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14/2/2011 [Le passé de l’astrologie est à recomposer]

Tout savoir ancien doit être reçu sous bénéfice d’inventaire et en tenant compte des intermédiaires qui ont pu s’interposer entre nous, aujourd’hui et le moment où tel savoir s’est constitué. Tout passé est difficile à maîtriser et à contrôler. Certes, il nous en reste des bribes, des vestiges mais le puzzle complet nous échappe le plus souvent. Seul ce qui a lieu dans l’ici et maintenant peut être pleinement assumé et compris.

Dans le cas de l’astrologie, nous ne savons de ce qu’elle a pu être que ce qui nous en est parvenu et nous confondons souvent les données de base avec les interprétations qui en sont faites.

Autrement dit, ce que l’on appelle la tradition astrologique n’est jamais qu’une tentative plus ou moins heureuse de reconstituer un certain passé. Ce qui divise les astrologues, c’est donc la façon dont les uns et les autres procèdent pour y parvenir. Les solutions proposées peuvent être rejetées dès lors que de meilleures formulations semblent pouvoir être fournies. Evitons donc tout verrouillage qui serait du soit à l’affirmation de quelque ancienneté qui se serait comme institutionnalisée soit à celle d’une pratique ayant donné satisfaction mais ne correspondant pas forcément à la vocation première de l’astrologie.

C’est ainsi qu’actuellement il est largement débattu – même à Parapsy - du retour de l’argument de la précession des équinoxes. Et l’on ne peut certes balayer celui-ci en disant que les astrologues ont démontré une fois pour toutes, de par leur pratique plus ou moins unanime, que le tropicalisme était la vérité de l’astrologie occidentale. Nous ne saurions en effet souscrire à une telle façon de répliquer.

D’une part parce que dans le corpus/canon astrologique, il y a des données qui dénotent une prise de distance par rapport au tropicalisme (doubles domiciles des planètes, triplicités, quadruplicités), de l’autre parce que l’argument du praticien n’a qu’une valeur très relative vu que trop de variables interviennent pour que l’on puisse trancher sur le cas d’un facteur donné. A contrario, les carences de l’astrologie actuelle conduisent à penser que la « synthèse » actuelle n’est pas la bonne, qu’elle est à revoir, à réviser.
Nous avons une certaine sympathie, a priori, pour ceux qui se sont efforcés de repenser l’astrologie de fond en comble comme un Jean-Pierre Nicola et il est sain de trouver des avocats de l’astrologie qui n’avancent rien sans pouvoir fournir quelque justificatif. Mais le tort de Nicola est de ne pas avoir pris la mesure du syncrétisme de la tradition astrologique : il a ainsi conservé des données qui s’excluent mutuellement comme le référentiel saisonnier et la division en 12 secteurs. L’un est à base 4 et éventuellement 8, l’autre est à base 12. Cela ne va pas ensemble. A la Renaissance, ces deux voies avaient donné naissance à une double publication annuelle, celle des almanachs à base 12 et celle des pronostications à base 4 et chacun sait que les 12 mois n’ont rien à voir avec la trisection de chaque saison.

Le thème astral individuel n’est ainsi, à nos yeux, qu’un sous produit de l’astrologie collective et il n’a notamment rien à faire ni de près ni de loin avec l’astrologie mondiale. Quand le monde est pris, emporté dans un élan collectif, quelle qu’en soit la manifestation, tous les cloisonnements sautent. Rappelons ce nuage de Tchernobyl censé s’arrêter aux frontières.

Non pas que le thème astral n’existe pas mais c’est son statut qui est en question qui est à l’heure actuelle hypertrophié. L’astrologie peut parfaitement se passer du thème astral en ce qu’il existe toutes sortes de techniques qui fonctionnent tout aussi bien quand il s’agit d’accéder à un plus haut degré de précision, de spécificité. Rappelons que la recherche de la précision est aux antipodes de la quéte conceptuelle car pour rapprocher des objets, il faut renoncer à une exigence excessive de précision.

