I – RAZ-DE-MARÉE à RENNES-LE-CHÂTEAU

DE PROFUNDIS

Où es-tu passé, mon passé, … perdu dans les gorges de l’Aude… le ruisseau des Couleurs coule comme naguère, les souvenirs dansent dans la vallée et jouent en liberté… – où es-tu passé mon passé, si beau, si loin, si près, où es-tu passé, là-bas, ici ou à côté…, où est le cèdre du Liban et la tête du Diable,  où sont les pierres de rocailles et les galets ravinés – charriés à dos d’homme par le curé ? – Où es-tu passé, toi, le jardin du Calvaire devant le parc de l’abbé ?… Nul ne le sait…, parti en fumées comme le cœur de Marie, en de tendres volutes amères et sauvages qui enveloppent avec nostalgie l’époque bénie des épopées, des rencontres entre amis… – Où es-tu passé mon passé, … toi que j’ai définitivement perdu et qui jamais ne reviendra plus…

En mémoire d’un village qui vit au XXe siècle la résurrection du Monde.

Encore faut-il aimer Rennes-le-Château avec le cœur enlacé aux battements de la vie, un peu comme ce cœur fétiche – celui de Marie… – flétri et oublié dans les replis de pierres. Encore faut-il aimer Rennes-le-Château avec la fidélité du Temps due au souffle du vent sur les cimes assombries du Bugarach pour s’engager vraiment à rédiger une telle complainte… Apparemment, à Rennes-le-Château, c’est une manie municipale que de déplacer les tombes, Saunière s’en souvient encore…, (vieille tradition ancestrale qui remonte au temps de l’abbé, – n’est-ce pas), ou de rénover un domaine qui n’en demandait pas tant ! Quel luxe que cet apparat du XXIe siècle dans les rues restaurées du petit village audois. Chacun en visite à Rennes, prochainement, pourra découvrir avec effarement ce renouveau imposé.

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Dans le cadre de nos travaux littéraires – oui, c’est notre mission, mais pas seulement – également de prospections et de présentations de documents que nous mettons régulièrement à disposition gratuitement sur notre site de recherches, il nous est apparu très important de dresser un constat affligeant – en direct – de ce que nous pouvons voir actuellement dans le village de Rennes-le-Château quant aux petits « arrangements » réalisés par la Mairie, en pleine période électorale, coïncidence, et en plein cœur du vieux village à l’église classée aux Monuments Historiques…

Voici donc des photographies prises ces derniers jours, en ce début du mois de Mars 2020, pour servir à l’édification de nos lecteurs. Rappelons ici – c’est le moment – ce qu’Alexandre Painco, le maire de Rennes-le-Château, a déclaré à propos des chercheurs historiques de Rennes-le-Château, lorsque récemment interrogé par Johan Netchacovitch de « la Gazette de RLC » pour savoir ce qu’il pense de ceux-ci, le maire du village a répondu d’une phrase qui va finalement rester bien célèbre dans les annales du petit village audois… :

« – Je ne me préoccupe uniquement de ceux qui paient leurs impôts à Rennes-le-Château… Les « chercheurs »…, combien sont-ils, 100, 200… ? Les chercheurs n’ont qu’à se comporter comme les vrais touristes qui paient l’entrée du domaine, se montrent satisfaits du lieu et… repartent sans récriminer… ! »

De fait, très inquiets, nous avions déjà alerté le 17 janvier 2019, sur le site d’Arqa, lors d’un entretien que nous avions eu avec l’un de nos auteurs, que les travaux qui devaient être faits par la mairie présentaient des risques certains d’altérations non négligeables – voire irréversibles – de ce site historique en partie classé

De son côté, Paul Saussez, architecte et chercheur, spécialiste de l’édification de l’église de RLC et de ses substructures signalait à bon droit récemment sur « la Gazette de RLC » que :

« … à Rennes-le-Château, les travaux de maçonnerie dans le jardin du calvaire semblent toucher à leur fin. On nous avait promis une « rénovation à l’identique », mais on est loin du compte.

