Le Prix Gustav Meyrink 2020

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Le Prix Gustav Meyrink, décerné pour la première fois cette année, a été pour nous-mêmes, et pour le Jury constitué sous la Présidence d’honneur de Paul-Georges Sansonetti, une véritable source d’enrichissement et d’émerveillement…

Je tiens tout d’abord à remercier mes amis proches et membres du Jury : Rémi Boyer, Patrick Berlier, Alain Le Kern, Michel Lamy et Pauline Olphe-Galliard, qui m’ont assisté de main de maître dans cette entreprise nouvelle pour nous tous. Vous pouvez retrouver leurs commentaires de lectures sur le FORUM dédié au concours.

Sur les 139 nouvelles reçues, 100 ont été sélectionnées pour être lues sur le site d’Arqa, puis une avant-dernière liste de 25 auteurs a été constituée pour extraire finalement 4 dernières nouvelles et enfin un gagnant, Philippe Ledoux, qui se dévoile aujourd’hui, ici même, dans une belle interview à découvrir…

Il est peu de dire que cette liste a été très très (!) … difficile à constituer tant les choix du Jury ont été divers. Disons le tout net… Bien des nouvelles qui ne sont pas ici auraient mérité de l’être ! Mais comme toujours, un choix difficile est aussi au final un gage de qualité. Je voudrais, également, au passage, féliciter tous les auteurs émérites, non cités ici qui, comme le signalent parfaitement bien certains auteurs du Forum méritaient d’être retenus…

Thierry E. Garnier 

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Voici les résultats de notre concours qui a été très serré jusqu’au bout //

 

 

 

 

 

  • Les accessits, (très proches des premiers prix), sont décernés à :  Nicolas de Torsiac pour « Extinction contrariée » ; Isaline Schreck pour « Celui qui pense, celui qui rit » ; Fabien Galliot pour « Le Monde d’après » ; Céline Travaglianti pour « La grotte aux souhaits » ; Kaishin Lin pour « La forêt aux ombres » ; Eric Vial-Bonacci pour – « Dehors, la peur ! » ; Magali Labadie pour « La créature de l’ombre » ; Marie Romanini pour « Dernier désir » ; Oskar Kayzer pour « Le monde d’après » ; Thierry Fauquembergue pour « La Femme et l’Enfant » ; Aurélie Gasrel pour « Une Cité d’ombres imprenable » ; Jean-Baptiste Roman pour « Dog eat dog » ; Véronique Di Meglio pour « A la vie, à la mort » ; Marc Le Prunennec pour « Ronde de nuit » ; Nelly Kiint pour « La descente » ; Pascale Schaulin pour « La quête du rubis flamboyant » ; Hubert Jordi pour « Sapiens Qualia » ; Eva Murith pour « Les fleurs de l’audace » ; Proto Erwan pour « Les raisins de juillet » ; Christine Caldairou pour « Les âmes de l’aurore » ; Antoine Patrelle pour « John Titor » ; Xavier Lhomme pour « Les Enfants de l’hiver ».

Chroniques de Mars // Cher Philippe Ledoux, vous venez d’obtenir le Prix « Gustav Meyrink » 2020, vous attendiez-vous à cela et quelle était la motivation de votre participation à ce prix ?

Philippe LEDOUX // Je ne m’attendais pas du tout à obtenir ce prix. J’avais déjà participé par le passé à quelques concours… Pour moi, le fait de participer à un concours, et je m’y suis remis assez récemment, c’est de m’obliger à écrire, à relancer la « machine », à avoir une démarche d’ouverture, à faire vivre les textes en étant lu même si on n’est pas retenu… Je ne m’attendais pas à avoir ce prix, car j’y ai participé de façon insouciante. Dans l’avenir, je souhaite éditer un autre projet plus basé sur des histoires pour enfants, et participer à ce concours est une étape, un encouragement quel qu’en soit le résultat.

