Opération Lazarus

 

 

Dans le monde d’après des ombres assagies croisaient en silence, à la volée, de drôles de personnages mutiques aux regards luisants et pénétrants – pour quelles raisons ces lumières sombres à l’horizon déclinaient-elles maintenant avec tant d’incidence ?


Job savait tout. Il suivait du regard ces vaisseaux s’éloignant dans le ciel, laissant dans leur sillage un rayonnement qui se dispersaient petit à petit. Il était temps de leur dire au revoir. Il ne les reverrait plus jamais, eux qui ont eu un impact formidable sur sa vie, eux qui l’ont transformé à tout jamais. Depuis la terrasse du bar où il se trouvait, il regardait autour de lui avec la certitude qu’il en était de même pour le reste du monde. Et qu’une fin tragique ne nous attendait peut-être pas.Il avala sereinement une gorgée de café et tira une taffe sur sa cigarette. Tout était plus calme ici-bas depuis la Grande Révélation, il y a six mois déjà. En recrachant la fumée dans les airs, il se remémora le monde d’avant.

Assis face à son bureau, Job croulait sous les dossiers d’expertises et de contre-expertises, de témoignages de divers psychiatres et autres proches de son client, impliqué dans une sordide histoire de meurtre. Une de plus dans ce monde en perdition. La routine pour Job, qui se demandait comment cette société de fous pouvait encore fonctionner correctement. Il fut surpris par la sonnerie du téléphone.

– Bonjour Monsieur, je suis infirmière à l’hôpital des Pénitents et…
– Ecoutez, je suis trop occupé pour le moment, rappelez-moi plus tard ! J’ai une plaidoirie demain matin ! coupa sèchement Job noyé dans cette affaire quasiment perdue.
-Excusez-moi, mais cela concerne votre père.Il a contracté le virus et a été admis à l’hôpital ce matin!Les médecins pensent que la situation est grave ! lâcha-t-elle.

Après quelques secondes de silence, qui parurent une éternité, Job raccrocha sans dire un mot.
Il resta de longues minutes à fixer le tableau du titan Atlas sur le mur d’en face. Il paraissait visiblement sonné, mais comme toujours son visage restait de marbre. Il n’était pas du genre à céder à la panique, comme toutes ces personnes dévalisant les magasins depuis l’annonce du couvre-feu général qui devrait entrer en vigueur dans les prochains jours.
Job restait calme en apparence, il n’avait pas pour habitude de dévoiler ses émotions. Une carapace qu’il s’était forgée très tôt, pour survivre entre l’absence de son père et les anti-dépresseurs de sa mère. Malgré que ses rapports avec son entourage se limitaient à quelques rares visites de courtoisie, le poids de la nouvelle pesait sur ses épaules.
Sortant de ses rêveries, il se leva puis se dirigea vers la bibliothèque. En contemplant les ouvrages qu’il connaissait par cœur, il ouvrit une petite boite de cigares et en porta un à la bouche en tirant nerveusement dessus. Tout se mélangeait dans son esprit, entre la propagation de ce foutu virus, l’affaire qu’il allait surement perdre et maintenant cette annonce téléphonique. C’en était trop, si bien qu’il était incapable de se remettre au travail. Il écrasa son cigare sans même le terminer puis sorti prendre l’air en ville.

