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17/3/2011 [ Autour de l’œuvre de Georges Antarès et de Marie-Louise Sondaz]

Nous ouvrons une nouvelle rubrique consacrée au fonds moderne de la Bibliotheca Astrologica (qui débute à la fin du XIXe siècle. Cela consistera à fouiller, plus ou moins au hasard, nos collections de livres et de revues pour en extraire des perles insolites, pittoresques, qui parfois anticipent sur les problématiques qui se posent en ce début de XXIe siècle. Ces livres qui tapissent nos locaux, qu’ont-ils à nous dire ? Une bibliothèque n’est-elle pas parfois un cimetière ? Mais cette bibliothèque que nous avons constituée sur plus de 40 ans, c’est aussi quelque part notre propre histoire, notre parcours astrologique. Mais nous accorderons pour commencer notre attention à certains auteurs presque tous francophones, presque tous décédés, à peu près tous nés avant la Seconde Guerre Mondiale, bien représentés dans nos fonds, tant au niveau des livres que des revues ou des actes de colloque, comme Antarès, Alexandre Volguine, G. L. Brahy, Marie- Louise Sondaz, Jacques Reverchon, H. J. Gouchon, Hiéroz, Tina Faery, Jean-Charles Pichon, Didier Racaud, Pierre Heckel, André Boudineau, Alex Ruperti, Robert Amadou, Louis Horicks, André Barbault, Hadés, Michel et Françoise Gauquelin, Pierre Delebarre, Serge Hutin, Jacques Dorsan, Robert Ambelain, Ellic Howe, Daniel Ruzo, Gérard Simon, Christian Meier Parm, Minerve, Michel Helmer, John Addey, Reinhold Ebertin, Lisa Morpurgo, Jean Carteret, Antoine de Francesco, Jacques Berthon, René Alleau, Ronald Davison, Andrée Petibon, Marguerite de Surany, Jean Sendy, Maryse Lévy, Georges Osorio, Albert Slosman, Germaine Holley, Jean-Michel de Kermadec et quelques autres [1] –en ne prenant que des auteurs que nous avons rencontrés, ne serait-ce qu’une fois - mais en nous en tenant aux limites de la bibliothèque, quelles qu’en soient les lacunes, parfois dues à des disparitions..

Nous avons choisi pour commencer notre série, qui sera toujours articulée sur deux auteurs, le belge Antarés et la française Marie-Louise Sondaz, que nous avons tous deux croisés. L’un comme l’autre veulent rendre l’astrologie plus accessible, mais l’un le fera par la clarté de l’exposé et l’autre – dans une optique qui nous semble dans la ligne de l’Astrologie Rationnelle de Néroman (dont le traité parait sous l’Occupation) – au prix d’une réforme en profondeur en vue de constituer une « astrologie moderne ».

I Georges Antarés

Nous débuterons par un des premiers manuels que nous ayons lu, dans les années soixante après celui de Maurice Privat (L’astrologie scientifique à la portée de tous, Paris, Grasset, 1935), à savoir le Manuel Pratique d’Astrologie du belge G (eorges) Antarés [2][3], paru d’abord, à la fin des années trente [4] aux éditions de la revue Demain, à Bruxelles, avec une préface de Brahy, l’éditeur belge. La page de titre de cette troisième édition revue et augmentée d’un manuel qui connut le succès est révélatrice : « Devenez votre propre astrologue ». En sous-titre, l’on cite entre autres les étoiles fixes et d’une édition à l’autre, des corrections sont apportées à leur liste. Dans la préface à la seconde édition, Brahy se plaint de la multiplicité des « enseignements astrologiques, souvent contradictoires d’ailleurs ». Mais Brahy- qui préfère le mot « astro-dynamique » à celui d’astrologie, reconnait que le domaine est « en voie d’évolution rapide et incessante’. Brahy termine ses préfaces sur une note optimiste : « De nouveau, le monde intellectuel se passionne pour l’Astrologie » Mais laissons la parole à Antarès [5] lui-même qui voit dans son manuel le moyen d’une « meilleure divulgation de la vérité astrologique ». Il pense ainsi que le lecteur pourra « se faire rapidement une opinion sur la valeur de l’Astrologie ». Mais d’entrée de jeu, Antarès fait preuve d’une certaine lucidité – nous n’avons pu vérifier si le texte fut maintenu dans d’autres éditions du Manuel :