Sur les images que nous avons pu voir concernant les couronnements rénovés des murets, en briques, on a fait l’économie des “triglyphes” typiques de l’appareillage original, qui existent encore par ailleurs…

En outre, les briques sont neuves alors qu’en rénovation digne de ce nom, on emploie des briques de récupération dont l’aspect et le format se rapprochent autant que possible des anciennes. En tant qu’architecte, conférencier, auteur de nombreux articles et ouvrages sur Rennes-le-Château depuis plus de vingt ans, je suis profondément attristé et scandalisé. Je ne félicite ni mon confrère auteur du projet, ni le maître de l’ouvrage (suivez mon regard)… ».

Par ailleurs, notre vieil ami Jean Brunelin, photographe émérite, écrivain et chercheur (que l’on ne présente plus), qui a documenté de main de maître, dès la fin des années 60, le petit village audois – (que grâce et honneurs lui soit rendus au centuple) – nous a très aimablement donné, comme Paul Saussez, son avis sur ce que nous ne pouvons que constater ici avec une grande amertume…

Voici donc pour nos abonnés fidèles et pour les lecteurs des « Chroniques de Mars » de passage, le résultat de nos échanges auprès de nos deux amis.

 Thierry E. Garnier – Directeur des éditions Arqa – © Les Chroniques de Mars 2020.

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II – LE MAIRE, LE DIABLE & LES CHERCHEURS…

Entretien avec PAUL SAUSSEZ

 

« C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent ! »

Charles Baudelaire

*   *   *

Thierry E. GARNIER // Cher Paul Saussez, bonjour, finalement on peut dire que le « jardin du Calvaire » porte bien son nom… Nous vous interrogeons aujourd’hui pour notre WebZine « Les Chroniques de Mars » en tant qu’auteur et chercheur, pour avoir notamment travaillé sur les substructures de l’église de Rennes-le-Château et ses abords, mais aussi bien sûr, en tant qu’Architecte et Membre de la Société d’Études Scientifiques de l’Aude…

Pouvez-nous donner votre sentiment sur ce qui se passe actuellement à Rennes-le-Château…, concernant des travaux somme toute assez différents de ceux qui étaient annoncés en préalable par le maire Painco qui avait dit, à qui voulait l’entendre, qu’il y aurait je cite : « une rénovation à l’identique » du site lui-même. Au final, on a l’impression d’aboutir à un véritable outrage quant à la qualité des matériaux employés qui ne sont pas conforme à une « restauration », ou même une « rénovation » comme le dit le maire… – comment en est-on arrivé là ? On peut – et on doit – aussi, se poser la question du pourquoi d’une telle « restauration »… – Quelle est son utilité véritable… ? – A quoi cela sert-il vraiment ? … Est-ce mieux ou moins bien aujourd’hui ? Ces questions méritent quand même d’être posées, non ? Et pas seulement à la Mairie, mais aussi au monde des amoureux du site, des chercheurs et des visiteurs qui vont maintenant regretter possiblement une telle « décomposition »… – mot à prendre à tous les sens du terme.

Quel est non seulement votre sentiment mais aussi votre perception des choses, en tant qu’architecte et en tant que chercheur éminent au fait, ô combien, de cette zone circonscrite – je veux parler en particulier du jardin du Calvaire et des abords de l’Église de Rennes … ?

Paul SAUSSEZ // Rien de tout cela ne semble avoir été respecté dans les travaux que l’on observe depuis quelques mois à Rennes-le-Château, particulièrement dans les jardins que l’abbé Saunière a aménagés devant l’église. Ce qu’il s’y passe est un véritable 49.3 urbanistique, perpétré par une Mairie inconséquente et autocratique qui a fait table rase de l’histoire de l’identité et du caractère du lieu.

Loin de les avoir reconstituées « à l’identique » comme la Mairie l’avait prétendu, les constructions originelles ont été détruites pour être remplacées par des ouvrages neufs. Voyez les briques rouge vif qui sortent d’usine, alors qu’on aurait pu utiliser des briques de remploi de même format, ainsi que ces soubassements en blocs de béton dont ont craint – comme le souligne très justement Serge Colmenero sur ses photos – que les parements en pierre ne soient remplacés par du crépi. Je note aussi le chemin menant à l’église, revêtu en pavés de béton neuf, alors qu’on aurait pu opter pour des pavés en pierre, voire conserver le revêtement de gravier, quitte à le damer pour le rendre plus carrossable aux fauteuils roulants.

