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Evelyne MÉZANGE - Femmes rouges toujours plus belles !

Notre sang de femmes c’est d’abord notre sang périodique : rythme utérin qui vient rappeler à l’ordre la génitalité profonde de notre rapport à la mère/ mort / fécondité ; potentialité d’une vie nouvelle qui se dissout d’elle-même et charrie l’impossible. C’est la surface irriguée et gluante de laquelle s’arrache, se lézarde le roc imaginaire de notre féminité. Sang attendu, désiré aussi, ce Mississipi dont parle Victoria Thérame dans le numéro sur l’Ecriture.

C’est « le melon qui se fend », comme on dit au Japon.

Ça s’est imposé dans l’entrebâillement de l’horreur, de notre corps à corps avec la peur. Beaucoup de femmes le chantent comme une retrouvaille joyeuse avec elles-mêmes, une scansion du temps qui compte leur place dans le cycle universel du devenir mère ; mais n’est-ce pas occulter cet autre versant qui nous traverse en même temps, en nous déchirant, nous labourant de pulsions de mort. A l’heure actuelle nous nous sommes retrouvées « au-delà du miroir », nous nous sommes éloignées de ce que voulait dire Germaine Gréer lorsqu’elle écrivait : « la menstruation ne fait pas de nous des infirmes ou des folles mais nous nous en passerions volontiers ».

Aux U.S.A. pourtant certaines femmes poursuivent cette veine-là : aspiration en trois minutes du flot menstruel par la méthode Karmann ! Ici nous nous regroupons, cherchons dans ce tréfonds, creusons, fouillons dans le matériel archaïque de nos féminités. Mais que pourrions-nous en extraire ? Une écriture, un cri, un mot de passe ?... Le sang me paraît être un de ces mots de passe. J’y lis donc la tentative d’une inscription, d’un trait, d’une griffure, d’une entaille ouvrant alors au spectacle du massacre, du charnier. Le sang c’est ce qui perle ou jaillit d’une coupure. La blessure cicatrice. Nous écrivons avec notre sang. Le sang nous lie mais aussi nous sépare. Entre nous il circule mais porte aussi en lui une perte pouvant aller jusqu’à la perte de soi, la mort exsangue. Des femmes disent leur peur de ne jamais en revenir, de rester toujours hors d’elles-mêmes, immolées, torturées, décapitées : ça travaille mes méninges à la plaie béante ! Cette souffrance s’est retournée souvent en haine, rage, évoquons ici la figure de Judith et de Salomée : supprimer ce regard interrogateur de l’homme sur notre jouissance pour se baigner dans la mare d’un narcissisme primaire et peut-être comme la Comtesse Bathory y chercher la jeunesse et la beauté ? Les femmes n’ont pas le plaisir guerrier mais elles sont porteuses d’une violence inouïe. Pouvons-nous maintenant ouvrir la question de la valeur de cette démarche, ou bien est-ce encore trop tôt ? Comment s’inscrit-elle dans nos luttes ? Où nous mène-t-elle ? Doit-on l’entendre comme une réappropriation de nos signifiants les plus ultimes ? Mais ne doit-on craindre de nous perdre dans le dédale des broderies et détours infinis du langage, plis et mailles qui se resserrent ? A reprendre inlassablement ces mots de passe je finis par me dire qu’il n’y a pas de retour possible et je m’acharne dans la trouée, le frayage, je m’entête et j’ai peur aussi. J’ai envie de mordre parfois : « et votre steak Madame, vous le voulez bleu, saignant ou à point ? »

L’écriture c’est ce qui marque sans doute cette errance, c’est pour ça aussi que les Sorcières vivent...

A baliser ce champ d’oranges sanguines, de passions folles, les yeux rougis de larmes je me prends à rêver d’immenses dunes blanches, de linges fraîchement repassés, chauds et humides à la pliure. Dire que des petites filles liront encore « Barbe-Bleue » et « la Belle au bois dormant », avant de se coucher, le ventre lourd de désirs inavoués ! Dire, dire...

Evelyne Mézange © 1956.

Sorcières [ les femmes vivent ] – Numéro spécial : Le sang. ( à suivre…)

Bibliothèque Arcadia

Chinnamastaa

L’univers a une structure vibratoire pyramidale. Différents mondes sont placés sur différents niveaux ou strates. Chaque strate a un taux défini de vibrations et exprime un niveau défini de conscience. Au dessus de cette structure pyramidale colossale il y a certains centres cardinaux d’énergies (Vidyaa) cosmiques symboliquement appelés Puissances ou déesses, qui ont un rôle primordial en créant, en maintenant et en réabsorbant le cosmos. Les disciplines qui mènent à la communion télépathique avec ces puissances cosmiques sont connues comme les différents yoga des MahaaVidyaa. Dans cette vision, chaque femme est une Shakti. Elle incarne et manifeste les forces subtiles fondamentales secrètes qui animent et commandent le cosmos. On peut dire que les Dix grandes puissances cosmiques féminines (Dasa MahaaVidyaa) sont les dix aspects fondamentaux de la personnalité de la mère cosmique suprême. Néanmoins, chaque déesse a une fonction cosmique spécifique dans l’harmonie universelle. Regardons, ici, la sixième Mahaavidyaa- Chinnamastaa- et voyons ce qu’”elle cache”, ce qu’elle signifie. Chinnamastaa, représentée sans tête, est la grande puissance cosmique qui aide le yogi sincère et dévoué à dissoudre son esprit, y compris toutes les idées, les attachements, les habitudes, les idées préconçues dans la conscience divine pure, l’aidant à dépasser l’esprit et à fusionner avec l’état supra-mental (unmana) du vide béatifique divin.