Au fond, avant toutes choses, il faut regarder ce que cela nous a appris d’entreprendre ce chemin, de participer à un concours, tout ce que cela a mobilisé (pour certain.e.s, cela sera de dépasser sa peur), accepter de se faire lire, accepter l’idée que l’on écrit des choses correctes/lisibles…, qu’on a le droit d’entrer dans un monde qui est celui de l’écriture, de s’obliger à écrire, à se relire ; pour d’autres, c’est accepter de ne pas être sélectionné et de se remettre malgré la déception à écrire d’autres nouvelles…

Le fait de participer à un concours, c’est accepter d’entrer dans un habit qui ne nous appartient pas. C’est un essayage, comme un enfant qui enfile un déguisement et qui soudainement se sent porté par l’étoffe et, du coup, imagine, joue, se sent libre et se découvre un peu. Je suis très content d’avoir obtenu ce Prix, qui plus est de par le fait qu’il soit organisé par un éditeur – un éditeur à la fois orienté vers l’Ésotérisme, le Fantastique, la Science-fiction, par le nom de Meyrink aussi. Je pense à celles et ceux qui n’ont pas obtenu le prix : leurs écrits auront été lus, soupesés. Et certainement, des émotions, des pépites resteront dans le cœur du Jury…

À vous tous de continuer. « Festina lente » (hâte toi lentement) tendre toujours vers l’objectif : faire émerger ce qui est essentiel de découvrir. L’écriture devenant un moyen d’y parvenir…

Chroniques de Mars // Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs… – qui êtes vous Philippe Ledoux… ?

Philippe LEDOUX // Après un parcours un peu « biscornu » à l’école, j’ai obtenu un Bac Littéraire, puis j’ai hésité à faire des études littéraires et j’ai opté pour le Droit ! Cela me paraissait plus ouvert sur des débouchés et me contraindrait à un peu plus de réalisme… Donc Maîtrise de Droit public, puis Licence d’administration publique pour patienter et se préparer aux concours. Je suis devenu attaché et sans vraiment choisir, j’ai atterri dans un lycée…

Plus on s’éloigne de ce que l’on aime, plus on se doit de rêver, de faire autre chose en parallèle. Une autre vie. La vraie ? Alors, il y a le cinéma pour s’évader, les vapeurs d’essence automobiles (un peu de sport auto en dilettante. Expérience magique de la nuit dans une voiture de course, lorsque tout s’estompe, public, lumière, repères…), pour fuir ou retrouver le temps adoré du jeu d’un enfant avec ses autos miniatures (ou je construisais des histoires, je rectifiais sans cesse les trajectoires, j’imaginais, je rêvais…, au fond comme quelqu’un qui écrit, à l’identique…). Puis rêvant sans cesse, un peu par hasard, j’ai commencé par imaginer puis écrire des histoires pour enfants.

On ose un peu les montrer, les lire à l’occasion, etc… À force de vouloir m’exprimer, l’écriture n’étant pas si reconnue que cela, affecté à l’Université, j’ai aussi arpenté en fonction de rencontres et d’opportunités le monde des marionnettes…, de la sculpture, grâce aux ateliers artistiques. Je devais être le seul membre du personnel parmi les étudiants. De bonds en rebonds, un peu de Théâtre aussi. Et puis plouf…, ces choses là, après m’avoir nourries, se sont taries et j’ai continué cahin caha à écrire… À un moment donné, toujours au hasard, j’ai rencontré la Musique sur le tard : solfège puis clarinette et chant. Découverte de la musique classique un peu plus de l’intérieur, ça continue doucement… mais maintenant, le besoin d’aller un peu plus loin par l’écriture me reprend.

