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31/3/2011 [Astrologie des causes et astrologie des effets]

Quel a été l’apport de Jean-Baptiste Morin, dit de Villefranche à l’Astrologie (voir illustration) ? Question d’autant plus importante que l’œuvre de cet astrologue du XVIIe siècle connut une résurgence tout au long de la première moitié du XXe siècle, notamment dans le monde francophone ?
Dans nos chroniques de la Bibliotheca Astrologica, nous avons ainsi montré que le résumé de Selva sur les Déterminations, avait connu une fortune évidente. Cela rentre dans ce que nous appellerons l’astrologie des effets. On oppose volontiers, à tort ou à raison, Morin à Ptolémée, comme si ce dernier représentait ce que l’on pourrait appeler l’astrologie des causes, formulation qui est nôtre.

L’astrologie de ce début de XXIe siècle nous semble fortement marquée par l’héritage de Morin. On a mis en place de véritables usines à gaz visant à « déterminer », c’est-à-dire à préciser le mode d’influence des configurations astrologiques, si ce n’est que l’on ne sait plus très bien quelles sont les données qui sont à déterminer et celles qui déterminent. Ce qui fait problème. Tout se passe comme si l’on ne savait plus très bien ce qui est à déterminer mais qu’en revanche on savait très bien le faire…L’astrologue a des réponses mais il ne connait pas ou plus les questions !

Cela explique, probablement, pourquoi tant d’astrologues reconnaissent qu’ils ne connaissent/comprennent pas grand-chose à l’astrologie « mondiale » et que cela ne leur manque pas vraiment, vu qu’ils font de l’astrologie individuelle. Une telle attitude a été dénoncée lors du Colloque du 25 mars 2011, à Paris. On ne peut pas faire l’impasse sur la dite Astrologie Mondiale à condition que celle-ci sache occuper la place qui lui revient. C’est en tout cas une grosse lacune des cours d’astrologie, un peu partout, un défaut majeur de la formation. Or, les exemples sont légion de situations collectives (pandémie, tremblement de terres, crise de l’emploi, révolutions populaires, catastrophe nucléaire, sans parler des loisirs et de la consommation de masse). Il est vrai que nombreux sont les astrologues à penser, en leur for intérieur, que l’astrologue n’a qu’à lire la presse, suivre les infos et greffer son étude spécifique là-dessus. Et c’est en fait bel et bien ce qui se passe tant il est vrai que les astrologues de mondiale sont souvent dépassés par les événements et se contentent de les commenter bien plus que de les prévoir, ce qui les décrédibilise.

Morin de Villefranche a trop bien réussi. Il a donné naissance à des artisans capables de ciseler, d’apporter des fioritures à la structure astrologique mais cela aura abouti à ce que cette structure finisse par disparaître, par être enfouie, comme un tronc sous l’enchevêtrement du feuillage. L’astrologie serait comme une ville faite d’une infinité de ruelles et qui aurait besoin de son baron Haussmann pour introduire des boulevards.

L’importance que Morin accorde aux maisons, à leur mode de calcul, à leur signification – un de ses premiers livres traite de ce sujet- nous rappelle que tout le système des « secteurs », des « subdivisions » appartient à ce champ de la « détermination ». Rappelons que l’attribution d’un dieu à un signe ou à une maison aura fini par indiquer, dans l’esprit de la plupart de nos astrologues modernes – notamment ceux qui se revendiquent d’une « astrologie scientifique »- que l’on pouvait ainsi savoir si telle ou telle planète était bien –ou mal- placée à tel stade de son parcours dans le zodiaque (signes) ou dans le mouvement diurne (maisons) alors que probablement, c’est en tout cas notre avis d’historien, ces attributions symboliques ne visaient qu’à ponctuer les phases successives des cycles, vu que les dieux comme les signes peuvent tout à fait décrire des évolutions, des progressions comme l’a montré la théorie des Ages vue par Jean-Pierre Nicola, en phase avec les travaux de Piaget. Autrement dit, l’ordre des planètes ou des signes ne serait selon nous qu’un alphabet parmi d’autres ; une séquence indiquant les états successifs d’un cycle. Mais il ne faut pas confondre le cycle et ses subdivisions (cf. notre colloque de novembre 2008, sur téléprovidence). Que s’est-il passé ? En faisant des dieux des planètes, on aura faussé la donne, puisque ce qui n’était que subdivision est devenu cycle ! Autrement dit, il convient de distinguer à nouveau entre le facteur planétaire qui n’a pas à être mythologique mais purement astronomique et ses variations au cours de son cycle qui peuvent être, le cas échéant, être décrite au moyen d’un langage symbolique, de toutes sortes de transpositions empruntés à divers cycles, y compris le cycle saisonnier.

En conclusion, si l’on veut rééquilibrer l’astrologie, il importe d’en revenir à un cycle simple, décrit de façon plus ou moins complexe et permettant de « déterminer » ses effets successifs. Mais quel cycle « simple » ? demandera-t-on. C’est là tout le problème de la genèse de l’astrologie, dont le cours est bien antérieur à la Tétrabible de Ptolémée (IIe siècle de notre ère) dont on voudrait bien nous faire croire abusivement qu’elle serait le point origine de l’astrologie alors qu’il s’agit là tout au plus d’un père adoptif, sous le prétexte fallacieux que l’on n’a pas de documents plus anciens. Décidément, l’astrologie est à la merci des insuffisances de la science historique tant pour appréhender son passé que pour se fonder en tant que science, sur les sables mouvants de la dite science historique. Seule une avancée importante l’épistémologie de l’Histoire permettra à l’astrologie de prendre la place qui lui est due. Mais cela se fera au prix de transformations majeures de son discours et de son savoir.

Jacques Halbronn