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5/1/2011 [L’astropsychologie ou l’acceptation des restrictions existentielles]

On nous rappelle la phrase delphique « Connais-toi toi-même ». Mais qu’est ce que ce « moi » que l’astrologie prétend nous dévoiler, nous révéler ? Ambigüité est au rendez-vous : est-ce à l’astrologue de deviner ce que nous sommes, prouvant ainsi la valeur de sa science ou est-ce à lui de valider ce que nous sommes, en confirmant, par son art, le bien fondé de nos projets, de nos représentations ?

Pour notre part, nous avons quelque mal à prendre au sérieux ce « moi » fait de manies, de petites habitudes, de nos goûts et dégoûts, qui certes servent à nous identifier, plus ou moins caricaturalement, dans les cercles que nous fréquentons. Une sorte d’image qui nous serait renvoyée par notre entourage. Rappelons cet ébahissement de Suzel Fuzeau-Braesch face aux textes fournis par l’ordinateur, autour de 1970, expérience fondatrice qu’elle ne se lassait jamais de rappeler chaque fois qu’elle prenait la parole en faveur de l’astrologie. Ces descriptions, à l’entendre, correspondaient parfaitement à la personnalité de ses proches….C’était eux tout crachés !

Mais est-ce bien ce « moi » que l’oracle ou le philosophe nous invitaient à explorer ? Ou bien s’agit-il pour l’astropsychologie de nous rapporter comment les gens nous « reconnaissent », par nos « signes particuliers » comme on demande sur les passeports ?

Que penser d’un tel besoin de se différencier d’autrui par quelque détail dérisoire ? Cela semble appartenir au monde de l’enfance, à l’univers de la fratrie. Lui, il est comme ceci, elle est comme cela…C’ est la valse des étiquettes ! Et d’ailleurs, avec le zodiaque, on est servi !

Il nous semble que tout cela ne fait sens que pour les personnes qui ont subi des blessures narcissiques, dont l’expression a été contrariée. D’où un fort besoin de différenciation pour qu’on ne les confonde pas ou plus. Cela nous semble assez malsain, avouons-le.

Que les gens s’inquiètent et s’interrogent sur leur devenir n’est ce pas là plus légitime – car l’avenir est de facto assez obscur – que le fait qu’ils s’interrogent à leur propre sujet, sur ce qu’ils ‘sont », comme s’ils étaient étrangers à eux-mêmes.

Plutôt que se connaitre, l’on se demandera plutôt s’il ne faudrait pas plutôt dire s’accepter comme on est devenu. Pour beaucoup de gens qui viennent à l’astrologie, à commencer par les astrologues, l’astrologie aura permis de mieux supporter certaines choses de la vie. Il revient alors à l’astropsychologue de retrouver dans le thème ce qui fait écho à ce qui est arrivé à la personne, les voies qui se sont ouvertes et celles qui se sont fermées ou refermées et qui en font ce qu’elle « est devenue ». Il ne s’agit pas tant de s’accepter comme on est mais d’admettre que l’on soit parvenu là où l’on se trouve en se persuadant qu’il ne pouvait fondamentalement en être autrement, puisque c’était déjà écrit, en potentiel, dans le thème. Voilà une vision des choses qui nous soulage. L’astrologie nous explique ainsi pourquoi certaines possibilités nous ont échappé, parce qu’elles étaient hors de notre portée, pourquoi nos perspectives se sont rétrécies. On est dans le repli stratégique. Mieux vaut à la limite un thème natal en peau de chagrin que l’on peut chercher à dépasser plutôt qu’une conception trop large de l’être qui forcerait à constater la déperdition, le gâchis. Mieux vaut peu de talents, pour filer la parabole de l’Evangile, que beaucoup. Car ainsi l’on ne vivra pas dans l’idée d’un gaspillage. L’astropsychologie, surtout si elle est matinée de karmique, serait une école de pauvreté, de dépouillement, de restriction et donc de consolation. Notre sort serait plus supportable, en partant des limites du thème astral qui nous serait donné en naissant pour tendre vers l’universel qu’en partant de l’universel pour constater notre chute, nos renoncements et nos échecs qui seraient de notre fait.

Paradoxalement, plus l’astrologue insiste sur les incapacités de notre thème, sur ses handicaps, plus cela nous réconforte et nous déculpabilise. On passe du verre à moitié vide au verre à moitié plein. A partir de là, tout ce qui vient en sus du thème est tout bénéfice et l’on peut dire que l’on revient de loin, puisque l’on est parti de si bas. C’est là toute la thérapie de l’astropsychologie que de nous enfermer dans notre thème comme dans une cage pour ensuite nous en ouvrir les portes.

L’astropsychologie s’adresse à ceux et celles qui sont tombés de haut, ceux qui ont cru avoir un bâton de maréchal et ont été déçues par la vie. Notre civilisation est cruelle, menteuse, qui fait miroiter, surtout aux femmes, des horizons mirifiques. Cela se termine souvent comme le rêve d’Icare qui se brûle les ailes. L’astropsychologie, même si elle ne le dit pas aussi clairement, est une alternative à l’idéologie de la parité, de l’intégration, de l’égalité des chances. Elle nous propose au contraire de nous circonscrire, de nous montrer à quel point nous sommes limités par rapport à l’ensemble des possibles. Qu’est ce qu’un thème replacé dans la totalité des thèmes ? Une toute petite chose bien étriquée. Mais c’est un fardeau bien plus léger que d’avoir à assumer l’habit du surhomme, doté de tout le potentiel et du génie de l’Humanité.

>[Jacques Halbronn]