Au plan professionnel, cela n’a pas été le grand bonheur. L’expérience la plus positive a été lorsque j’ai été conseiller en formation continue : j’étais avec des humains, à devoir imaginer, rectifier des parcours de vie… Là, les personnes qui venaient, lâchaient un peu l’ordinaire, les oripeaux, et on tentait de voir les choses de façon plus holistique. Comme expérience, je me remémore des pleurs, de la joie, de la délivrance et aussi cette sensation un peu étrange, pendant un entretien, de sentir mon ventre comme vide. L’entretien s’était très bien déroulé et pourtant je n’étais pas satisfait. L’explication de cette sensation étrange et de cette insatisfaction était que la personne que je venais de rencontrer était au chômage depuis 3 mois et, au fond, elle vivait encore dans son « mental » sa vie d’avant, il y avait un parallélisme qui l’empêchait de me donner des pistes. L’interaction dialogique qui est si importante dans ces métiers ne fonctionnait pas. Ce qui aussi est bizarre, c’est le surgissement de choses si subtiles dans un contexte professionnel. À cette époque j’ai fait un master en Sciences de l’Éducation autour de la question des compétences et de l’accompagnement.

Autre étape, par la suite je suis parti vers la médiation et une autre forme de conseil, depuis 2018. Mes collègues sont tous des passionnés des univers artistiques (Musique, Écriture…). Même si l’ordinaire de mon métier est de découvrir la face sombre des êtres : harcèlements, étrangers malmenés…, je pense que la Société française ne se rend pas compte, n’a pas de vision stratégique à long terme sur cette question. Chiche que l’on mette des « valeurs chrétiennes » dans la Constitution, mais il faudra revoir en quoi cela nous oblige… Il y a tellement à imaginer, à être novateur dans ce domaine. Sinon, j’aime courir à pied, c’est très bon pour le Karma…

Ah ! … il me reste une chose, c’est l’Amour, mais ça c’est une autre histoire…

Les Chroniques de Mars // Vaste sujet… !

Qui ferait un beau thème à explorer en nouvelles, n’est-ce pas… ? Sinon, avez-vous pris connaissance et lu d’autres nouvelles que la vôtre pour cette session 2020 ? Et qu’en avez-vous pensé ?

Est-ce que certaines ont retenu votre attention… ?

Philippe LEDOUX // Oui, tout à fait… !

Trois histoires m’ont plu !

La première « Dehors la peur » d’Eric Vial-Bonacci, une histoire bien menée, on croit au personnage, à l’histoire et à l’ambiance. Il exploite ce qu’il pose… Celle de Magali Labadie, « La créature de l’ombre ». Une histoire qui tient, Magali croit à son histoire, les idées sont développées, il n’y a pas trop de personnages et il y a un travail sur les mots et l’écriture…

Et puis celle de Véronique Di Meglio, « A la vie, à la mort », une histoire bien menée, de l’humour, une écriture alerte, une chute originale. C’est celle que j’aurai choisie pour le Prix Gustav Meyrink 2020… !

Il y a aussi, bien sûr, les trois autres finalistes !

La nouvelle de Thierry Aubry « Remedium » revisite un thème de SF de façon originale avec prise du lecteur en contrepied. J’ai apprécié au début d’être emmené dans plusieurs directions. Le récit est bien mené. Le vocabulaire bien choisi et on comprend à la fin le choix de certains mots du début. J’ai apprécié la double chute, une à mi-parcours et la seconde à la fin…

Pour la nouvelle d’Anne-Josée Hilaire, « Le monde d’après », il y a une bonne utilisation du conte, en tant que genre. Il y a un univers à elle et une douceur du texte agréable à lire.

Pour la nouvelle de Jean-Baptiste Roman, « Dog eat dog », le ton des dialogues était risqué mais assumé – et ça marche… ! Le départ de l’histoire est rapide, l’intrigue arrive vite, les dialogues sont bien menés et j’ai apprécié la chute d’un changement de société des chasseurs en agriculteurs…

Les Chroniques de Mars // Sur le plan de la lecture, justement, pouvez-vous nous parler un peu des vôtres… ?

