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10/11/2011 [Les astrologues et la notion de cyclicité]

Les astrologues, faut-il le rappeler, n’ont pas le monopole de la cyclicité. Ce que l’on sait moins, c’est qu’en dehors du cycle des saisons et de celui du jour, il y a très peu de cycles « naturels ». Celui qui articule les deux luminaires est déjà plus abstrait et a des incidences nettement moins évidentes sur notre environnement. Quant aux cycles concernant les planètes et les étoiles, leur cyclicité est a priori sans importance tant pour nous ici bas que pour l’astronomie, même si celle-ci peut les calculer, selon des critères conventionnels. D’ailleurs, c’est pour cette raison que le zodiaque a été projeté sur le firmament, afin d’y introduire, y produire de la cyclicité, d’où l’importance du point vernal. (Y compris dans la théorie des ères précessionnelles) C’est aussi pour cette raison que les maisons astrologiques sont, elles, déterminées par le cycle du mouvement diurne. On a là des cycles matriciels correspondant à notre condition terrestre. Ce ne sont point des cycles célestes (hormis les luminaires), en tout cas ni planétaires, ni stellaires.

A partir d’un tel constat, l’astrologie n’a aucune obligation à gérer tous les « cycles » astronomiques, passés, présents et à venir, qui se présentent puisque ces cycles sont constitués à la demande, selon les besoins et les catégories des humains.

Cela dit, le cycle lié à la planète Saturne semble avoir revêtu, dès que l’on découvrit l’existence des planètes, une importance singulière, voulue par les hommes, sur la base d’une sorte d’astronomie sacrée. Si l’on examine les caractéristiques de cet astre, il apparait comme le « quatrième » personnage, aux côtés du jour, de l’année et du mois (Lune). En effet – et il semblerait que cette observation n’ait pas été faite, du moins au cours des derniers siècles- l’année est en gros 360 fois plus longue que la journée tout comme Saturne est en gros 360 fois plus lent que la Lune. On peut considérer, dès lors, que Saturne devenait une sorte de point vernal, de point de départ, en tout cas, d’un cycle d’une autre ampleur, à partir du moment où on le connecterait à une série d’étoiles fixes, ce qui renvoie au débat sur le zodiaque sidéral que l’on pourrait appeler zodiaque saturnien puisqu’il n’existe que pour servir de toile de fonds à la cours de Saturne. L’origine vernale au sens premier du terme du zodiaque des constellations nous semble assez peu probable, d’autant que le statut des signes associés aux axes d’équinoxe et de solstice semble avoir été perturbé. (Voir nos textes sur ce sujet)

L’astrologie, disions-nous n’a pas le monopole de la cyclicité. Un cas remarquable est celui du langage lequel- cela n’a pas été suffisamment souligné- s’organise de façon cyclique. La notion même de déclinaison est commune avec l’astronomie (parallèles de déclinaison). La conjugaison a une dimension cyclique.

A partir d’une racine, constituant un point de départ d’un cycle sémantique, se développe toute une série de signifiants, comportant la dite racine mais avec des préfixes et des suffixes divers, permettant l’existence de nuances successives. Un des moments les plus cruciaux est l’introduction d’un élément négatif, marqué soit par un préfixe (possible/ impossible), soit plus simplement par une marque de négation : je veux, je ne veux pas et surtout je ne veux plus. Cette dimension négative prépare le retour au point de départ, du fait de l’épuisement de la dynamique initiale.

