses, ils ont au contraire choisi dans le cosmos ce qui venait correspondre à leur numérologie. Si une planète avait telle vitesse pour terminer sa révolution, on pouvait tout à fait subdiviser la dite révolution comme on l’entendait. C’est ainsi que l’on pouvait, si on le souhaitait, découper le cycle de Jupiter en trois, si l’on souhaitait des périodes de 4 ans (c’est le cas des triplicités qui découpent l’année non pas en 4 mais en 3) et celui de Saturne en quatre, si l’on souhaitait des périodes de 7 ans (c’est las des « gunnas » (cardinaux, fixes, mutables).

Or, quand nous entendons de nos jours les astrologues parler, notamment en astrologie mondiale, il semble qu’un tel usage ait été complètement oublié. Nous n’avons pas entendu un astrologue nous dire que Pluton recommençait un nouveau cycle quand il entrait dans un nouveau signe cardinal, par exemple. On nous parle d’Uranus en Bélier (voir la prochaine conférence de « Source ») mais on ne nous dit pas d’aller voir ce qui s’est passé quand Uranus est entré en capricorne, précédent signe cardinal. Pourquoi ? Parce que le capricorne n’est pas le bélier, nous répondra-t-on. On en est donc revenu à une vision très archaïque du zodiaque qui ne tient même plus compte des familles de signes, lesquelles sous-tendent le système des aspects. Excusez du peu ! Si ce n’est que – et c’est là que le bât blesse- l’aspect de carré est considéré comme dissonant. Pour nous, aucun aspect n’est dissonant. Ce qui est dissonant, c’est quand il n’y a pas du tout d’aspect. C’est l’absence qui fait problème et non la présence, sauf si l’on a commis l’erreur (cf. supra) d’associer des dieux complémentaires à deux planètes distinctes. Il importe d’oublier la symbolique zodiacale et de s’en tenir à des « quarts » ou à des « tiers » de cycle. De la sorte, on multiplie les points de recoupement. Cela peut indisposer certains chercheurs qui voient leur travail de mise en corrélation triplé ou quadruplé, ce qui accroît par là même les risques de non corrélation. Plus le cycle est long, moins l’on a faire de recherches et plus il est aisé de trouver ce que l’on veut. Il importe que désormais le zodiaque ne constitue plus qu’un point de repère spatial mais en ce qui concerne la philosophie de l’astrologie, il est infiniment préférable de s’en tenir aux aspects et aux subdivisions des signes.

En conclusion, nous dirons que l’astrologie doit d’une part se méfier des projections mythologique sur les planètes car la mythologie perd de sa cohérence en se connectant aux diverses planètes et de l’autre se garder des projections de la symbolique zodiacale sur l’écliptique. Les astrologues, depuis belle lurette, ont compris que la dite symbolique n’était pas au cœur de l’astrologie, et que le cycle saisonnier avec ses quatre temps bien distincts, ne gagnait rien à être transposé au niveau de planètes qui n’étaient nullement alignées sur le rythme solaire. D’ailleurs, le découpage en 12 conjonctions soli-lunaires est déjà décalé par rapport au cycle saisonnier. Tant que l’astrologie mondiale n’aura pas compris qu’un cycle astrologique n’est pas un cycle astronomique et que les polarités mythologiques ne convenaient pas dès lors qu’on les associait à deux planètes aux vitesse différentes et que chaque planète est porteuse dans sa cyclicité de ses propres forces contraires, la dite astrologie se condamnera à l’impuissance prévisionnelle.

Jacques Halbronn