En fait, le seul chemin pour le réveil spirituel est, ou plutôt était, le prétendu sacrifice de l’esprit, impliquant la renonciation au mécanisme compliqué de l’attachement et des pensées de possession, dont la plus persistante est l’idée : “je suis le corps”. Un texte sacré indien, le Yajnavalkya, nous interdit d’utiliser notre raison pour discuter ou pour mettre en évidence ce qui est l’essence incréée de l’homme, c’est à dire le don d’intuition métaphysique dont le sanctuaire est le cœur. Dans la tradition spirituelle ce sacrifice est symbolisé par la tête coupée, indiquant suggestivement la séparation de l’esprit et du corps, qui est la liberté de la conscience de l’équipement matériel du corps physique.Il y a une corrélation étroite entre Chinnamastaa et Kaalii, dans le sens où la grande puissance cosmique Chinnamastaa représente d’une certaine perspective la concrétisation de l’énergie de Kaalii. Elle est également orientée vers la transformation spirituelle du passionné sincère à la perfection. Dans cet aspect, Chinnamastaa est également Prachanda nommée Chandikaa, s’identifiant avec la forme la plus terrible de Kaalii : Chandii.D’autre part, son aspect terrible peut également être corrélé avec la grande puissance cosmique Tripura Bhairavii car Chinnamasta est, comme elle, un grand combattant. Néanmoins, alors que Tripura Bhairavii résonne davantage avec des énergies fondamentales telluriques, par son muuladhara chakra (chakra racine), Chinnamastaa résonne davantage avec des énergies subtiles dynamiques d’air.

En fait, le seul chemin pour le réveil spirituel est, ou plutôt était, le prétendu sacrifice de l’esprit, impliquant la renonciation au mécanisme compliqué de l’attachement et des pensées de possession, dont la plus persistante est l’idée : “je suis le corps”. Un texte sacré indien, le Yajnavalkya, nous interdit d’utiliser notre raison pour discuter ou pour mettre en évidence ce qui est l’essence incréée de l’homme, c’est à dire le don d’intuition métaphysique dont le sanctuaire est le cœur. Dans la tradition spirituelle ce sacrifice est symbolisé par la tête coupée, indiquant suggestivement la séparation de l’esprit et du corps, qui est la liberté de la conscience de l’équipement matériel du corps physique.Il y a une corrélation étroite entre Chinnamastaa et Kaalii, dans le sens où la grande puissance cosmique Chinnamastaa représente d’une certaine perspective la concrétisation de l’énergie de Kaalii. Elle est également orientée vers la transformation spirituelle du passionné sincère à la perfection. Dans cet aspect, Chinnamastaa est également Prachanda nommée Chandikaa, s’identifiant avec la forme la plus terrible de Kaalii : Chandii.D’autre part, son aspect terrible peut également être corrélé avec la grande puissance cosmique Tripura Bhairavii car Chinnamasta est, comme elle, un grand combattant. Néanmoins, alors que Tripura Bhairavii résonne davantage avec des énergies fondamentales telluriques, par son muuladhara chakra (chakra racine), Chinnamastaa résonne davantage avec des énergies subtiles dynamiques d’air.

De ce point de vue, nous pouvons dire que la grande puissance cosmique Chinnamastaa agit principalement dans ce que nous appelons le monde intermédiaire, en ce monde qui relie l’aspect transcendant de la manifestation à l’aspect matériel. Ainsi elle représente la foudre qui unifie le ciel et la terre (1), qui sont de manière analogique associés à l’esprit et au corps de l’être humain. Son but fondamental est de libérer le peuple des limitations inhérentes à leur état de spiritueux incarnés. Si Chandii (l’aspect le plus terrible de Kaalii) détruit les démons et les entités sataniques, l’aspect Prachanda Chandii de Chinnamastaa détruit l’ennemi important de la spiritualité c’est -à-dire du moi. D’une autre perspective, la grande puissance cosmique Chinnamastaa est identifiée avec Indranii, les contre-parties féminines du grand dieu Indra Védique

Article rédigé par M. Denis Florent © sur :

http://www.ethno-http ://www.ethno-web.com/articles.php?action=show&numart=22

(1) On s’attachera à prendre en compte ici, à titre de comparatif, la symbolique Uranienne dans l’astrologie judiciaire. Voir également notre article « Boanergès, les fils du Tonnerre », Revue Arcadia No spécial 2002, page 10. (TEG – NdlR).

En illustration : Chinnamastaa célébrant avec deux assistants portant un collier de crânes l’union de Rati, le désir et de Kama, dieu de l’amour sur le lotus supportant le yantra triangulaire symbole du yoni.

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