A peine la porte du bureau franchit, le tumulte de la rue le gifla. Les gens, tels des ombres agitées se croisaient bruyamment, tristes personnages mutiques aux regards vides. Partout,ils s’empressaient de vaquer à leurs activités, marchant à grand pas, têtes baissées, le visage masqué, englouti par le métro qui les emportait dans le ventre de la ville, les éloignant du brouhaha extérieur.En déambulant sur le trottoir, Job tentait de se souvenir la dernière fois qu’il vit un visage entier ou un simple sourire. Surement un an, depuis qu’un décret gouvernemental obligea tout le monde à vivre avec un masque couvrant la moitié du visage. Tout un tas d’autres mesures avaient été prises pour une histoire de virus tueur mystérieusement sorti de nulle part. Un super prédateur microscopique ne ciblant que l’espèce humaine. Trente-six millions de morts à travers la terre, cent mille par jour depuis un an, sans épargner le moindre pays et les chiffres montraient que la situation ne faisait qu’empirer. Une vraie hécatombe que personne n’arrivait à endiguer.Partout, les panneaux publicitaires avaient été remplacés par des écrans géants placardés à chaque coin de rue. Comme si la santé était enfin devenue plus importante que le business. Ces écrans rabâchaient sans cesse, à l’aide de hauts parleurs, les messages sanitaires du gouvernement et les chiffres des nouveaux cas ou de décès.Aux miasmes toxiques sortant des pots d’échappements, venait se greffer à présent toute une pollution mentale qui s’insinuait dans l’esprit de chaque citoyen du pays. La mort embaumée l’air, elle était partout, silencieuse mais pourtant omniprésente.Dans cette guerre contre le deuil et la maladie, la joie et l’espoir avaient désertés le champ de bataille.

– C’est bien fait pour notre gueule !vociféra contre un écran, un clochard couché dans l’ombre d’une contre-allée. Encore heureux qu’on ne revienne pas zombifié en plus ! Le bon Dieu fait bien les choses cette fois, ou le Diable peut-être, de toute façon j’en n’ai plus rien à foutre, je serais surement le prochain sur la liste et les miloufs viendront chercher mon corps à la morgue de l’hôpital pour l’emmener je ne sais où comme ils font pour les autres macchabés. Et puis de toute façon, la Terre ne s’en portera pas plus mal quand tous les cafards que nous sommes dormiront sous le sol et que tous vos billets, tous vos bâtiments partiront en ruine, machés et recrachés sans répits par les dents cruelles du temps. Lentement, mais sans relâche, jusqu’à ce que tout ne redevienne que poussière ! puis il se retourna dans un effort de toux blotti dans ses cartons.

Job continua son chemin sans y prêter attention. Même si ce type n’avait pas forcément tort. Il se dit que cette fois-ci nous serions bien obligés de retenir la leçon. Quoiqu’à ce rythme-là, l’histoire de l’Homme allait surement s’arrêter nette. Un mal pour un bien, un retour au calme primordial. Nous qui pensions avoir dominé la nature, sa riposte était implacable.
– Et puis merde, à quoi bon vivre de toute façon ? Quel est le sens de notre putain d’existence ? songea-t-il en sillonnant les rues qui se ressemblaient toutes. On court à gauche à droite, de bâtiments en bâtiments, on remplit le vide de notre vie par des tâches ingrates, des personnes insignifiantes et on rentre satisfait de notre journée !Nos âmes perdues ont toujours porté un masque. On s’ennuie de tous et de tout en faisant semblant de croire que l’on va bien. Une pathétique chute libre, de la naissance jusqu’au crash final dans le tombeau ! marmonna-t-il.

Il sortit une clope de son blazer noir et l’alluma en traversant la route.Sans même sans rendre compte, il se retrouva au sol, violemment propulsé à plusieurs mètres du passage clouté. Il eut à peine le temps de tourner la tête sur le côté pour entrevoir deux hommes en treillis sortant d’une camionnette noire, puis il perdit connaissance…

Lorsqu’il rouvrit les yeux, Job était allongé sur un grand lit blanc. L’esprit encore embrumé comme après un lendemain de cuite, il balança son regard à travers la salle rempli de tout un tas d’appareils bipant de manière désagréable. Il essaya de bouger mais fut gêné par plusieurs tuyaux reliés à ses bras.

– Bonjour monsieur, bienvenu parmi nous ! glissa une infirmière.
– Où sommes-nous ? balbutia Job en essayant de se redresser de son lit pour s’assoir.
– A l’hôpital, ça fait une semaine que je veille sur vous. J’ai cru que vous ne réouvrirez plus jamais les yeux.

– Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je me rappelle juste avoir été allongé sur la route, incapable de bouger et… il y avait ces deux gars bizarres, des militaires je pense… bredouilla Job.
– Oui, un véhicule vous a percuté. Heureusement que le conducteur a freiné à temps sinon vous ne vous en seriez pas remis.