Thierry E. GARNIER // Selon vous, et compte tenu de ce que l’on constate aujourd’hui, est ce que le projet de « restauration »…, réalisé par le Maire Painco a été soumis à enquête publique… ?

Paul SAUSSEZ // Je peux me tromper, mais je doute que le projet ait été soumis à enquête publique. Je m’étonne en tous cas qu’il n’y ait eu aucune critique de la part de « ceux qui paient leurs impôts à Rennes-le-Château ». Ce ne sont pas ces quelques quatre-vingt imposables qui – directement ou indirectement – financent ces travaux, au contraire des milliers de visiteurs annuels qui paient le parking, l’accès au domaine ainsi que leurs achats dans les boutiques et restaurants.

J’observe enfin que la Mairie n’a tenu, semble-t-il, aucun compte des recommandations émises par les archéologues officiellemennt mandatés par la Communauté de Communes en 2013, et semble tenir pour quantité négligeable les désordres nettement plus préoccupants qu’on observe dans l’église, pour lesquels j’avais alerté les autorités (Architecte des Bâtiments de France et Mairie) en 2015…

*     *     *

Entretien avec JEAN BRUNELIN

Thierry E. GARNIER // Jean Brunelin, bonjour, en ta qualité de photographe historique ayant parfaitement documenté le village de Rennes-le-Château dès les années 60, mais aussi en tant qu’auteur et chercheur, peux-tu nous donner ton sentiment sur ce qui se passe actuellement à Rennes-le-Château, concernant des travaux somme toute différents de ceux qui étaient annoncés en préalable par le maire Alexandre Painco qui avait dit à qui voulait l’entendre qu’il y aurait, je cite : « une rénovation à l’identique »… Au final, on a l’impression d’aboutir à un véritable outrage quant à la qualité des matériaux employés en particulier – comment en est-on arrivé là… ? Quel est non seulement ton sentiment mais aussi ta perception des choses, en tant qu’amoureux de ce site et fin connaisseur de l’Église de Rennes-le-Château et de ses abords… ?

Jean BRUNELIN // Oh… ! Messieurs les édiles de Rennes !

Qu’est-ce qui vous prend ? Avez-vous oublié que c’est un homme qui a sorti votre village du fin fond du Monde et de l’oubli… ! Que c’est ce même homme qui a assuré votre renommée, et par là-même votre prospérité, la moindre des choses serait que vous le respectiez un tant soit peu dans ses décisions ! Cet homme vous le savez, c’est Bérenger Saunière, abbé de son état, et bâtisseur de légendes…

Il avait tout organisé et arrangé sur sa colline avant que vous n’arriviez. Il s’était occupé de son existence post mortem et avait souhaité reposer tranquille et paisible dans son caveau, à coté de sa Marinette en sa terre consacrée… Qu’est ce qui vous a pris de l’avoir sorti de là pour le mettre dans un caveau pompeux, dans une terre où il faut payer pour aller lui rendre hommage… !

Pourquoi n’avez-vous pas honoré les dernières volontés de votre bienfaiteur, pourquoi ne l’avez vous pas respecté… ?

Et qu’est ce qui vous a pris de refaire le jardin, les murets et les briquettes de parement à votre idée, alors que ce brave homme avait tout dessiné de sa main et avait souhaité ce qui devait être pour les siècles à venir…

Sachant cela, je ne pense pas que cela vous aurait coûté plus cher de refaire à l’identique, avec juste un peu de talent et de respect pour l’œuvre de cet homme à qui vous devez tout car – et cela ne l’oubliez jamais – vous êtes chez lui, dans son esprit, et tout ce que vous respirez vous vient de lui, même ce qui se passe aujourd’hui quand des visiteurs vous font l’honneur de monter dans ce village perdu…