« Jusque là, le travail astrologique est encore plus ou moins aisé mais lorsque après avoir rassemblé les multiples notions d’un thème, il s’agit d’en tirer des déductions logiques se rapportant à la personnalité, à la constitution et la prédestination d’un individu, la tâche devient des plus ardues et nécessaire alors la concentration de toutes les facultés, beaucoup de perspicacité, d’esprit de déduction et aussi une intuition qui se développe graduellement par la pratique »

En 1950, parait une autre édition du Manuel que nous avons aussi, mais sans préface de Brahy- ils se sont fâchés- et chez un autre éditeur français cette fois, à Tourcoing, « Flandre-Artois ».

Abordons un autre texte moins technique d’Antarés, constitué de conférences, Ce que peut l’astrologie pour l’humanité (Ed. Flandre-Artois). L’avant propos (Note des éditeurs) signé Editions Flandre Artois est probablement d’Antarès lui-même car il le reprendra en partie sur la quatrième de couverture de son dernier livre paru en 1978, « Astrologie. Amour-Sexualité », aux éditions de la Pensée Universelle.

« Puisse cet ouvrage convaincre nos Gouvernants qu’ils ont à leur disposition une science susceptible de les aider puissamment dans l’œuvre de Paix qu’ils poursuivent »

Mais c’est la place, somme toute modeste, accordée aux étoiles fixes dans le Manuel qui change par rapport à la présentation actuelle. Antarés y revient (p. 33) dans « Ce que peut l’astrologie pour l’humanité » :

« En ce qui concerne l’influence des étoiles, l’objection principale soulevée par certains astronomes est celle de l’énorme distance qui sépare les corps célestes de la Terre (…) Cet argument nous parait bien faible et n’est pas encore de nature à ébranler notre conviction. (..) Peu importe que cette influence des étoiles soit ou non concevable a priori, un fait existe : les astronomes enregistrent journellement les effets des plus lointaines étoiles sur les plaques sensibles de leurs appareils photographiques »
On trouve un chapitre sur le sujet : « La conjonction des étoiles avec les planètes vient améliorer ou aggraver les influences selon leur nature et celle des planètes ».

Antarés espérait que l’on retrouverait l’astrologie originelle : « nous pouvons rêver à ce que serait l’édifice qu’un maître architecte arriverait à reconstituer dans sa pureté originelle. »

On notera qu’Antarés cite nombre d’ouvrages d’astrologie. Ainsi, à propos de l’Ere du Verseau, nous renvoie-t-il à L’interprétation rationnelle de l’Astrologie de Magi Aurelius et Tina Faery, au chapitre traitant de ce sujet et non à l’ouvrage de Paul Le Cour. Les deux ouvrages parurent en 1937.

Rappelons que c’est dans cette même décennie que Néroman, commence à publier ses ouvrages et que des congrès internationaux se tiennent à Bruxelles et à Paris, dans le cadre d’expositions universelles. C’est également la décennie de la sortie de l’ouvrage de Paul Le Cour sur l’Ere du Verseau et de la découverte de Pluton (1930) avec la littérature qui en découlera. Quant aux événements politiques, de par leur gravité, ils sensibilisent les sociétés quant à l’importance de savoir baliser le futur mais aussi à ce que Marie-Louise Sondaz appellera le « destin de groupe ».

