Accueil > WebZine > « Les Chroniques de Mars » > >[LES CHRONIQUES D’UN ASTROLOGUE] par Jacques Halbronn > 24/3/2011 [Mission de l’école française d’astrologie. Le projet Astrologia (...)

24/3/2011 [Mission de l’école française d’astrologie. Le projet Astrologia Gallica]

On ne se lassera pas de le répéter, tout comme les Centuries de Nostradamus, l’Astrologie a une Histoire, elle ne s’est pas constituée en un jour et ce qu’elle est devenue peut différer sensiblement de ce qui la caractérisait à l’origine et nier ce fait revient à vouloir la sanctuariser, à bannir toute idée de corruption, de dérive. On est alors dans le commentaire apologétique. Attitude défensive. Il est vrai que l’archéologie de l’astrologie est un art difficile et que faute de mieux, certains, assez peu doués pour un tel exercice, préfèrent supposer que « dans les grandes lignes », tout était en place d’entrée de jeu. Mais en est-il vraiment ainsi ? L’astrologie n’aurait-elle pas été carrément « défigurée », dévoyée ? C’est donc – excusez du peu - un nouveau paradigme que nous présentons ici pour l’astrologie du XXIe siècle.

Est-ce que les astrologues continuent à « prévoir » ou à »prédire », si tant est qu’il y ait une vraie différence entre ces mots comme il n’y en a probablement pas entre astrologie et astronomie ? Mais chaque groupe humain établit ses codes et ses signes de reconnaissance et signale les mots tabous. Cela ne va pas plus loin.

Selon nous, l’astrologue est devenu un « interprète », quelqu’un qui donne du « sens » à quelque chose qui est formulé dans un langage inconnu de l’interlocuteur. Parfois, c’est la vie elle-même qui ne fait pas « sens » pour le client de l’astrologue. On ne demande plus alors à l’astrologue de « prévoir » mais de « dire » ce qui se passe ou est en train de se passer. Tout comme l’astrologie aurait pour tâche de donner du « sens » aux astres découverts et décrits par l’astronomie. Ce sont de telles représentations que nous entendons revisiter ici, ce que nous avons déjà récemment commencé d’esquisser dans de précédents textes du « Journal de bord d’un astrologue ».

Autrement dit, le plus souvent, l’astrologue arrive « après la bataille », « après coup », post eventum. Ce n’est pas lui qui fixe le nombre de planètes, ce n’est pas lui qui annonce ce qui va se produire mais il explique ce qui s’est passé une fois que c’est déjà arrivé. Il excelle même dans une telle tâche a posteriori. Mais n’est-ce pas là une astrologie dénaturée et finalement tombée bien bas ?

Pour illustrer notre propos nous prendrons un exemple tiré de la linguistique et de l’Histoire des mots et des langues [1]. Si l’on considère la langue anglaise, nous savons que les emprunts de cette langue à la langue française sont légion, ils se comptent par milliers. Nous dirons que l’anglais n’est pas ou plus maître de ses « signifiants », selon la terminologie habituelle aux linguistes. Non pas que l’anglais ne prononce les mots ainsi empruntés à sa façon, non pas qu’il ne leur confère point des significations qui différent peu ou prou de celle du français (ancien ou moderne), non pas qu’il ne recourt pas dans leur emploi à une grammaire spécifique, non pas qu’il ne modifie pas parfois leur orthographe (en fait fort peu), mais il n’en reste pas moins qu’il utilise des quantités considérables de mots qui lui sont fournis par une source étrangère, ce qui le met dans un état de dépendance qui conduit à forger une langue hybride, bâtarde où au sein d’un même champ sémantique, on passe d’une racine germanique à une racine française, ce qui est fort déroutant et déconcertant pour toute personne dont l’anglais est la langue maternelle et donc d’initiation au monde, si l’on admet que les langues apprennent à penser et dispensent un certain savoir (vivre).

Selon nous, l’Histoire de l’Astrologie aura conduit celle-ci à se mettre dans un rapport de dépendance par rapport à l’astronomie, assez comparable au phénomène linguistique que nous venons de décrire. C’est-à-dire que les « signifiants » dont se sert l’astrologie lui seraient en quelque sorte dictés par l’astronomie. Et la plupart des astrologues trouvent d’ailleurs cela tout à fait normal, tout en empruntant d’ailleurs non seulement les planètes mais aussi tout un métalangage de l’astronomie (nœuds lunaires, signes zodiacaux etc.). L’astrologue serait cantonné à donner du sens, c’est-à-dire du « signifié », pour parler comme Saussure, au « signifiant » astronomique tout comme, on l’a dit plus haut, il se vouerait à donner du sens à l’histoire de ses clients. Double dépendance donc, d’une part vis-à-vis de l’astronomie, de l’autre vis-à-vis de ce qui se passe dans le monde, tant au niveau du collectif que de l’individuel. Tel serait donc le sort de l’astrologie mais est-ce un sort enviable et digne de ce qu’elle était originellement ? Nous tendrions à qualifier un tel statut auquel l’astrologie est réduite, depuis fort longtemps d’ailleurs, d’ancillaire, même s’il satisfait ses praticiens actuels.