Il fallut plusieurs semaines de rééducation pour que Job retrouve l’usage total de son corps encore endolori. Il profita d’avoir récupéré toutes ses facultés pour se rendre dans le service de réanimation. Celui même qu’il quitta plus tôt avant d’aller en centre de rééducation à l’étage du dessus. A travers une petite lucarne, il aperçut plusieurs box numérotés de 1 à 13,placés en U tout autour d’une grande pièce centrale où des médecins semblaient donner des consignes au personnel qui s’affairait à prodiguer des soins aux malades. Il appuya sur un petit bouton rouge sur le côté du sas d’entrée. Il fallut plusieurs minutes pour qu’une soignante vienne lui ouvrir et le reconnaitre aussi tôt.

– Bonjour monsieur ! Comme je suis heureuse de vous revoir en pleine forme ! Contente que nos soins vous aient été bénéfiques. Il faut avouer que voir quelqu’un s’en sortir dans le contexte actuel, ça nous fait un bien fou ! sourit la jeune femme tout de blanc vêtu.
Job demanda à voir son père qui était quant à lui toujours hospitalisé.Il suivi l’infirmière à travers l’immense salle aseptisée. Ce dernier entra en premier dans la chambre pour prodiguer quelques soins au père de Job pendant que celui-ci patientait tranquillement dans le sas d’attente.

Faisant les cent pas devant la chambre, son regard fut attiré de l’autre côté de la grande pièce centrale. Il se pencha sur le côté de la baie vitrée pour apercevoir via l’espacement de la porte laissée entre-ouverte, un grand sac mortuaire d’une taille assez grande pour contenir un corps d’homme bien bâti. Sa curiosité morbide le poussa à s’approcher un peu plus et il vit une personne refermer le sac. Il crut s’évanouir lorsqu’il aperçut le sac bouger. Il jura avoir perçu un léger mouvement des jambes sous le sac. Pétrifié, il peina pour retourner à sa place.
L’infirmière sorti au même moment et l’autorisa à visiter son père. En arrivant à l’intérieur du box, il reconnut toutes les machines qui l’avaient lui-même maintenues vivant. Au milieu des fils et des tuyaux, il observait son père, toujours plongé dans un profond coma. Toujours incapable de respirer par lui-même sans un ventilateur artificiel. Il parait que ce virus à un appétit insatiable pour les poumons des patients. Il resta de longues minutes à observer cet homme totalement dépendant de la machine puis rentra chez lui.

Plus tard dans la soirée, Job reçut un coup de téléphone lui annonçant la mort de son père. Il avala cul sec son verre de bourbon. Même s’il avait été prévenu par l’équipe médicale de l’échec des traitements, il avait espéré pouvoir discuter encore une fois avec lui, peut-être pas pour faire la paix, mais au moins rendre leur relation moins tendue. Mais il était trop tard à présent et rien ne pouvait changer cela. La nouvelle eu le même effet que la lame glaciale d’une guillotine s’abattant sur la nuque d’un condamné à mort. Il termina la bouteille et marcha longuement dans la nuit calme.

Job erra sans but dans les rues désertes.Depuis le couvre-feu imposé quelques temps après son hospitalisation, il n’y avait plus âmes qui vivent dehors. Il marcha longuement, titubant jusqu’au port abandonné. Même là, à l’abri du tumulte de la foule, il ne pouvait échapper au flot ininterrompu vomit par les écrans géants dont les images souillaient la surface de l’eau comme une marée noire. Il s’assit sur le bord du quai et plongea sa tête dans le creux de ses mains. Il releva le regard, attiré par un claquement de portières. De l’autre côté du quai, il observait le manège de militaires sortant d’un convoi de camionnettes noires, similaires à celle qui avait failli lui couter la vie. Une dizaine de véhicules stationnèrent devant des silos abandonnés d’où sortaient d’autres employés poussant des civières vides. Méthodiquement, ils déchargeaient les camionnettes de leur contenu. Job dû se pincer les bras à plusieurs reprises, il crut devenir fou lorsqu’il vit de grands sacs noirs placés sur les civières et engloutis dans le grand entrepôt désert. Job, incrédule, resta tapis dans l’ombre sans bouger. Pendant de très longues minutes, il observa la valse incessante entre les fourgonnettes et l’entrepôt.

