L’amour dans les ténèbres

 

 

 

Dans le monde d’après des ombres assagies croisaient en silence, à la volée, de drôles de personnages mutiques aux regards luisants et pénétrants – pour quelles raisons ces lumières sombres à l’horizon déclinaient-elles maintenant avec tant d’incidence ?

Le commandant Harro et ses hommes paraissaient fatigués et harassés par les combats incessants et perdus d’avance contre les hordes zombies.

Les militaires étaient là, impuissants et sombres dans les couloirs de l’abbaye de Saint Maximin. Leur moral était au plus bas. En effet, ces combattants humains étaient les rescapés de batailles sanglantes. Ces hommes-là avaient vu tant d’horreur. Ils avaient perdu tant d’amis, de camarades, de frères d’armes. Trop d’entre eux étaient tombés au combat. Certains étaient devenus zombies. Beaucoup de soldats avaient subi un funeste sort, en grossissant les rangs de l’armée ennemie. Tout cela semblait sans fin et ils s’étaient résignés.

Les moines cassianites passaient et repassaient silencieusement le long des couloirs chargés de monde.

Il n’y avait déjà plus de lits pour les civils, on s’entassait donc un peu partout.

Les moines s’attardaient à fixer dans les yeux les nouveaux arrivants, afin de se souvenir de leur visage humain avant toute transformation.

Après un examen minutieux, le commandant Harro avait été autorisé à rester dans le couloir avec une partie de ses hommes.

L’autre partie avait été envoyée aux scientifiques rescapés qui avaient investi une partie de la nef pour dresser un laboratoire.

Ces hommes-là devenaient désormais des cobayes pour leurs expériences, afin de trouver un remède au virus zombie.

Ils allaient mourir de toute façon, parce qu’ils avaient été mordus ou griffés par des zombies et leur transformation allait  avoir lieu de façon inéluctable.

Ils devaient rendre leur mort utile à l’humanité.

Maintenant, à la fin du jour, les moines priaient pour le salut de l’humanité. On entendait leurs chants s’élever dans le silence de l’abbaye.

Mais, la nuit commençait à tomber et les créatures allaient sortir en nombre et encercler l’abbaye.

On n’avait plus d’électricité ni de bougies.

L’abbaye allait  être plongée dans le noir complet.

Le moine Benoît demanda alors aux militaires de faire une sortie pour protéger l’abbaye.

Ils avaient peur et ils ne voulaient pas sortir.

On entendait les cris d’une femme dehors.

Les militaires étaient assagis par tant de défaites. Ces hommes-là n’étaient pas de taille pour lutter contre les zombies. Il faudrait un miracle pour les vaincre. Les moines n’avaient qu’à prier pour que  Dieu sauve l’abbaye. Mais, les soldats se refusaient absolument à sortir en dehors de ses murs.

Le moine Benoît insista auprès du commandant Harro :

-Il y a une femme dehors qui appelle à l’aide ! Vous devez aller l’aider !

-Non, de toute façon, c’est déjà trop tard pour elle.

-Il n’est pas trop tard, elle crie encore, mais elle est loin de nos portes. Vous devez aller l’aider.

-Non, je ne peux pas mettre en danger la vie de mes hommes pour une seule femme, qui de toute façon est déjà condamnée.

-Vous êtes militaires, c’est votre devoir de sauver les gens.

-Non, notre devoir est de survivre à tout ça. Vous êtes des hommes de Dieu, vous devez aller combattre ces créatures non humaines. C’est plus de votre ressort !

-En effet, nous sommes des hommes de Dieu. Mais, nous ne sommes pas des combattants aguerris comme vous. Vous devez aller la sauver ! Nous, nous en sommes bien incapables. Que peut une bible contre un zombie ? Je crois plus en votre sabre.

Les cris de la femme cessèrent.

Le capitaine Harro n’arriva pas à dormir cette nuit-là, il entendait résonner dans sa tête les cris de cette femme qu’il n’avait pas voulu secourir.

Alors, comme à chaque fois qu’il n’avait pu rien faire, il demanda pardon à l’univers d’être si lâche.