Notre « idée » de l’astrologie – comme disait De Gaulle de la France - ne coïncide pas avec une telle façon de voir et nous préférons que l’astrologie prenne modèle sur le français que sur l’anglais, à savoir qu’elle fournisse des signifiants et non des signifiés. Est-ce à dire que nous entendons que l’astrologie prenne la place de l’astronomie ? Évidemment non. Même le français a des racines qui le précédent, à commencer par le latin. L’astronomie serait à l’astrologie, ce que le latin serait au français et l’on voit le cas de l’anglais se situe à un niveau plus subalterne. Car si le français s’est servi du latin, il l’a considérablement retravaillé, ce qui n’est pas le cas de l’anglais par rapport au français. D’où vient une telle dégradation du statut sémiologique/ sémiotique de l’astrologie ? C’est bien là, en effet, tout son « drame ». L’école française d’astrologie ne saurait tomber dans les mêmes travers que l’école anglaise d’astrologie, du fait de la différence des cultures entre la française et l’anglo-saxonne au regard de la dialectique signifiant/signifié. C’est le projet « Astrologia Gallica », titre de l’ouvrage posthume de Morin de Villefranche, c’est-à-dire l’Astrologie Française.

Le projet que nous développons consiste en une « reconquista » de l’astronomie par l’astrologie, c’est-à-dire dans l’affirmation des droits historiques de l’astrologie à extraire de l’astronomie non pas du signifié mais du signifiant, ce qui revient à réinventer le ciel des astronomes, considéré comme un matériau brut à l’instar des sons pour l’élaboration des signifiants linguistiques.

L’astrologie ne serait donc pas là pour donner du « sens » au cosmos mais pour forger un cosmos pouvant servir à l’Humanité. Elle aurait ainsi établi une langue à l’instar du français par rapport au latin, par delà la question du sens. Nous dirons que l’astrologie ne donne pas « sens » mais « forme » au cosmos.

A partir de là, l’on peut donner « sens » non pas à l’astronomie mais à l’astrologie, ce qui débouche sur des « applications » des signifiants astrologiques, c’est-à-dire un passage vers le signifié.

On entendra par là que cette Astrologia Gallica se situe dans le registre d’une forme, d’un cosmos apprivoisé, domestiqué, organisé comme un jardin à la française, avec une esthétique d’une grande simplicité, traversée par un axe de symétrie central.

Cette A. G. n’a pas grand-chose à nous dire si ce n’est qu’elle détermine un rythme, une alternance de présence et d’absence, qu’elle instaure un nouvel ordre solaire autour de Saturne. Ni plus ni moins.

Aux hommes « d’habiter » cette Astrologie, de « vivre avec », en lui apportant du « sens ».

Révolution copernicienne que ce projet AG qui renonce pour l’astrologie à tout discours sur le « sens » de l’astronomie pour les hommes. L’astrologie confère une nouvelle « forme ‘ au cosmos. Elle devient une sorte d’astronomie bis, érigée à échelle humaine, équivalant en quelque sorte au passage du polythéisme au monothéisme et donc parfaitement en phase avec notre civilisation judéo-chrétienne.

A quoi donc peut servir une telle Astrologie du signifiant (forme) et non plus du signifié (sens), pour reprendre le thème prévu du colloque MAU du 25 mars 2011 ? Elle n’a pas d’autres ambitions que de servir de nouveau soleil pour le monde, ce qui n’est pas rien mais ce qui peut se vivre de mille façons différentes et c’est en cela que l’AG laisse les hommes libres tout comme le fait le Soleil.

Elle laisse le champ libre à l’astromancie, avec sa pratique du thème astral, cette astromancie étant, quant à elle, vouée à produire du signifié, du sens.

Nouveau paradigme qui ne concerne pas que l’astrologie, heureusement mais grâce auquel celle-ci va enfin pouvoir se recentrer. Matière-Forme-Sens. En la faisant basculer du Sens vers la Forme, nous la replaçons dans l’axe, alors qu’elle tendait à se marginaliser sur l’aile.