II Marie-Louise Sondaz

Cette femme astrologue, qui publie dès les années quarante, écrit pour la presse (France Dimanche, Jours de France etc), est également porteuse d’idée nouvelles, notamment avec le recours à douze planètes puisqu’ elle tient compte de Proserpine et de Lilith. Elle accorde de l’importance aux données du corps. Elle a été précédée dans la carrière par d’autres femmes comme Janduz, alias Jeanne Duzéa, connue notamment pour son livre sur les degrés monomères, Tina Faery, dans les années trente, avec son Interprétation Rationnelle de l’Astrologie (1937).

L’ ouvrage de M.L. Sondaz le plus ancien parut à Marseille en 1942, chez Robert Laffont, Tous les signes expliqués. Essai de morphologies astrale – le visage-la main-les astres, en 350 pages. En 1954, elle publie toujours chez Laffont, les astres et la vie sentimentale qui reparaitra en 1968 chez J’ai Lu.
Mais nous nous concentrerons sur des productions plus tardives. En 1959, Où en est l’astrologie ? Chez Buchet Castel Corréa et en 1961, aux Ed. du Conquistador, Je suis astrologue, ouvrages qui font suite à Défense et Illustration de l’Astrologie, par André Barbault, Ed. Grasset, 1955, parue dans la collection « Correspondances » dirigée par Raymond Abellio et à la collection du Seuil sur chaque signe.(1957), dirigée par François Régis Bastide et orchestrée par le dit Barbault.

En 1959, c’est donc M. L. Sondaz à qui Jacques Calmy demande un volume pour sa collection « Où en est » comme il y aura dans les années soixante dix « Clefs pour », chez Seghers, dirigée par Luc Decaunes. Une telle collection, chez Buchet-Chastel-Corréa, n’est aucunement cantonnée à l’occultisme et « répond aux problèmes complexes que le monde moderne pose à l’homme, au Français du XXe siècle. Ses ouvrages constitueront un véritable « bilan » de notre époque. On dit de l’auteur du volume Astrologie, qui côtoie le volume sur le Catholicisme et celui sur la Science nucléaire, qu’elle « s’est efforcée en rénovant l’astrologie d’en faire une science utile à tous »
Contredisant, en quelque sorte, la récente collection du Seuil, M. L. Sondaz considère l’Ascendant comme une information assez secondaire, si important dans les statistiques d’un Paul Choisnard.

« Les grands hommes sont tous explicables par leurs deux signes essentiels : Conception et Naissance », ce qu’elle appelle les « maisons doubles »
M. L. Sondaz a une haute idée des objectifs que l’astrologie se doit d’atteindre : « Débarrassée de ses superstitions, ramenée à sa formule grandiose qui l’apparente à toutes les formes de la connaissance ». Mais elle pense que les astrologues modernes ont des atouts qui manquaient autrefois : » L’ignorance des planètes lentes rendait également impossible l’étude des destins de groupe »

Cette astrologue qui est censée présenter l’Astrologie dans ce qu’elle a de plus admis par ses praticiens, dans le cadre d’un tel ouvrage, n’hésite pas cependant introduire Proserpine – qui doit son nom au fait qu’elle fait suite à Pluton- et Lilith. (pp. 23 et seq).

« Proserpine : la planète la plus éloignée du système solaire met environ 650 ans à faire le tour du Zodiaque (…) Gouverne la Vierge ».

« Lilith, parcourt le Zodiaque en 9 ans. Planète fictive, Lune noire, elle prend néanmoins une place de première importance dans tout destin ».
L’ouvrage se termine par une galerie de portraits, signe par signe, décan par décan.

Deux ans plus tard parait "Je suis Astrologue" où Proserpine a toujours sa place. Rappelons que Jean Carteret parlait de Proserpine et de Vulcain. Elle étudie Lilith dans le thème de Napoléon. (p.45).