Quand tout redevint calme, Job emprunta le pont transbordeur pour rejoindre l’autre rive. Tout en regardant autour de lui, il s’approchât de l’immense store du hangar central. Impossible d’y pénétrer sans code d’accès, et il n’y avait ni poignée, ni fenêtre pour se glisser à l’intérieur. Il contourna le bâtiment et avança le long de l’allée jusqu’à une petite lumière éclairant le sol. Lorsqu’il arriva à proximité de la porte d’où émanait la lumière, Job dû retenir sa respiration tant l’odeur nauséabonde empestait l’atmosphère. Mais sa curiosité était plus forte que tout. Par chance, un grand sac plastique était resté coincé dans le bâillement de la porte. Il l’enjamba et pénétra à l’intérieur du local de quelques mètres carrés où régnait une atmosphère infecte. Le nez dans son coude droit pour le protéger des odeurs, il poussa à l’aide de sa main libre, la grosse poubelle roulante contre le mur du fond.Il grimpa dessus afin d’atteindre la grille d’aération proche du plafond et s’y faufila sans peine.Il emprunta le conduit d’aération sur quelques mètres avant de se laisser tomber dans un petit bureau juste en dessous.Il entrouvrit la porte et jeta un coup d’œil furtif le long du couloir. Il ne semblait y avoir personne. Il longea le couloir en toute discrétion jusqu’à ce qu’il tombe sur une vaste bais vitrée offrant une vue sur l’immense salle située en contre bas. Sur toute la longueur de la pièce, plusieurs centaines de sacs plastiques étaient entreposés côte à côte formant des lignes de plusieurs dizaines de mètres. La lumière des néons éclairait toute la pièce, Job ne souffrait pas d’hallucination et sa petite marche commençait à dissiper les effets de l’alcool. Mais ce qui le frappa le plus, c’est lorsqu’il vit sortir des sacs, des personnes bien vivantes et en parfaite santé !Les militaires leur apportaient des bouteilles d’eau et quelques vivres pour se restaurer.

Les questions fusaient dans son esprit en ébullition sans avoir le moindre élément de réponse. – Les mains sur la tête ! Ordonna une voix rauque provenant de derrière lui. Retournez-vous doucement et plaquez-vous contre le sol immédiatement. Le moindre faux pas et je vous colle une balle dans le crâne !

– Ok ! Ok ! On se calme les gars, pas de soucis ! bégaya Job encore choqué par la découverte qu’il venait de faire au point de ne pas avoir prêté attention aux bruits de pas venus derrière lui.

Il obtempéra sans résistance.

– Soldat, attachez-le ! Ordonna l’homme plus âgé qui semblait aussi être le plus gradé. Et vous, ne le lâchez pas du fusil ! lança-t-il aux deux autres qui étaient restés en retrait.
– Qu’est-ce que vous allez faire de moi ? hurla Job.

– Je n’en sais rien, ce n’est pas à nous d’en décider ! lui répondit le gradé. Aller, emmenons-le en cellule.

– Mais chef on va devoir passer par la grande salle d’accueil ! osa demander un des trois soldats.
– Je sais imbécile ! Mais de toute façon il en a déjà trop vu ! On verra ce que le comité décidera.En attendant obéissez et en route !

Job s’exécuta, de toute façon il ne semblait pas y avoir d’autres choix possibles. Et il avança escorté par quatre soldats armés jusqu’aux dents et probablement surentrainés. Ils descendirent le long des grands escaliers donnant sur l’immense salle où était entassés les sacs.
En avançant au milieu de l’allée bordée de part et d’autres parts les sacs mortuaires, Job scrutait le visage des gens qui semblaient tout aussi perdus que lui. Comme des poussins sortis de l’œuf, ils semblaient fragiles, fatigués et apeurés par cet endroit. Il n’y avait pas forcement de raison à laisser éclater leur colère puisque personne ne semblait mal traité. On apporta même les médicaments d’une vieille dame et elle fut même accompagnée jusqu’à l’infirmerie par une jeune fille. La marche fut interrompue lorsque le talkie-walkie du gradé retenti. Job n’entendit pas toute la conversation qui dura d’interminables minutes. Il n’osa bouger lorsque le soldat s’approcha de lui.