Philippe LEDOUX // CAMUS ! …

De mon enfance je me souviens avoir lu Oui-Oui et le Club des cinq et de ne pas avoir oser lire « Fantômette »…, peur des fantômes ! J’aimais bien lire mais sans excès. J’ai beaucoup lu la revue Alpha junior, à la fois se perdre mais surtout découvrir. Toujours de très bonne qualité. Mais il y a Camus. Vers l’âge de 15/16 ans, j’ai lu Camus, « La Chute ». Comme une révélation. « La Chute », rien que le titre !

À partir de là, j’ai entrepris de lire toute son œuvre, de découvrir l’auteur. L’absurdité de la vie, l’Algérie, la Méditerranée. Puis comme Camus avait adapté ou mis en scène des écrits d’autres auteurs, j’ai navigué vers ces auteurs : Dino Buzzatti entre autres. J’ai beaucoup apprécié Buzzatti alors j’en ai lu un peu plus. J’ai beaucoup aimé l’irruption du Fantastique dans la machine et la rencontre entre l’homme et la machine qui rêve ou qui s’approche des émotions humaines. Je pense qu’il m’a préparé à lire Leo Perutz ou Gustav Meyrink…

Camus fut pour moi l’occasion de rêver à l’Algérie, à Tipaza, aux rues d’Alger, à l’atmosphère chaude, aux odeurs. J’ai longtemps rêvé de faire ce voyage. Mais cela me paraissait impossible, irréalisable. Alors j’ai continué à rêver, j’ai attendu que la décennie noire passât. En 2012, j’y suis allé…

Ce qui est étonnant, c’est que j’y suis allé au moment même ou des membres du gouvernement français y allaient : (repentance des crimes coloniaux). J’ai découvert très modestement des lieux camusiens et je suis allé à Tipaza voir la stèle qui surplombe ce magnifique golfe, à côté du mont Chenoua. Au fond, j’étais particulièrement heureux d’avoir enfin réussi à vivre ce rêve d’adolescence, mais un chouïa déçu de ne pas avoir retrouvé cette sensation de proximité que j’avais pu vivre lors de ma lecture de « La Chute »…

Au fond pour moi, le temps est une drôle de chose. C’est plus un « truc » cyclique et, paradoxalement, alors que j’étais physiquement, au plus proche de la source camusienne, j’étais dans une temporalité un peu plus éloignée… J’espère un jour y retourner. Je vous invite à aller là-bas. Petite précision…, je suis originaire du Nord de la France et je n’ai aucune origine Algérienne ou Pied-noir. À Tipaza, la stèle commémorant Camus s’ajoute à la présence, entre autres, grecque, romaine et perse, acceptation que notre présence au monde soit juste un sédiment qui s’ajoute… Cela a aussi été la découverte de personnes. Comme si la lecture parfois ne devait pas se contenter d’être une aventure de l’esprit mais aussi du corps et de l’âme. Shakespeare (« Hamlet » : il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark, Naguib Mafhouz, Anatole France, c’était l’auteur préféré de mon grand-père), Marguerite Yourcenar, « Nouvelles orientales », Annie Saumont, une très grande.

Comme j’ai très peu de mémoire et que je ne sais pas si j’arrive à capter toute la subtilité de ces œuvres, je les oublie mais elles me font rebondir sur d’autres lectures. Je crois qu’en tant que lecteur, j’aime par dessus tout la capacité d’un auteur à raconter une histoire à la manière d’une spirale d’une montre, d’un derviche. J’aime parfois me perdre dans les lectures de maître Eckhart… Ne suis-je pas encore assez prêt de quelque chose, quelque lieu ou de quelque temps comme à Tipaza ? Puis comme une façon de retourner vers le Présent, j’ai lu et je pense qu’il est encore plus d’actualité : Catherine Baker « pourquoi faudrait-il punir »…

Peut-être mes lectures vous paraîtront hétéroclites mais je pense qu’il y a comme un effet de focale en photo… J’ai la sensation qu’il y a un mouvement incessant dans mes lectures : je m’approche du plus proche au plus loin, du plus imaginatif au plus descriptif, du plus réaliste aux auteurs les plus subtils. Voilà, ce que je peux vous dire ici, j’espère avoir été assez clair, vous avoir intéressé. Et si je lis et j’écris un peu, c’est parce que j’ai joué, joué, joué aux petites voitures… Attention, uniquement au 1/43eme !