Elle en a toujours après une astrologie fondée sur l’heure exacte de naissance (pp. 84 et seq) et préfère compléter le thème par l’étude des mains et du visage. (Voir son livre paru à Marseille, chez Robert Laffont, et rééédité en 1950, Tous les signes expliqués) »Nous sommes loin de la sécheresse des chiffres, du calcul de la seconde de la naissance, précision ridicule ».L’ascendant était en fait la cause des échecs de l’astrologie « Le calcul de l’ascendant restant une donnée peu scientifique, ils avaient constaté que cette science instable ne leur servait à rien. Ma découverte des maisons doubles supprime cette faiblesse et construit un édifice solide, capable de les (les médecins) intéresser ». Et en plus les astrologues ignoraient Lilith « ce Fatum, cette Moïré, cet inexorable lieu astral (..) Lilith (…) cette reine des antiques démonologies, cette Moïré (le destin), cette Adraste (l’inévitable), cette Loreleï (attrait névrosique de l’amour sans réciprocité), cette cavalière fantastique (déploiement perfide des risques étranges), Lilith placée au cœur du thème, indiquant ce qui va blesser, pousser au drame, détruire, Lilith, formule ambiguë du génie, de la douleur, de la tentation suprême, de l’amour en tant que fonction sublime et dispensatrice des sanctions que rien n’atténue, Lilith porteuse de gloire ou de remords, de joie vive ou de constants soucis » « (p. 91 et pp 137-138). Elle annonce le travail d’un Jean Carteret, d’une Joëlle de Gravelaine, d’un Robert Changeux.

« Il fallait construire une astrologie moderne qui ne se puisse confondre ni avec la voyance, ni avec le charlatanisme des faux astrologues ». En 1977, Jean-Pierre Nicola signera « Pour une astrologie moderne ». (Ed. Seuil).
Sondaz oppose le destin de groupe au destin individuel : « sauf le génie et l’intelligence supérieure, tout individu subit le destin d’ensemble imposé à son décan –où il est violent, péremptoire, à son Signe, où il s’adoucit mais ne manque pas d’agir » (p ; 94), ce qui vient justifier ses rubriques dans la presse. « Le destin de groupe, celui qui subit les épidémies, les maladies d’époque –(…) selon son Signe » Elle aborde la question des ères.(p/ 103) « En 2140, s’achèvera l’ère des Poissons » (p.111).

Encore en 1968, les idées de Marie-Louise Sondaz se feront entendre, grâce à la réédition, revue et corrigée chez J’ai Lu, des Astres et la vie sentimentale, parus précédemment, chez Laffont, en 1954, donc 14 ans plus tard. Lisons la présentation de l’éditeur de 68 mais qui pourrait fort bien avoir été rédigée par l’auteur : »Marie-Louise Sondaz a réussi à retrouver les principes qui guidaient les astrologues grecs et à rendre à l’astrologie sa place parmi les sciences. La première, après des millénaires, elle a reconnu l’importance que revêtait pour l’influence astrale le Ciel de conception (…) elle a établi sa théorie des Maisons doubles qui a révolutionné l’astrologie moderne » (p. 5).

Chez nos deux auteurs, l’idée de retrouver une astrologie originelle, ayant reconquis son équilibre, sa cohérence, mais chacun avec ses solutions, en récupérant des éléments perdus ou ignorés ou en se délestant de notions inadéquates ou mal appliqués nous semble récurrente. A plus d’un titre, ces auteurs (voir aussi notre étude parallèle de Volguine et de Brahy, dans la même série) nous permettent de mettre en perspective la production des quarante dernières années.

Jacques Halbronn

[1] Regrets de ne pas avoir été à la rencontre de Léon Lasson, Robert Dax, et de Dane Rudhyar.

[2] [3] André Barbaut, publiera 20 ans plus tard un « Traité pratique d’astrologie ». Ed. Seuil.

[4]

[5] Ce pseudonyme est emprunté à une étoile fixe royale. La mode des pseudo est passée. On eut encore par la suite Hadés.