Comme nous l’avons montré ailleurs, dans nos travaux de linguistique relatifs à la morphosémantique, les emprunts viennent perturber une telle « cyclicité » en introduisant au niveau sémantique des termes qui n’ont rien à voir formellement avec le tissu originel des signifiants concernés. Cela donne lieu alors, à des fins d’unification de la langue à une nouvelle couche, qui est celle des signifiés, laquelle relève d’une tradition orale qui vient se plaquer sur une tradition écrite. On nous objectera qu’aucun signifiant, de toute façon, n’est porteur, en soi, de ce qu’il signifie. Nous prônons une linguistique des points origine. C’est-à-dire qu’à partir d’un nombre très limité de racines, une langue peut se constituer, se structurer. Il suffit à la limite de se mettre d’accord sur une vingtaine de racines dont le sens serait établi, arbitrairement (arbitraire du signe) pour qu’en émane des centaines de signifiants, dont le « signifié » découlerait de ces racines, en recourant à une vingtaine de flexions, d’additions de toutes sortes. Autrement dit, aucune langue ne devrait avoir besoin de plus d’une centaine de marqueurs de sens.

Cette notion du « point origine » est évidemment essentielle en astrologie mais comme on le voit elle l’est aussi en linguistique et également soulignons le en politique : le président de la République ou le monarque délègue ses pouvoirs à ses « lieutenants », à ses « procureurs ». Il est donc urgent que l’astrologie se mette en quête de ce « point origine » au lieu de se disperser comme elle le fait actuellement, ici c’est la forêt qui cache l’arbre. Il suffit que l’on détermine ce « point » à partir duquel tout le reste découle, tant sur la forme que sur le fond. L’astrologie n’a besoin en fait que d’un point et d’un signifié accroché à ce point, c’est-à-dire de quoi traite le cycle qui s’articule sur ce point et dont on peut suivre les tribulations notamment en passant par une phase d’évolution et une phase d’involution, en sens inverse à l’image du dispositif des domiciles (cf. La Tétrabible) où symboliquement les astres se suivent par ordre de vitesses décroissante puis par ordre de vitesse croissante –(à partir de Saturne, à l’opposé des luminaires)

On nous dit souvent que l’astrologie est un langage mais l’on se fait une idée fausse du langage quand on croit qu’il s’agit d’un ensemble touffu, sinon chaotique. C’est vrai certes au niveau des « objets », des « lieux », des « personnes » qu’il faut désigner mais ce sont là des éléments périphériques pour une langue et que l’on peut représenter visuellement par des photos, des dessins, sur son mobile. Le cœur d’une langue, c’est tout autre chose et cela se réduit à quelques racines passant par une structure cyclique, très simple. On nous objectera que chaque planète pourrait être le point de départ d’un cycle en rapport avec un certain signifié, lié au dieu qui lui est attaché. Mais comme nous l’avons dit plus haut, Saturne apparait, par son cycle même, comme la planète centrale de l’astrologie planétaire. Il importe que son message soit clairement défini et que l’on puisse en cerner les états et les variations successifs. Quant au recours à la symbolique zodiacale telle qu’elle nous est parvenue actuellement, elle ne nous semble pas fiable, il est bon de la remplacer par les modalités que subit une racine, au sens linguistique du terme en passant du positif vers le négatif. Les noms des planètes, au fond, décrivent ces états successifs du cycle saturnien plutôt qu’ils ne sauraient correspondre à autant de cycles séparés et parallèles. Un même principe au cours de son parcours cyclique va en effet développer toute une série de tonalités et notamment lors du passage de la présence à l’absence, de la richesse à la pénurie. Mars débouche donc forcément sur Vénus, tout comme le jour sur la nuit, l’Eté sur l’Hiver etc. . Il ne fait pas sens qu’il y ait un astre pour signifier ces états successifs qui s’intègrent en fait au sein d’un seul et même cycle. Chacun de nous comprend parfaitement que c’est un seul et même cycle qui apporte cette alternance du jour et de la nuit, même si symboliquement, on est parfois tenté d’associer le jour au soleil et la nuit à la lune. Il faut donc passer à une astrologie post-symbolique qui ne voit plus dans les planètes et dans les divinités que des attributs et des avatars d’un seul et même cycle, celui de Saturne, divisé en quatre semaines de sept ans comme la Lune a son cycle divisé en quatre semaines de sept jours.