– Aller les gars, on le transfert, ils veulent lui parler.

– Où m’emmenez-vous ? interrogea Job.

– Ne pose pas de questions, tu le sauras bien assez vite ! balança un soldat en lui bandant les yeux.
La petite troupe sortie de l’allée centrale et emprunta un petit couloir sur le côté. Arrivé dehors, Job fut convié à monter dans une fourgonnette noire. Il s’installa à l’arrière, cerné par deux soldats, il eut à peine le temps de s’assoir sur le banc en acier que le véhicule démarra en trombe.
Aucun mal ne lui fut commis durant tout le trajet. La seule angoisse de Job provenait du fait qu’il lui était impossible de se situer. Il n’y avait pas une fenêtre pour lui indiquer sa position. Le déplacement n’avait pas dû être très long pensa-t-il. Surement deux heures grand maximum.

Arrivé sur place, la troupe fit entrer Job dans un mystérieux bâtiment ne contenant aucune devanture. A l’intérieur, il descendit plusieurs marches d’escaliers et fut installé sur un fauteuil de cuir. Il entendit un claquement de doigt venant d’en face et son bandeau fut ôté dans l’instant.

Lorsque Job recouvrit la vue, il senti sa gorge se nouer à tel point qu’il ne pouvait émettre le moindre son. Son cœur frappait tellement vite dans sa poitrine qu’il commençait à perdre haleine sans avoir effectué d’effort. Il tournait sa tête de gauche à droite tentant d’apercevoir quelque chose dans la pénombre. Il siégeait sur son fauteuil tel un roi déchu, au beau milieu d’une immense pièce plongée dans une quasi-obscurité, d’où émanait d’innombrables chuchotements.

Grâce à quelques lampes, situées sur le côté, il s’aperçut qu’il était au centre de ce qui aurait pu être une espèce de théâtre antique. Il était cerné par plusieurs rangées de bancs disposés en arc de cercle, sur lesquels avaient pris place des personnes vêtues de toges noires bordées par un liseré bordeaux. La tenue se terminait par une large capuche retombant sur le visage, que Job ne pouvait discerner.Face à lui se tenait une dame blonde, d’un certain âge, surement la soixantaine, avec un joli visage arborant un léger sourire, mis en valeur par un maquillage discret. Sans un mot, elle le fixait d’un regard bleu glacial. A ses flancs étaient assis quatre personnes vêtues comme le reste de l’assemblée. Job, avocat de profession, avait l’impression qu’il s’agissait de ses assesseurs.

