Remus et les ombres

 

Dans le monde d’après des ombres assagies croisaient en silence, à la volée, de drôles de personnages mutiques aux regards luisants et pénétrants – pour quelles raisons ces lumières sombres à l’horizon déclinaient-elles maintenant avec tant d’incidence ?

Remus regarda au loin la droite de l’horizon. Le soleil accélérait sa descente faisant grandir les ténèbres ; Remus accéléra alors le pas, et se mit à hésiter face à l’entrée du chemin obscur. Il n’avait jamais aimé passer par là depuis qu’il avait découvert ce sentier au fil de ses explorations. Et de manière générale, il n’aimait pas ce nouveau monde dans lequel il avait été emmené de force.

En s’engageant dans l’allée il soupira, regrettant terriblement son lieu natal. C’était ce genre d’endroit qui vous faisait vous sentir bien quelque soit le moment de la journée. Il se remémorait le petit jardin verdoyant, avec son calme absolu. C’était le peu de souvenir qu’il avait de son ancienne vie. Ça, et son kidnapping. Il s’était retrouvé alors dans ce nouveau monde, immense où ne régnait que le bruit, la puanteur. La lumière naturelle du jour avait été remplacée par des néons artificiels à la luminosité froide et éblouissante. Il n’avait jamais compris pourquoi on s’en était prit à lui. Maintenant il se retrouvait désemparé et devait tenter de survivre dans ce monde horrible.

A la tombée de la nuit les monstres envahissaient les rues, et il valait mieux s’être mis en sécurité.

A cette pensée, Remus trembla de tout son corps. Il gonfla ses poumons et souffla un grand coup pour se donner du courage et s’avança sur le chemin. Il savait que c’était le trajet le plus rapide pour rentrer chez lui. De toute façon il n’avait pas le choix, il refusait d’être encore dehors à la tombée de la nuit, et de devenir le jouet des monstres à l’appétit vorace.

Remus s’engagea sur le chemin tout en faisant attention aux alentours.

Au fur et à mesure que le soleil se couchait, l’ombre des arbres s’agrandissait et assombrissait le passage.

Après quelques dizaines de mètres, les premières sentinelles apparurent. A leur vue, le cœur de Remus se réchauffa : elles étaient là, fidèle à leur devoir, et maintenaient toujours leurs positions. Espacées de plusieurs mètres de façon régulière tels des piquets, elles surveillaient le chemin dans une droiture parfaite.

Quand Remus les regardait, il se demandait pendant combien de temps elles pouvaient rester comme cela, fixe, sans bouger. Elles avaient dû suivre un sacré entrainement, pensa-t-il.

La faible auréole entourant leurs iris augmentait en intensité au fur et à mesure que la nuit s’installait. Quand Remus dépassa la dernière sentinelle, il remarqua que leurs regards étaient devenus aussi ardents qu’un énorme feu de la Saint Jean. En jetant un dernier coup d’œil en arrière, Remus s’aperçut que le chemin était à présent zébrés d’ombre et de lumière, savant mélange d’alternance entre la nuit et le regard luisants des sentinelles.

Il eu un petit sourire et se dit qu’il préférait largement son propre système de vision. Il n’avait pas besoin d’embraser son regard pour voir dans la nuit, il avait hérité des dons de vision nocturne de sa mère.

Remus leva la tête, et vit que le crépuscule était bien avancé, l’étoile du berger brillant déjà.

Il fallait qu’il se hâte. Tout cela ne lui disait rien qui vaille. Si seulement cette mission ne lui avait pas pris autant de temps ;

« Pourquoi d’ailleurs avais-je accepté ? » pensa-t-il.

« N’avais-je pas effectué ma part des taches quotidiennes. Rien ne me forçait à la faire. »

Puis Remus repensa de qui venait la demande : Raina.

Elle savait comment s’y prendre avec Remus. Elle baissait la tête, le regard suppliant d’en dessous, puis prenait une petite voix qui bien que cassée était terriblement douce aux oreilles de Remus. Puis elle se collait à lui, tout en lui touchant le torse. Généralement Remus craquait dans la foulée.

Il faudrait un jour qu’il travaille cette faiblesse, pensa-t-il, mais d’un autre côté il appréciait énormément cela.

« Ho ! Et puis maintenant elle m’est redevable d’une faveur » pensa-t-il.