Il se dirigea alors vers la cave et pour que les bruits dans sa tête cessent, il ouvrit une bonne bouteille de vin, puis une autre et il bût jusqu’à ce qu’il obtint enfin le silence.

Mais le lendemain matin, les hordes zombies trop nombreuses avaient réussi à faire une percée et à entrer dans l’abbaye.

Harro se réveilla encore saoul de la veille dans un spectacle monstrueux.

C’était un vrai cauchemar !

Les zombies étaient partout dans l’abbaye et s’en prenaient à tous les vivants.

Au bout du couloir, ils étaient nombreux à manger un moine qui hurlait de douleur et d’effroi.

Harro évita d’aller vers ce flot de zombies et prit discrètement la direction opposée au massacre de ce pauvre moine.

Il n’était pas un héros, et ne pouvait rien pour ce pauvre bougre.

Mais, alors qu’il fuyait loin de cette bataille, contre toute attente, il fit demi-tour et retourna dans la mêlée.

Harro venait d’entendre une voix douce au milieu des grognements de l’ennemi qui l’appelait. Il la suivit et se retrouva face au reliquaire de sainte Marie Madeleine.

La voix lui demanda de prendre le crâne de Marie Madeleine et de le brandir comme une arme.

Il frappa avec le crâne de la sainte un zombie qui, au contact de la relique, tomba en cendres.

Harro faisait exploser des zombies tout autour de lui sans aucune hésitation.

C’était eux ou lui.

Il voulait survivre à tout prix. Il n’était pas arrivé jusque là pour périr dans cette abbaye. Il avait traversé tant de choses, il ne pouvait pas s’arrêter là.

Harro mettait toute sa force dans le combat, il frappait les zombies à la tête avec le crâne de la sainte. Il avait une arme divine pour tuer cette vermine.

Il se sentait invincible. Il était comme un enfant avec son nouveau jouet ou plutôt comme un chat jouant avec une souris.

Il prenait du plaisir à anéantir ces monstres.

Tuer du zombie lui procurait de nombreux orgasmes.

Harro se sentait au septième ciel.

Il s’amusait comme un fou à détruire ces créatures de l’enfer.

Bientôt, tous les zombies redevinrent cendres et les moines crièrent au miracle.

Un groupe de scientifiques sortit alors du laboratoire et révéla que tout cela était l’œuvre de la science : ils avaient lâché un virus uniquement mortel pour les zombies, les réduisant en cendres.

Pour une fois, ils ne s’étaient pas trompés dans la formule et avaient réussi à anéantir seulement les zombies tout en épargnant les humains.

Ils étaient fiers d’eux. La science avait fini par vaincre les zombies.

L’humanité était sauvée !

Mais, les scientifiques et les moines n’étaient pas d’accord.

Ils revendiquaient chacun être la cause de la mort des zombies.

Ils prirent alors Harro à témoin.

-Vous avez vu de vos yeux, un tel miracle ! Dites-le, commandant Harro, à ces mécréants !

-Mais non, ce n’est pas un miracle, c’est la science qui a fait son ouvrage.

N’est-ce pas, commandant Harro ?

Le militaire n’eut pas le temps de répondre qu’ils disparurent eux aussi en fumée.

Un rire de femme au loin résonna.

Ce rire, Harro l’avait déjà entendu, mais où ?

Il se rappela le début de la quarantaine dans la ville où il était de garde.

Il y avait cette fille, du nom de Sybil, qui jouait aux osselets juste devant les grilles.

Il lui donnait à manger et de l’eau.

Il partageait sa ration avec elle.

Elle ne parlait presque pas. Elle était à la fois étrange et pourtant si familière…

Elle avait des yeux rouges et la peau si douce…

Ils avaient créé au fil du temps un lien spécial entre eux.

Lorsque les zombies avaient fait tomber les grilles, elle était avec les militaires. Elle avait pu s’enfuir avec eux.

Mais elle avait disparu lors d’une bataille et depuis on ne l’avait jamais revue.

Sybil se présenta dans l’abbaye où flottaient les cendres des zombies.

Elle embrassa Harro sur la bouche et proclama triomphante :

« On peut peut-être échapper aux zombies mais sûrement pas à l’amour d’une femme ! »

 

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