On nous objectera que l’on ne peut savoir où se situe ce « point de départ » du cycle de Saturne si on ne le relie pas à une autre planète, à un luminaire, à une étoile fixe, à une constellation, ou au point vernal et comment choisir entre toutes ces options ? Une fois, en effet, que l’on a résolu la question de l’identité du curseur et donc de son rythme, reste en effet celle de la signification du dit cycle, de ses variations en cours de route mais surtout du point d’ancrage.

En ce qui concerne la question de la division du cycle, nous avons dit que, par analogie, avec le cycle lunaire (accroché au soleil), nous avons affaire à 4 « points de départ » et non plus un seul, mais chacun de ces points est tributaire des trois autres, l’aspect de 90° étant présent dans la matrice lunaire. Chacune de ces semaines constitue par elle-même un cycle et donc passe par un demi-cycle de 3,5 suivi d’un autre demi-cycle de 3,5, que l’on peut qualifier respectivement, par analogie, diurne et nocturne. On sait que ce temps de 3, 5 est bien représenté dans la Bible, notamment dans l’Apocalypse de Jean. (Nouveau Testament), trois jours et demi, trois ans et demi. En allemand ou en russe, le mercredi, se dit « milieu » de la semaine (Mittwoch, au lieu d’un nom de dieu, Srieda au lieu de « troisième »). Le fait de couper la semaine en deux, à l’école (jeudi puis mercredi) est significatif. En ce qui concerne la signification-racine signifiée du processus, nous dirons qu’il s’agit d’une dynamique sociale qui se développe collectivement pour, à mi chemin, comme pour un sablier, s’épuiser, c’est le Crépuscule des Dieux (Wagner) dont la contrepartie est l’aube ; c’est le twilight,(avec cette idée de dualité, d’entre deux, two) c’est l’équinoxe. Le solstice symbolise le début de l’involution, on ne va plus loin, on fait retraite, on passe du flux au reflux. Reste donc, avant tout, la question du point de départ. Or, tant qu’on n’a pas fixé celui-ci, rien ne fait sens. On peut disposer d’un magnifique système de subdivision, celui-ci tournera à vide. La solution actuellement en vigueur est celle du point vernal mais elle est panachée par les divers cycles entre planètes qui s’inscrivent en quelque sorte sur la toile de fond zodiacale, au symbolisme rien moins que transparent, à moins que l’on ne plaque dessus des signifiés empruntés ici ou là, tout en ayant leur propre cyclicité (par le jeu des aspects). Tout cela est bancal, nous apparait comme une cote mal taillée. Il y a comme un divorce entre l’astrologie et les étoiles fixes qui explique des solutions de substitution et de contournement de ce type, sans parler du recours aux lunaisons ou au thème natal. D’où une inflation de repères, de curseurs dont certains astrologues font d’un vice une vertu.

LA solution que nous avons proposée est empirique : puisque l’on sait que le cycle de Saturne est divisé en quatre phases, que ces phases sont elles-mêmes divisées en deux, il nous suffira d’observer des séries d’événements comparables, correspondant au signifié accordé au cycle saturnien, se suivant de sept ans en sept ans. Ainsi, les quatre points de départ nous apparaitront-ils, il ne restera plus qu’à désigner les étoiles fixes correspondant aux dits points, c’est-à-dire à proximité, sachant que ce ne sont pas les étoiles qui manquent, à la différence des planètes, minoritaires, relativement bien moins nombreuses. Dans le rapport de Saturne aux étoiles, on a une planète pour 4 étoiles ou 4 ensembles d’étoiles et éventuellement 4 points intermédiaires, également liés à des étoiles. C’est une sorte de polygamie astrale. Mais le mythe de Saturne nous enseigne que ce dieu dévore sa progéniture. De même tout cycle ne peut s’achever qu’en évacuant le passé, en le résorbant.


Jacques Halbronn