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Anne JULLIEN - La mendiante

Je suis une femme mendiante

Mendiant ton amour une femme clocharde

Celle que personne ne voit

Son fard c’est sa peau

Sa douceur sa crasse

Je suis cette femme vagabonde

Aux cheveux de crin qui erre par les rues

En murmurant ton nom comme une écharde

J’effarouche qui me touche

Et fais fuir les moineaux je crie mon coeur

Au fond de la forêt me roule dans l’humus et m’enroule de feuilles

Je fane ma jeunesse et fauche mes amours

Ma broche sur mon pelage

C’est le regard du loup

Jaune et fixe ; je fascine ta peur

Sorcière je marmonne les formules magiques

Les plus rauques musiques et les fontaines sous la terre

Mendiante pelée ogresse et orpheline

Sous mes hardes et mon silence

J’ai un visage d’ange et de femme princesse

Ma force s’enracine et je danse le sol

Le ciel est sous mes pieds je le porte à mes paumes

Mendiante je te l’offre je ne suis que lumière

Clocharde de l’amour me voici devenue fée

Donnée à toi comme une fleur au soleil ma danse du feu de la nuit et des songes

Tu n’as rien pris homme bleu de ce regard vivant

Tu as reculé ton âme vers des frontières plus calmes

Ton coeur a cessé de battre le tambour ton coeur chaman

A bâti son igloo a repoussé mon âme a repoussé mes doigts

Ce regard de louve a fermé ses paupières sur ma nuit l’impuissance des rêves

Et la mortalité des vagues

Oh ! Forêts je reviens vagabonde l’échine courbée et le hurlement en cendres

Je reviens en vous me rouler dans la boue les étoiles et les larmes

Je reviens en vous rejoindre en moi toutes les femmes

Sauvages qui ne se lavent qu’aux ruisseaux et dansent leurs corps velus

A l’ombre des châteaux. Mon chant ne finira jamais et je mourrai sorcière

Clocharde, mendiante jusqu’au soleil de celui qui me relèvera.

Ton regard que je mendie je me l’offre dans une coupe, cadeau fait à moi-même

Je te bois et te découvre en moi comme un arbre qui s’élance

Mendiante je fus tu m’as fait souveraine d’un royaume fauve où j’aime à vouloir

Qu’homme tu viennes, à ton tour devenu louve et terre des forêts.

Anne Jullien ©

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