– Silence ! ordonna sèchement la dame avant de reprendre une fois le calme revenu.
– Ne vous inquiétez pas mon cher, vous ne risquez rien ici. Dans cette histoire, il n’y a pas vraiment de grand méchant. Il y a juste des vérités qui peuvent faire mal. Comme toujours, me diriez-vous. Je suis Amanda, mais ici on m’appelle la Présidente. Vous avez vu beaucoup de choses à ce que l’on m’a raconté. Votre esprit doit être confus. Je vais être direct et vous faire une grande révélation. En réalité, les gens ne sont pas morts du virus ! Personne n’est mort du tout de cette maladie totalement bénigne ! Les gens ont été, comment dire, retirés de la société. Effacés. Temporairement bien sûr ! Nous les rendrons à leur entourage par la suite. Pourquoi avons-nous fait cela ? Parce que notre monde était en faillite Job et personne ne voulait le voir ! Tous noyés dans notre confort quotidien acquis aux prix de nombreux sacrifices. Et pourtant tout s’enchainait dramatiquement : catastrophes climatiques, guerres, famines, crimes incontrôlés, suicides, pénuries alimentaires, effondrement globale de la biodiversité et j’en passe ! Il fallait que cela cesse mais aucun Etat n’a su ou voulu trouver la solution, perdu dans des statistiques morbides. Il nous fallait repartir à zéro, rebâtir des fondations nouvelles. Et la seule chose pouvant nous faire réfléchir est la maladie ou la mort. Et si nous pouvions offrir une deuxième chance à l’humanité pour construire ce monde d’après ? Tel était le but du projet Lazarus, un électrochoc visant à instaurer« LAn Zéro »via l’Association pour la Réorganisation de l’Unité Sociale.La société était en train de mourir, Job ! Elle était malade ! Tout se détachait en lambeaux comme la peau d’un lépreux.Nos liens s’effilochaient comme la chevelure d’un cancéreux.Et nous n’avions aucun remède contre ce mal. Alors nous avons frappé fort au cœur de ce qu’il restait de familles, d’amis… Nous avons laissé le deuil faire son travail. Puis,il faut imaginer Lazare en homme nouveau, heureux d’avoir retrouvé la vie et ses proches ! Une seconde chance. Une chance de faire mieux ! Bien sûr je ne suis pas un messie. Disons que je ne suis, pardon, que nous ne sommes personne et tout le monde en même temps. Nous sommes le gouvernement parallèle, l’état profond, appelez-nous comme vous le souhaitez. Nous sommes l’ombre de la nation. Juges, médecins, politiciens, mères au foyer, chômeurs, artistes, activistes, nous sommes juste les garants du bon déroulement de l’Histoire du monde. Notre association a toujours était la béquille de l’état vacillant. Nos méthodes ne sont pas toujours noires ou blanches. Nous avons utilisé tous les moyens en notre pouvoir, bons ou mauvais, débats comme assassinats ciblés, aides financières comme corruption d’élus, mais cette foisla situation nous a dépassée. Le mal était trop profond et nous avons dû refaire appel aux grands explorateurs. Non, vous ne les verrez pas, mais croyez-moi, ils ont toujours veillé sur nous, comme un apiculteur sur sa ruche.Ils nous observent et nous aident à écrire les grands chapitres de notre histoire.Et s’il y a trop d’agitation, bam de la fumée ! Disons que nous avons un libre arbitre partiel. Dès que nous franchissons les limites, ils interviennent pour remettre un peu d’ordre. Parfois paisiblement, parfois par le chaos. C’est à nous de choisir. Avec ce faux virus, ils ont opté pour la méthode douce. Il n’y a pas eu des millions de morts, tout ceci n’est qu’une vaste pièce de théâtre mondiale mise en place par nos soins et jouée sur tous les écrans du monde. Mais si notre plan venait à échouer, si nous ne retenons pas la leçon, je pense qu’ils seront moins cléments. De toute façon, nous ne serions pas la seule civilisation à être pulvérisée par leur soin. Souviens-toi des Romains ! Ou encore des Mayas ou Incas. Oui la version officielle dira que les Conquistador les ont pulvérisés. Mais il n’y a que le profane pour croire l’histoire que nous écrivons pour lui ! La grande peste ? Oui Job… Alors voilà, vous savez tout à présent. Maintenant nous allons relâcher les millions de personnes à travers le monde et ils raconteront ce qu’ils voudront à leur famille, qui les croira ou non. Tel était notre projet. Alors finirons nous libre ou bien crucifié ? Seul le temps nous le dira ! Alors nous vous garderons ici jusqu’à ce que vous acceptiez la réalité. Puis vous pourrez tranquillement vous asseoir à la terrasse d’un bar, fumer vos clopes en buvant votre café. Et vous contemplerez peut-être le monde d’après où, je l’espère, les ombres des hommes seront assagies et croiseront en silence, à la volée, de drôles de personnages mutiques aux regards luisants et pénétrants, dont vous ferez partie Job, le regard du complice, le regard de celui qui connait la vérité. Et vous regarderez les vaisseaux des premiers explorateurs repartir, laissant derrière eux des lumières sombres à l’horizon déclinant avec tant d’incidences vers d’autres cieux lointains…

 

TWITTER > Partagez et Tweetez cet article > (voir plus bas)


999_bandeau.jpg


bandeau_pb.jpg