Il serait bon que l’astrologie se recentre sur son métier principal qui est de découper le temps en périodes et qu’elle se détache, se déleste de toute forme d’astrologie individuelle. Ceux parmi les astrologues qui pratiquent l’entretien individuel sont invités à se servir du tarot, de la numérologie, de la psychologie. Quant à l’astrologie individuelle, il vaudrait mieux, jusqu’à nouvel ordre, la mettre de côté tant l’on peut observer à quel point elle tend à fausser le débat comme cet astrologue prétendant trancher sur la précession des équinoxes en affirmant avec la plus belle assurance, que la pratique du thème natal tropique démontrait que l’astrologie sidérale était fausse, notamment dans le domaine médical pour reconnaître, un peu plus tard, que de toute façon, il fallait beaucoup de flair pour se retrouver dans la meule de foin astrologique.

Dans bien des cas, certains arguments avancés ne correspondent même pas à ce que les tenants d’une certaine astrologie croient mais à ce qu’ils croient, à tort ou à raison, qu’il faut dire. Il y a ainsi des consignes qui sont lancées et que l’on se repasse.

Tout cela nous fait songer au jugement de Salomon : il y a deux mères, l’une dont l’enfant est l’astrologie mondiale et l’autre dont l’enfant est l’astrologie individuelle. L’enfant de la seconde est souffrant mais sa mère ne souhaite surtout pas que l’enfant de la première survive et elle veut entraîner la première dans son malheur. Que l’astrologie individuelle se retire donc pour que l’astrologie collective occupe seule le terrain et fasse ses preuves et que les astrologues de cabinet se reportent vers d’autres techniques et en cela nous nous réjouissons de la sortie du nouveau « magazine de l’astrologie », Astr’oh » qui fait cohabiter avec l’astrologie d’autres « supports ».

Paradoxalement, une telle « promiscuité » est salvatrice pour l’astrologie en ce qu’elle offre une porte de sortie pour tous ces astrologues invités à se reconvertir s’ils souhaitent dans une posture d’aide d’autrui. Ce sont les astrologues qui ne font que de l’astrologie qui nous inquiètent le plus car ce sont ceux qui défendront leur ‘savoir faire » bec et ongles. Actuellement, en tout cas, ces astrologues du thème font plus de mal que de bien à la cause de l’astrologie, laquelle doit repartir sur des bases aussi simples que possible, sans chercher à mettre la charrue devant les bœufs, la charrue c’est la finition extra-astrologique, les bœufs, c’est le cœur même de l’astrologie. J. P. Nicola en créant le concept d’astrologie conditionnaliste avait ouvert la voie à la prise de conscience chez les astrologues qu’il y avait quelque chose en dehors de l’astrologie mais il avait mal anticipé, sans doute, qu’il fallait en priorité nettoyer l’astrologie de ce travers qu’il condamnait, ce qui impliquait – ce qu’il ne fit pas - de la purger de certains développements n’ayant dès lors plus de raison d’être, comme les maisons astrologiques qui ne sont initialement qu’une « check list » devenue peu à peu divinatoire.

On peut certes s’évertuer à rassembler dans un corpus tout ce qui touche de près ou de loin à l’astrologie mais d’aucuns ont cru bon de tout conserver, quitte à requalifier ou reformuler certaines notions au lieu de carrément constater diverses incompatibilités et de faire ressortir l’émergence successive et la perpétuation des approches. Tout est à resituer et à replacer, en ne confondant pas l’essentiel (le cycle mondial) et l’accessoire (le thème astral individuel). En ces temps de révolution, le thème astral apparaît pour ce qu’il est, un ersatz d’astrologie en période d’hibernation de celle-ci, un peu comme une chandelle remplaçant le soleil. Mais dès que le soleil de l’astrologie se léve à nouveau, cette pseudo-astrologie est invitée à se retirer. Le problème de l’astrologie n’est pas qu’elle soit une pseudo-science mais qu’elle soit confondue avec une pseudo-astrologie qui souvent parle à sa place, comme dirait André Breton.

Jacques Halbronn