Les Chroniques de Mars // Merci beaucoup Philippe Ledoux, pour ce témoignage à la fois saisissant et particulier..., bien noté pour le 1/43eme… – et la course à pied qui améliore le Karma… Alors, justement, vous évoquiez Meyrink à l’instant… Connaissiez-vous Meyrink, ses livres ? Votre nouvelle se passe à Prague et l’univers si particulier du Golem de Meyrink est bien sûr totalement présent dans votre nouvelle ! Cela n’a pas forcément été décisif dans le choix du Jury, mais disons que cela a pu avoir une petite incidence, bien que nous ayons d’abord privilégié avant tout le style, l’histoire, la chute et la qualité littéraire d’ensemble…

Philippe LEDOUX // Je connais un peu Meyrink. Après un voyage à Prague, j’ai lu quelques auteurs praguois comme pour continuer la découverte d’une saveur longue en bouche… D’autant plus que j’aime les atmosphères ou le réel trop propret, trop factice se délite peu à peu. Pour autant, je ne peux pas dire que c’est un auteur que j’ai beaucoup lu, mais je peux dire qu’il m’a marqué. Par ailleurs, je me suis aperçu plus tard, qu’il y avait eu des films, et que finalement, il n’y avait pas une finalité unique du Golem.

Il est parfois représenté comme un monstre qui échappe à l’homme l’ayant créé, il devient un tueur, et parfois comme un absorbeur de la douleur d’un Monde…, parfois encore un être presque magique qui conserve l’essentiel d’une communauté en passe de disparaître. Golem qui pourrait rejoindre l’âme du monde et lui transmettre son sac de souvenirs. Quant à moi, ayant pratiqué (modestement) de la marionnette, forcément, j’ai eu une représentation d’un Golem presque vivant.


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LE FILM EST à RETROUVER EN VERSION INTÉGRALE SUR LE CINÉCLUB des CHRONIQUES de MARS

Le Golem (Der Golem : Wie er in die Welt kam) est un film allemand réalisé par Paul Wegener et Carl Boese en 1920. Il raconte l’histoire d’un rabbin qui fabrique un monstre dans l’espoir d’en faire son serviteur mais aussi le sauveur de la communauté juive. Celui-ci finit par se retourner contre son créateur, manquant de le détruire. À partir d’un archétype de la littérature fantastique née du folklore juif, Wegener construit un film, considéré comme un des chefs-d’œuvre du cinéma expressionniste allemand. Ce film a eu une grande influence sur le cinéma fantastique, notamment sur le film Frankenstein.


Il a fallu de peu pour qu’il rejoigne les humains. On le fait exister, grandir, on lui ouvre une bouche – et ça doit faire mal – et puis sans crier gare, tout est fini. C’est le personnage pour lequel j’ai le plus d’affection. J’aime beaucoup cette figure du Golem, parce qu’en tant qu’être humain, on le voit non humain, inférieur, non autonome incapable d’incarnation mais au fond, l’être humain est il sur un autre plan, lui aussi capable de s’incarner véritablement. Ce golem devient notre propre image ou notre face réfléchie dans le miroir. Le Golem représente l’objet transactionnel et transitionnel, protection contre l’angoisse et possibilité de s’entendre, de s’arranger entres intérêts disjoints…

Je pense qu’aujourd’hui on devrait pouvoir retrouver le Golem dans des figures modernisées ou plus vivantes et je pense que Buzzatti a exploré, à sa façon, ce personnage en abordant le thème des robots et des machines presque vivantes…

Cette « presque humanité », cette presque perfection mais qui se révèle juste imparfaite au mauvais moment éclaire un peu la pratique actuelle sur les embryons (animal cloné, enfant éprouvette…).