 

Un bruit strident tira Remus de sa pensée. Il savait qu’il aurait du se dépêcher plutôt que perdre son temps à rêvasser.

Il se retourna et vit que deux crocs blancs immaculés fonçaient droit sur lui. Merde ! Alors qu’il ne lui restait plus beaucoup de chemin à parcourir, un monstre était à ses trousses.

Sans prendre le temps de réfléchir, Remus bondissait hors du chemin. Il sauta d’ombres en ombres pour rester dans le noir et ainsi éviter le plus possible de se faire voir. Il trouva refuge derrière un rocher. Tandis qu’il se rapetissait le plus possible le long de la roche, il mit tous ses sens en alerte.
Ses oreilles pivotèrent en direction du chemin, ses pupilles se dilatèrent en même temps pour activer la vision nocturne.

Le bruit du monstre se faisait plus fort, signe qu’il se rapprochait. Remus sortit doucement la tête de derrière le rocher. Une vision d’horreur s’offrit à lui. Les sentinelles gisaient sur le chemin, affalées sur le ventre, ou sur le dos. Certaines étaient démembrées, voir mêmes décapitées.

Remus fut surpris que même dans la mort, les sentinelles conservaient leurs regards ardents, et continuaient d’éclairer les ténèbres;

Le monstre se mit à grogner, et à pousser des cris de rage. Il commença à tournoyer sur lui-même telle une tornade de clair-obscur. Son corps était tantôt éclairé par les cadavres des sentinelles, tantôt en contre jour selon son positionnement.

Quel était ce rituel ? Etait-ce une danse de la victoire ? Etait-il content d’avoir battu les sentinelles en une fraction de secondes ? S’était-il fait mal pendant le combat contre elles ?

Toutes ces questions fusèrent en une seconde dans l’esprit de Remus. Tout en continuant à le surveiller, et voyant que le monstre n’en avait finalement guère après lui, Remus commença à envisager une échappatoire. Il était certes bien caché, mais il ne pouvait rester là toute la nuit ; la lune commençant à apparaitre signe que d’autres dangers allaient survenir.

Dans un hurlement déchirant la nuit noire, le monstre s’arrêta de bouger. Son flanc se déchira alors donnant naissance dans un contre jour terrifiant à une créature longiligne difforme, avec des bras se finissant en deux énormes masses rectangulaires aux arêtes mal définies.

Quel était ce nouveau monstre ? Remus n’en avait jamais croisé. La créature commença à remonter le chemin. Tout portait à croire qu’Elle allait dans la même direction que Remus : vers son refuge.

Que faire ? Prendre le risque de passer la nuit dehors ? Sans sentinelles, un soir de pleine lune ?

Non, Remus connaissait les dangers existants dehors, et même si cette nouvelle créature allait là où il devait se rendre, cela serait toujours moins pire que la nuit terrifiante qui s’annonçait.

Remus prit quelques instants pour observer la créature. Elle avait du mal à se déplacer. Les masses pendantes au bout de ses bras oscillaient d’avant en arrière et déséquilibraient la créature à chaque pas.  Elle devait à chaque fois soulever ses bras pour les jeter en avant et ainsi pouvoir avancer.

Remus en déduit que la créature était lente. Il aurait un avantage sur elle : sa vitesse fulgurante.

La créature hurla de rage. Elle venait de se cogner contre une forme. Remus n’arrivait pas exactement à voir de quoi exactement il s’agissait, mais en déduit que non seulement en plus d’être lente, elle voyait mal la nuit et en plus était vulnérable.

Remus se demanda quel type de créature nait donc ainsi avec si peu d’avantage ? Ne rien voir la nuit, et marcher lentement ? Elle n’était clairement pas faite pour survivre la nuit. Sa naissance n’était pas aussi le meilleur moment. Remus se demanda quels pourraient être les atouts de la créature ? Disposerait-t-elle d’une force terrifiante, d’une intelligence supérieure ? Remus savait au fond de lui qu’il ne tarderait pas à avoir les réponses à ses questions.

Il chassa ses réflexions, et se dit qu’il pourrait quitter sa cachette. Il n’hésita pas une seconde de plus et commença à ramper en direction du refuge.

Il avançait prudemment, faisant le moins de bruit possible. Il savait par expérience que les êtres ne disposant pas d’une bonne vue, avaient en générale une bonne ouïe.