Voyez-vous, pour vous raconter une anecdote, je suis passé un jour dernier à Rennes-le-Château, j’y ai vu la fameuse petite grotte sacrée de Madeleine, dans le jardin du Calvaire, elle était remplie de gravats, de brouettes et d’outils de maçonnerie, pourquoi pas d’immondices ?… ce fut pour moi le comble de l’inconvenance et du mépris ; plus fort encore que lorsque vous avez cassé la pierre préhistorique vénérable, mais cela paraît-il ne l’a pas été « fait exprès », … cette grotte de Madeleine symbolise pourtant, d’une certaine manière, toute l’affaire. Cela vous ne le savez sans doute pas, mais c’était le point fort et la pièce maîtresse du pèlerinage que Saunière voulait mettre en place pour sortir le village de l’oubli, pourquoi l’avez vous prise pour une poubelle… ?

Il vient aujourd’hui, à Rennes-le-Château, bien d’autres pèlerins, et contrairement à ce que j’ai lu, ce ne sont pas des « touristes lambda » pour lesquels vous souhaitez destiner le lieu, ce sont des gens intéressés par l’affaire Saunière et par l’histoire de celui qui mérite un peu plus de respect il me semble…, car on ne vient pas innocemment dans ce village. La grande majorité des visiteurs sont des connaisseurs qui montent ici pour honorer la mémoire de Bérenger Saunière, prêtre libre de Rennes-le-Château, qui souhaitait faire de ce village un lieu de pèlerinage à Marie la Magdaléenne, « Magdaléenne » comme Magdala, la Tour de la foi… Aussi, ne tarissez donc pas l’éclat de la pierre précieuse que vous avez entre les mains, faites-la rayonner et faites la reluire avec solennité et respect…

Thierry E. Garnier – ARQA éditions © Les Chroniques de Mars – 2020 // Entretiens avec Paul Saussez et Jean Brunelin // © Remerciements à Serge & Hélène Colmenero pour le reportage photographique réalisé le 5 mars 2020 – © Remerciements à Jean Brunelin pour ses remarquables photos historiques illustrant cet article.


III – LE MAIRE, LE DIABLE & LES CHERCHEURS (la suite)

 

Le Maire A. Painco et ses égarements…

 

« Quand un mensonge ne prend pas, c’est qu’il est bête. »

Sacha Guitry

 

Suite à la publication sur Internet de notre article (ci-dessus) et des entretiens que nous avons eus avec Paul Saussez et Jean Brunelin le 7 mars dernier, le maire de Rennes-le-Château (A. Painco), a été pris à partie par un habitant du village, lui demandant des explications claires sur les travaux de « rénovation » entrepris dans le jardin du Calvaire. – Nous rappelons ici que le maire, – à la fois au conseil municipal, – puis auprès de ses administrés, – ainsi qu’auprès de la communauté des chercheurs, s’était engagé formellement à restaurer les édifices (jardins du Calvaire, etc.)  – « à l’identique » (sic) ! La réponse du maire a été très claire auprès de cet habitant du village :

« – nous restaurons bien à l’identique, d’ailleurs dans le jardin du Calvaire de l’abbé Saunière, les pierres de parement des murets étaient toutes entièrement recouvertes d’enduits »(fin de citation).

Malheureusement pour le maire Painco, il est peu de dire qu’il existe des centaines, voire des milliers de photos, qui démontrent les égarements du maire de Rennes-le-Château… ! Comme nous le soupçonnions depuis longtemps, cette aventure municipale délirante tourne définitivement à la catastrophe la plus incroyable et pour tout dire la plus pitoyable… Afin de rappeler au maire Painco comment étaient les murets du jardin du Calvaire qu’il a outragés il y a seulement quelques jours, nous versons au dossier à fin de comparatifs, quelques photos qui lui rappellerons donc comment était l’édifice au temps de l’abbé Saunière…, édifice, jardins et murets, qui avaient tous traversé le siècle sans encombres jusqu’à aujourd’hui… Chacun pourra donc juger sur pièces, afin de savoir qui a tort ou qui a raison, entre cet habitant du village et le maire Painco…

Thierry E. Garnier – Une enquête des éditions ARQA © Les Chroniques de Mars – 8 mars 2020 // © Remerciements à Jean Brunelin pour ses photos.

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