J’éviterais de donner un avis mais penser cette modernité scientifique à l’aune de ce Golem me paraîtrait intéressant…

Les Chroniques de Mars // Sans rien déflorer de votre nouvelle pouvez-vous nous parler de votre style et de la construction littéraire de votre nouvelle ?

Philippe LEDOUX // Oh là…, c’est une question difficile. Je vais y répondre à ma façon. Pour cette nouvelle, j’ai lancé l’histoire, j’ai agité le « shaker » jusqu’au décompte, ce décompte s’adresse aussi à moi-même, m’oblige à prendre une direction. Cette phase me permet de lancer la nouvelle, un peu comme un MacGuffin (Hitchock), même si, ici, le personnage reste au centre de l’histoire… Ensuite, face au fatras, je me retrouve hors de ma position de confort et du coup, cela m’a obligé d’être inventif… Après avoir utilisé le ressort des bâtiments, j’ai utilisé des personnages historiques de Prague, puisque Prague est le centre géographique de l’histoire…

Ensuite j’ai profité, une fois les personnages créés, d’en faire vivre quelques uns. En général, je ne pense pas utiliser beaucoup de dialogues. Par contre ici, ils sont plus nombreux. C’était pour moi la volonté de donner de la vitesse à l’histoire, de donner de la dynamique et de la rythmer. J’avais un peu peur que ce personnage humain en proie à la ville de Prague finisse par être lassant et je voulais faire vivre tout ce qui était extirpé. Du coup, en principe, ce sont des répliques très courtes. À partir du moment ou je me suis permis de désacraliser certains personnages, je me suis laissé un peu aller à leur faire dire des répliques un peu légères comme pour montrer au lecteur la vérité de ces personnages. Ainsi, Ignace de L. pourrait être perçu comme un manager commercial froid et dur. Cette utilisation des personnages me permet également de faire avancer l’histoire…

J’ai vraiment voulu des répliques totalement anachroniques – à la fois pour montrer la psychologie des personnages : embarras, retors, manipulateur… Au fond, j’aime quand l’histoire m’échappe un peu car elle me pousse à innover. Il y a plusieurs niveaux de dialogues. Certains sont des personnages qui se répondent, d’autres s’adressent au lecteur. Également, un jeu entre un écrit qui peut se permettre d’être plus lent, plus descriptif car je sais que je contrôle le récit par ces dialogues brefs et décalés par rapport au reste. Enfin, j’aime souvent jouer un peu avec les mots au fur et à mesure ou au niveau sonore – (Ah mais non, Amen oui…).

J’essaie de penser et de pratiquer le « gueuloir », il s’agit de quelque chose que je découvre au cours de l’écriture. En général, j’aime beaucoup écrire avec un peu d’humour, un peu de poésie. Quant à la chute, j’ai senti le besoin de refermer doucement l’histoire commencée mais je voulais vraiment une chute courte, je l’avais en tête dès le départ puis je l’ai oublié pour me laisser croire à ce moment étrange et ensuite, tac ! … ça revient d’un coup comme la mort du Golem… Mais est ce que le personnage n’est pas lui-même « mon golem » destiné à absorber mon angoisse… ?

Les Chroniques de Mars // Merci à vous Philippe Ledoux, pour cette interview très enrichissante et j’ajoute à nouveau toutes les félicitations de tous les membres du Jury pour votre nouvelle. Il a été décidé que l’année prochaine, fort de la qualité d’écriture de votre nouvelle primée, vous rejoindriez si cela vous tente les autres membres du Jury du Prix Gustav Meyrink 2021…

Les Chroniques de Mars © – Novembre 2020 – Entretien avec Phiippe Ledoux.

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// Sincères remerciements à Xavier MERCIER-CHAUVE qui a réalisé le reportage photographique consacré à Philippe Ledoux pour cet entretien avec Thierry E. Garnier.

 

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LISTE des Sélectionnés – Prix Gustav Meyrink 2020

LES 100 NOUVELLES du Prix Gustav Meyrink sont en ligne sur le WEB !

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