Et comme pour lui donner raison, une branche craqua sous son poids à ce moment là.

Remus s’immobilisa er pria fort pour que la créature n’ait pas entendu.

Aussitôt la créature fit une halte, et tourna la tête en direction du bruit. Remus la voyait se pencher en avant comme pour mieux voir.

Tout à coup un rayon jaune surgit et balaya de gauche à droite en direction de Remus.

Remus ne chercha pas à comprendre, se releva et commença à courir pour éviter d’être pris dans le faisceau.

Il courut comme il n’avait jamais couru, sa vie en dépendait. Il ne voulait pas se battre avant d’avoir ramené à Raina ce pourquoi il était sorti. Il sentit ses muscles lui bruler intérieurement, son souffle se faire de plus en plus court et de plus en plus rapide, mais il tiendrait bon.

Tout en courant, il prit le risque de jeter un regard en arrière, le rayon le suivait dans sa course, guidé par le bruit de ses pas. Le rayon se rapprochait inévitablement de lui, de plus en plus près, à quelques centimètres sur ses pas.

L’entrée du refuge n’était maintenant plus qu’à une foulée de lui. Il fit signe à Raina qui se tenait là de se pousser de devant l’entrée, et dans un bon majestueux tel un guépard, il s’engouffra directement à  l’intérieur du refuge.

Le verrouillage automatique s’activa aussitôt, et Remus soupira de soulagement. Il tendit son butin à Raina, et partit dans la cuisine pour boire un coup.

 

  • Que c’est-il passé ? demandé Raina , pourquoi as tu mis autant de temps, et pourquoi courrais-tu aussi vite ?

Remus s’essuya le trop-plein d’eau, s’assit à terre.

  • Le fournisseur habituel n’avait plus rien, il a fallu que j’en fasse un autre, et du coup j’ai dû m’éloigner un peu.
  • Tu aurais dû laisser tomber et ne pas prendre de risques. J’aurais pu attendre un peu.
  • Comment te résister ? Tu en avais tellement envie… Qu’aurais tu fait à ma place ?
  • Tu prends trop de risques ! reprocha Raina tout en s’approchant de Remus. Elle l’embrassa sur la joue et ajouta : Allez viens, allons profiter de ce que tu as ramené.

Tous deux sortirent de la cuisine, et Raina demanda à Remus :

  • Tu ne m’as pas dit pourquoi tu courrais ?
  • Tu sais bien que j’ai horreur de la nuit, avec toutes ces saloperies qui sortent le soir. Et d’ailleurs, tu l’as vu ? La créature difforme qui était sur le chemin ? C’est elle que je fuyais !

 

Soudain des coups raisonnèrent dans le refuge faisant trembler les murs. Remus regarda en direction de la porte d’entrée. Elle tremblait sous les assauts de la créature.

Il le savait. La créature l’avait repéré et avait décidé de s’attaquer à leur doux foyer.

Remus et Raina se regardèrent droit dans les yeux, et sans se dire un mot se mirent en position. Il était trop tard pour fuir ou se cacher, ils se préparèrent pour le combat.

Ils se positionnèrent côte à côte face à la porte, et se tenaient prêt à affronter l’adversaire.

Deux bruits sourds retentirent : Remus pensa que la créature allait se servir de ses masses. La sonnette de l’entrée retentit alors.

Remus resta interloqué, et jeta un regard amusé vers Raina. Elle lui rendit son regard à la fois interrogateur et amusé. La créature croyait-elle vraiment que quelqu’un allait lui ouvrir la porte ?

Remus secoua la tête pour ne pas se laisser déconcentrer, et fixa son regard sur la porte, elle ne résisterait pas longtemps aux assauts de la créature. Trois coups raisonnèrent à nouveau accompagnés de grognements.  Puis plus rien. Le silence s’installa.

Remus se demanda si la créature avait abandonné échouant face à la robustesse de la porte.

Il patienta, maintenant tous ses sens en alerte. Il sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale.

Son cœur tambourinait dans tout son corps. Il jeta un œil à Raina, qui elle ne détachait pas son regard de la porte sans cligner des yeux.

La créature était-elle partie ? Rassemblait-elle ses forces pour un ultime assaut ?

