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Tabou - Les crânes déformés

Il est des sites aussi curieux que des Ovnis, qui naissent comme des comètes et laissent dans leurs sillages des traces fulmineuses de lumières vives… Vous auriez pu trouver sur ce site ami, né en 2007 et aujourd’hui disparu, des histoires insensées, de l’Histoire vraie, des repères et des dates, une somme étonnante et mystérieuse de choses et de genres, à la lisière des évènements de l’histoire sue et de l’Infrahistoire. De la papesse Jeanne au saint Suaire, du Royaume de Thulé à L’Atlantide… Un site qui fut à découvrir comme l’on découvre une mine, avec la perception certaine qu’au tournant d’une page web, on trouvera sans doute une pépite à exploiter…

Arcadia // LdT.

Tabou - Les crânes déformés

L’archéologie funéraire a laissé des mystères toujours non élucidés à ce jour. Parmi ceux-ci subsistent celui des squelettes de grande taille et un nombre assez impressionnant de crânes déformés, retrouvés sur tous les continents du globe. Certains anthropologues ont supposé que ces pratiques étaient liées à l’existence de classes sociales à l’intérieur des communautés, une manière pour l’élite de se différencier physiquement du peuple. D’autres y ont vu le signe manifeste de malformations génétiques ou de dégénérescence de la race. Ces raisonnements sont un un peu simplistes, d’autant que l’on trouve ces déformations dans certaines civilisations avancées, en Égypte, au Mexique, tout comme en Europe ou en Asie.

Plusieurs explications furent avancées. La plus extraordinaire est celle selon laquelle les pharaons ainsi que les prêtres qui pratiquaient ce type de mutilation dès l’enfance tentaient vainement de s’identifier aux anciens dieux descendus du ciel et d’acquérir leurs pouvoirs. A titre d’exemple, citons la très importante collection d’anthropologie physique du Musée de l’Homme à Paris, qui conserve une série de crânes déformés. Parmi ceux-ci, nous découvrons quelques spécimens de crânes allongés provenant du Pérou, mais plus curieusement encore, des crânes provenant de la région toulousaine. Dans ce cas, les archéologues font référence aux pratiques ancestrales datant des Burgondes, ce peuple germanique établi à l’origine sur les rives de la Baltique, l’île de Bornholm, puis entre la moyenne Vistule et l’Oder, du IIIe au Ve siècle de notre ère. La majorité de ces ossements proviennent des rives du lac Léman où les Burgondes s’implantèrent, vers 443 après JC, notamment aux alentours de Genève, de Nyon, près de Saint-Prex, Lausanne et La Tout-de-Peilz.

Considérée comme une coutume barbare venant de l’Orient, les déformations rituelles de crânes eurent lieu chez les Huns, les Perses et les Mongols. A titre d’exemple, Attila avait un crâne en forme de pain de sucre. En 1867, en Hongrie, lors de l’éboulement de la rive de la Tiszaé, un pêcheur découvrit une série de crânes déformés dans la rivière. Une cinquantaine de crânes semblables furent trouvés entre 1867 et 1938 dans cette même région. Ils provenaient de sépultures dont le contenu rappelait des objets funéraires caractéristiques des Guépides, ce peuple barbare dont le royaume se trouvait à la frontière nord de l’empire romain, aux Ve et VIe siècles. Contrairement à notre conception occidentale, les difformités et les malformations, au lieu d’être considérées comme un châtiment divin, étaient, à une époque fort reculée, un signe distinctif, une sorte de marque de sélection. Pensons au nain difforme vénéré par les égyptiens sous le nom de Bès. Évoquons ces Cabires vivant cachés sur l’île de Samothrace et qui semblent avoir joué un rôle conséquent dans l’éducation de plusieurs civilisations dont celle de la Grèce notamment. Pour les anciens, il est évident que ces déformations avaient un rapport avec le pouvoir surnaturel. Dès lors, toute personne affligée de ce défaut était respectée. Les bossus bénéficièrent aussi de cette aura bénéfique. Frottez leur bosse vous portera chance !

Pourtant, cette pratique était barbare. Elle consistait à comprimer le crâne d’un nouveau-né, dès l’âge de 6 mois, entre 2 plaques de bois maintenues par des lanières très serrées de manière à obliger les os du crâne à croître dans un sens et à leur donner une forme variant selon les peuples. Elle a été en usage dans une partie de l’Asie et dans tous les grandes civilisations d’Amérique centrale et du Sud, ainsi que dans certaines tribus de l’Amérique du Nord vivant le long du Pacifique. La façon de modifier les crânes des très jeunes enfants, la plupart du temps mâles, a persisté dans tous les peuples de l’Amérique jusqu’à l’arrivée des premiers européens. Cette pratique, si l’on en juge par les témoignages des premiers explorateurs qui en constatèrent les effets sur de jeunes sujets, était parfois mortelle. Malgré cette mortalité, les rois, les nobles et les prêtres des grandes civilisations indiennes ont continué à infliger cette pratique barbare durant des milliers d’années à leurs descendants. Les rois qui s’identifièrent aux divinités, voulurent les imiter. Une tradition naquit, celle de comprimer les crânes de manière à ressembler aux dieux, d’une part, et à compresser certaines parties du cerveau pour assimiler leurs pouvoirs d’autre part.

Selon certains chroniqueurs espagnols, les mayas, interrogés sur cette pratique, répondirent que c’était les dieux qui leur avaient conseillé de déformer la tête de leurs enfants afin de leur correspondre. Certains peuples de l’Amérique du Sud réservèrent exclusivement cette coutume aux nobles qui déclarèrent pour leur part agir de la sorte pour se démarquer du peuple. Les tribus d’Amérique du Nord, vivant sur les côtes du Pacifique, estimaient que la déformation crânienne était la marque des hommes libres, les esclaves et les prisonniers n’y ayant pas droit. Le peuple Caraïbe, qui occupait la plupart des îles du golfe du Mexique, se déformait le crâne pour faire peur à ses ennemis et pour être plus courageux. Incapables de comprendre les raisons de cette coutume et estimant qu’elle ne pouvait être que l’oeuvre du diable, les espagnols l’ont interdite sur l’ensemble de leurs colonies d’Amérique du Sud. Quelle était la motivation profonde de cette coutume ? Les indiens pensaient-ils que la déformation pouvait augmenter les facultés mentales ou intellectuelles ? Pourquoi les puissants se réservaient-ils cette pratique et l’interdisaient-ils aux paysans ? Pourquoi les Incas, à l’apogée de leur puissance, obligeaient-ils les peuples qu’ils avaient conquis à déformer le crâne de leurs enfants en largeur, se réservant pour eux seuls la déformation en hauteur, Tabular Erecta. Pourquoi les prêtres et les rois mayas adoptèrent-ils la déformation oblique, Tabular Obliqua, si ce n’est dans l’espoir de développer des aptitudes particulières ? Est-ce en raison de la forme donnée à leur cerveau que les olmèques et les incas se révélèrent de grands bâtisseurs d’empires et des gestionnaires hors pair, alors que les mayas brillèrent dans le domaine de l’arithmétique et de l’astronomie ?

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