On comprend mieux le vieil antagonisme entre Astrologie et Astronomie car désormais ce que craignait l’astronomie est arrivé, c’est maintenant l’Astrologie qui est au centre et l’astronomie sur le côté, à l’entrée. Mais avouons que ce sont les astrologues eux-mêmes qui en s’obnubilant au niveau du sens avaient perdu leur centralité. En effet, celui qui apporte le sens n’est pas au centre, ni à l’ »entrée » mais à la « sortie ». Chaque interprète de Bach donne du sens à sa musique, mais il n’est pas, pour autant, Bach, ce n’est pas lui qui fournit la trame. Pour un Bach, il y a des milliers d’interprètes. Pour une astrologie, il y a une foule d’astrologues et d’astrophiles de tous ordres.

L’école française d’astrologie a vocation, historiquement, de par le fait que le français n’est pas tant une langue du sens que de la forme, ce qui lui permet de rayonner sur un grand nombre de langues qui importent ses « mots » pour les utiliser à leur guise et de cent façons, à sortir l’astrologie de l’ornière dans laquelle elle est tombée, elle a glissé. Dans les années cinquante- soixante du siècle dernier- cela fait donc un bon demi-siècle Michel Gauquelin, au niveau du thème natal et André Barbault, pour l’astrologie mondiale, ont été le plus loin, du moins à certains égards, vers une émancipation de l’astrologie par rapport à l’astronomie. Ils ont compris que l’astrologie, pour se faire respecter, devait parler plus par formes, par dessins, par diagrammes plutôt que de recourir à de longs discours, qui sont la marque du « sens ».

En 1971, Jean-Pierre Nicola publia Nombres et formes du cosmos, aux Ed. Traditionnelles. Mais pour le fondateur de l’Astrologie Conditionaliste, ce n’est pas l’astronomie qui fixait les « formes » mais l’astrologie et c’était donc l’astrologie qui fournissait du sens, du signifié à des mots, à des signifiants dont elle n’avait pas la clef. Pour Nicola, l’astrologie devait se laisser guider par l’astronomie et notamment par la Loi de Bode. Quarante ans plus tard, nous disons : halte là ! C’est l’Astrologie qui donne aux hommes le rythme de leur vie et non l’astronomie qui n’est à l’astrologie que le son par rapport à la langue. Mais pour que l’astrologie se fasse reconnaître dans ce nouveau statut, il faudra que la langue française retrouve elle aussi sa centralité. Le sort de l’astrologie et du français sont liés car l’une comme l’autre n’occupent pas la place qui devrait leur échoir car le monde s’est désaxé, ce qui le conduit à confondre forme et sens, signifiant et signifié, créateur et interprète.

Le cas Nostradamus est emblématique. Il s’inscrit bien évidemment dans le champ de la langue française et il convient de l’appréhender plus au niveau du signifiant que du signifié, le signifié étant produit par les commentateurs alors que les quatrains et autres textes ne seraient en fait que des mots, que « du » mot, la traduction vers une autre langue – y compris vers le latin, dans le Janus Gallicus de 1594 – produisant à la fois du signifiant et du signifié. La bouche se trouve au cœur de la confusion entre forme et sens : elle peut aussi bien proférer du son, par le chant, le sifflement, que du sens, chez celui qui interprète et qui, de ce fait, commente. Tout « commentaire » - est de l’ordre du « comment ? » et est appel à du signifié. Comment « comprendre », c’est-à-dire « prendre » cela qui est posé devant moi (sujet) comme forme, comme « objet », contenant attendant un contenu ? Sans l’approfondissement de ce paradigme esquissé par le Suisse Ferdinand de Saussure (1857-1913), l’astrologie ne trouvera pas sa place dans le monde. Ce n’est pas non plus par hasard que le distinguo signifiant/signifié ait été formalisé par un francophone. Celui qui confond ces deux plans n’est pas en mesure de situer correctement l’astrologie par rapport à l’astronomie : insistons bien sur ce point, l’astronomie n’est pas le signifiant de l’astrologie mais sa matière première. C’est l’astrologie qui est le signifiant auquel le praticien astrologue apporte du signifié, c’est-à-dire du « sens ».

En fait, c’est le mot même d’astrologue qui est ambigu car il désigne en fait trois états successifs, matière, forme, sens. Historiquement, en effet, c’est le même vocable qui vaut pour l’astronome – souvent appelé dans le passé astrologue – qui vaut pour l’astrologue en tant que légiférant en quelque sorte sur le cosmos, l’organisant par l’homme et pour l’homme, gardien de la forme, et le praticien qui est également désigné comme astrologue. Autrefois on opposait astrologie naturelle et astrologie judiciaire. Il y a bien là une certaine confusion des termes et il faudrait en fait associer le mot astrologue/astronome – les deux mots n’étant que des signifiants à interpréter et à définir - à ces trois états : astrologue/astrologie de la matière, astrologue/astrologie de la forme, astrologue/astrologie du sens, autour des trois initiales : M, F et S.

Jacques Halbronn

[1] Nous avons rédigé plusieurs mémoires universitaires dans ce domaine