La porte s’ouvrit en grand tout à coup ! La créature apparut dans l’encadrement de la porte. Elle se redressa, et commença à lever ses masses.

Remus et Raina hurlèrent de rage à l’unisson pour se donner du courage, et ruèrent vers la créature.
Remus savait que la créature était lente, il comptait se servir de sa vitesse pour espérer être le premier à porter le coup. Dans une lutte, tout peut se jouer dès les premiers instants, il le savait. De plus, il ne fallait pas que le combat s’éternise, de peur que le refuge ne soit détruit ou subisse des dégâts.

Il profita de sa vitesse pour bondir en direction de la gorge de la créature quand soudain son saut fut interrompu, il se sentit partir en arrière. Il était toujours en l’air mais n’arrêtait pas de reculer.

Il cria de rage, tourna la tête de gauche à droite, pour comprendre ce maléfice. Il vit qu’il en était de même pour Raina, tenu par deux serres au niveau de la nuque.

Tous deux se débattaient et s’agitaient dans tous les sens, mais aucun n’arrivait à se défaire de leur prise. Remus tenta de griffer et de mordre son adversaire mais il demeurait insensible.

 

  • Papa tu pourrais faire attention, tu as fait peur à Remus et Raina !!!
  • De quoi ?? Ça fait cinq minutes que je tambourine à la porte pour qu’on m’ouvre! Et toi tu te soucis que de tes animaux.
  • Ben oui ! Heureusement que je les ai rattrapé en plein vol, sinon tu étais bon pour un aller-retour à l’hôpital.
  • Ho oui bien sur ! T’exagères pas un peu ? Tu crois vraiment que deux petits chatons vont me faire mal ?
  • Ceux ne sont pas des chatons, ceux sont de vrais petits tigres. Regarde les, ils sont tout apeurés, les pauvres.
  • Dépêche toi de les poser dans leurs paniers, et vient plutôt m’aider à ranger les courses s’il te plait. J’ai encore eu les yeux plus gros que le ventre et les sacs sont pleins à craquer. Il reste encore des sacs dans la voiture. Et prends la balayette, aussi j’ai roulé de travers, j’ai écrasé quelques animaux du jardin.
  • Quoi ? Tu as tué des animaux ?
  • Mais non, je te parle de tes animaux lumineux solaires. J’étais en train d’envoyer un sms en même temps que je conduisais, et je leur ai roulé dessus.
  • Papa ! Tu pourrais faire plus attention quand tu conduis. On va éclairer comment l’allée maintenant ? Elle est flippante la nuit !
  • Pas grave, on ira en racheter demain. Je te le promets. Et rien à voir, mais il faudra verrouiller la chatière. Y en avait un des deux chats dehors. Je l’ai vu qu’il trainait dans le jardin et a détalé à mon arrivée pour se réfugier dans la maison.
  • Mais papa, Remus adore sortir.
  • Oui mais il est trop jeune. Il faut lui limiter son espace afin qu’il ait des repères. Sinon il risque de jamais revenir. Et puis je te rappelle qu’à leur âge, ils ne doivent pas très bien voir. Imagine dehors comment tout doit leur paraitre déformé et flou.
  • Je suppose que tu as raison, comme toujours répondit la jeune fille en caressant les deux chatons. Au fait ? Que penses-tu de ta nouvelle 208 ? Je t’ai vu arrivé. C’est vraiment beau les LED en forme de croc de lion ! Rajouta la jeune fille, tout en déposant les deux chatons dans le plus haut coussin de l’arbre à chat du salon.

Remus poussa un petit miaulement en guise de dernière attaque, tandis que Raina était déjà en train de se rouler en boule contre le bord du coussin, rassurée d’être dans son cocon.

Alors que la jeune fille, leur tourna le dos et s’éloigna, Remus remarqua qu’aucune des créatures n’avaient fait attention à son butin. La sardine trainait toujours au milieu du couloir, Remus pensa qu’il faudrait élaborer un nouveau plan pour la récupérer en toute sécurité. Mais pas maintenant, l’heure était au repos, il fallait qu’il récupère des forces car demain serait un autre jour. Il avait encore tant à explorer et tant de choses à faire dans ce nouveau monde.

Il s’allongea contre Raina, ferma les yeux, et s’endormit bercé par leur ronronnement mutuel.

 

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