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Le Grand Œuvre selon Albert Poisson

« Pour vos essais, n’oubliez pas cette règle : tant que les couleurs apparaîtront dans l’ordre, continuez ; mais, si vous remarquez une perturbation quelconque, par exemple si le rouge apparaît immédiatement après le noir, alors abandonnez votre expérience pour en recommencer une autre, de cette façon vous vous épargnerez du temps et de la dépense. Enfin, l’essentiel comme contrôle, c’est l’apparition des couleurs, ne vous inquiétez pas du reste, les opérations chimiques qui se passent à l’intérieur de l’œuf diffèrent légèrement selon la matière employée ; ce qui est immuable, c’est la succession des couleurs. » Albert POISSON

Vous voyez maintenant la triple voie, alors qu’auparavant vous n’en connaissiez qu’une. Il vous reste à choisir votre route, la matérielle qui aboutit à la transmutation des métaux, la spirituelle qui donne l’élixir de longue vie et la puissance magique, la divine qui mène par l’extase à la contemplation directe du Très-Haut. Choisissez une branche, et soyez persuadé que, lorsque vous en aurez approfondi une, les deux autres vous seront connues grâce à l’analogie. Sachez qu’il y a deux espèces principales de feu, le feu spirituel qui est la vie, le pneuma, le respir astral, et le feu ordinaire qui brûle. La matière doit être avant toute chose, avant d’avoir à subir les atteintes du feu ordinaire, la matière, dis-je, doit être animée par l’archée.

Je ne puis mieux comparer la matière qu’à un œuf. Dans un œuf qu’avez-vous ? De la matière et de la force. La matière nous importe peu ici ; cette matière est morte, si vous la préparez par les moyens ordinaires ; il faut l’ouvrir, en écarter les molécules, cela par le moyen des acides, il faut de plus et surtout la vivifier.

Condenser une force sur une matière préparée, voilà tout le secret ; ce qui importe le plus, c’est la force dont on charge la matière. La force, c’est la vie ; l’œuf c’est de la matière vivifiée ; si vous voulez que la vie qu’il contient à l’état latent se manifeste, il faut lui appliquer une nouvelle force ; cette force secondaire, c’est le feu, la chaleur.

L’archée de Paracelse ne pourrait transmuer directement un métal fondu, car tel corps est dans un état statique, c’est-à-dire d’équilibre parfait, de même l’âme ne peut agir directement sur le corps. Mais prenons un corps plutôt métallique, ouvrons-le, torturons-le, de façon à dissocier ses molécules, à rompre son équilibre, puis saturons ce corps d’archée, nous aurons dès lors la pierre, c’est-à-dire un moyen d’agir sur les métaux : ici l’âme est unie à l’esprit, par l’intermédiaire de ce dernier elle peut agir sur le corps.

Je pense que ma comparaison est assez claire, aussi voilà pourquoi la matière de la pierre peut différer. Voilà pourquoi la pierre obtenue par tel adepte transmuait seulement son poids, tandis que celle préparée par tel autre en transmuait dix, cent ou mille parties.

La matière, en somme, peut varier et tous les alchimistes n’ont pas travaillé sur la même ; mais ce qui ne varie pas, c’est la force à l’aide de laquelle on met en œuvre la matière. Ceux qui en ont parlé en ont dit très peu de choses, et encore ont-ils couvert ce peu d’allégories, de symboles ; la plupart n’en soufflent mot, et laissent les souffleurs s’empêtrer dans les degrés du feu de lampe, du feu solaire, du fumier de cheval, etc.

Cette force que Paracelse nomme archée, les cabalistes la nomment feu astral, grand serpent. On peut la retirer de l’atmosphère astrale où errent des germes vitaux, embryons manques, larves, lémures, élémentaux.

SOLVE, COAGULA

Solve : c’est-à-dire dissous, ouvre, torture, brise la matière, détruis les résistances qu’elle pourrait opposer aux forces extérieures.

Coagula : c’est-à-dire réunis, rassemble, puis condense sur la matière préparée les forces dont tu as réussi à t’emparer.

C’est ici qu’est la clef de l’œuvre. Cela est simple à comprendre mais combien difficile à réaliser ! Il faut de la patience, il faut de la persévérance.

Albert POISSON
Le météore Albert Poisson (1865 – 1894) n’a pas trente ans lorsque la Camarde en habits noirs le happe à son destin d’initié. Ami proche et sincère des Guaita, Papus, Haven, il étonne son monde par tant de connaissances alchimiques. Que de veillées à la chandelle dans sa chambre de la rue Saint-Denis, à la lecture des grimoires des anciens adeptes, il possédait alors une bibliothèque sur le Grand Oeuvre tout à fait exceptionnelle, furent pour le jeune Albert les instigatrices d’une éclosion juvénile hors du commun et sans doute sans nulle comparaison. Qu’eût-il écrit sur ce sujet qui était sa vie et qui l’habitait au-delà de toute raison si la Divine Providence en eût décidé autrement ?

G. d’A. / Arcadia

En illustrations, Albert Poisson dans son laboratoire d’alchimie et un ex-libris provenant de sa collection d’ouvrages - bibliothèque Arcadia. ©

Nous ne pouvons que remercier notre ami Michel Moutet d’avoir ressuscité ce très beau texte, que nous retrouverons avec d’autres, consacrés à l’Alchimie, dans le numéro spécial des Cahiers du Réalisme Fantastique qui vient de voir le jour en ce printemps 2003.

A lire donc et à méditer, pour atteindre un jour « le peut-être possible ». (Informations & commande à l’Observatoire des Parasciences, 04 91 47 51 07)

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