ARCANES POLAIRES – SYMBOLES de la SCIENCE SACRÉE

Paul-Georges Sansonetti est un auteur d’exception, né le 7 décembre 1941, universitaire de formation, diplômé en Sciences Religieuses, il a été chargé de conférences durant huit années à l’École Pratique des Hautes-Études à la Sorbonne (EPHE), spécialiste de la littérature comparée aux Mythologies, au Cinéma et aux Art graphiques, il est l’auteur de nombreux ouvrages de grande érudition traitant avec une analyse originale tous les domaines spirituels issus de la Tradition Primordiale. Dans le cadre de la sortie de son livre « Arcanes Polaires – Symboles de la Science sacrée », publié ce mois-ci aux éditions Arqa, Paul-Georges Sansonetti a bien voulu, dans un long entretien qu’il nous a accordé, répondre en détails à toutes les questions que nous lui avons posées pour notre WebZine des « Chroniques de Mars ». Nous le remercions ici vivement, au nom de tous nos lecteurs, de toutes ces précisions essentielles sur la Tradition pérenne et de son aimable collaboration.

Thierry E. Garnier // Les Chroniques de Mars © – décembre 2020.

 


Arcanes Polaires De Thulé à l’Hyperborée


Les Chroniques de Mars // Il nous faut revenir, avant de nous quitter, sur un aspect fondamental de la localisation de cette Terre « graalique », réelle ou fantasmée, terrestre ou extraterrestre, qu’est Thulé parfois assimilée à l’Hyperborée… On sait que l’intrépide Pythéas, le « Christophe Colomb des contrées nordiques », parti de Massalia (Marseille) sur un navire parfaitement affrété, aux environs de 325 avant notre ère, en quête des ces terres polaires inconnues, autrement dit vers ce « centre suprême » vers lequel il tenta de naviguer… Il est intéressant de noter, par ailleurs,si l’on tient compte de l’origine polaire de la Tradition Védique, qu’à un moment donné de l’Histoire de l’Humanité nous sommes passés, par incidence, par volonté, ou par nécessité…, d’une Tradition de référence, polaire, « aryenne », dirons nous, (tournée vers le Nord et la Grande Ourse), à une Tradition solaire « égypto-sémitique » (tournée vers l’Est) – à quel moment situez-vous ce basculement ? Pouvez-vous l’expliquer ? Et peut-on s’attendre aussi, non pas à un basculement des pôles, mais à une inclinaison prochaine de l’axe des pôles dans des temps futurs, éloignés, ou même rapprochés – comme il s’en produisit un par le passé, il y a bien longtemps… ?

Paul-Georges Sansonetti // Je commence par le milieu de votre question. En fait, l’étude du Symbolisme et de la Géographie sacrée montre que ce qui est « polaire » est en même temps « solaire ». Si l’âge originel est concrètement et spirituellement situé au Pôle ou, pour le moins, dans une région circumpolaire, cet âge est blasonné par l’Or, métal solaire par excellence. Les pyramides de Gizeh, à l’évidence monuments solaires, sont orientées d’une façon incroyablement précise sur le Pôle. Pareil pour la Grèce : à Delphes, Apollon, le plus « solaire » des dieux, est qualifié d’ « hyperboréen ». Au terme d’ « aryen » (trop connoté de par l’usage qui en a été fait), je préfère le terme sanscrit d’arya. Mais, si nous parlons d’une période antérieure à la formation des sociétés indo-européenne, il serait utile de choisir, avec Julius Evola, le terme de « boréal ».

Une autre précision s’impose. Plus on remonte dans le temps et plus on découvre que les traditions de peuples assez divers font référence aux mêmes données symboliques. Prenez les Hébreux. Moïse reçoit de l’Éternel toutes les indications pour leur constituer une sacralité centrée sur le Tabernacle où demeurent l’Arche d’Alliance et le Chandelier à sept branches. Le peuple est divisé en douze tribus rappelant les signes du zodiaque, comme il y avait, en Grèce, douze cités entourant Delphes et il faut encore citer Jean Richer qui a montré que ce système fut, après les Étrusques, adopté par Rome. Deux autres choses prouvant que la Judée faisait référence au même système « polaire ». D’abord le fait que la colline (ou montagne) de Sion ait été, lors de la création du monde, dit la légende, la première hauteur à exister. À partir de ce lieu, l’Éternel a façonné tout ce qui existe. Précisons au passage que ce thème a été emprunté à l’Égypte puisqu’il est question de la « colline primordiale », point initial de la création. Parallèlement, la montagne de Sion est « polaire », comme le prouve le Psaume 48 dans l’Ancien Testament. Cette hauteur se trouve « là où l’Aquilon prend naissance » (l’Aquilon est le vent qui souffle depuis le nord). Ajoutons le fait que le Jourdain coule (depuis les montagnes du Liban) en Judée selon un tracé qui va du nord au sud. Jésus est donc baptisé dans ce fleuve qui vient du nord. Et, de leur côté, certains Kabbalistes affirment que l’être qui s’accomplit est capable de faire remonter le Jourdain à sa source. Thème identique à celui du saumon de la connaissance dans le légendaire irlandais. Ainsi qu’on le constate, il y a une unité symbolique entre ces diverses traditions.

Aucun basculement mais, au fur et à mesure que s’accentuait la descente dans l’âge sombre (ou de Fer), il eut déformation puis dégénérescence des concepts fondateurs. Si je voulais me montrer féroce et, du même coup, m’attirer les foudres de la « bien-pensance » je dirais qu’on est passé d’un vouloir divin – insufflé dans les êtres – à des « droits de l’homme » (du reste, de moins en moins assurés dans nos sociétés). Ce qui intéresse l’individu porté par la connaissance de la Tradition, ce n’est pas de finir ses jours avec un « plan épargne logement » mais de parvenir à une certitude nimbée d’aurore par ce qui fut au commencement et perdure dans l’invisible.

La localisation « polaire » doit être comprise à la fois d’une façon tangible et d’une façon spirituelle. Il faut un Pôle de la pensée et de l’âme sinon les civilisations et les êtres qui les composent « perdent le nord » ; autrement dit ne sont plus capables de se référer à un point fixe, à quelque chose d’immuable.Ils naviguent dans le flou, l’incertain, l’approximatif. Sans cette capacité « à faire le point sur la polaire », les individus et les sociétéssont entraînés dans un maelström d’idées et d’actions ne conduisant plus nulle part si ce n’est à des drames planétaires d’une ampleur encore jamais vue. Les mythes fondateurs des grandes civilisations de l’Égypte et de l’Inde, de l’Iran et de la Grèce, des Celtes, des Germains, des Daces et des Slaves(dont le dieu à quatre têtes figure le milieu du monde puisqu’il contemple les points cardinaux) offrent tous les matériaux pour nous reconstruire spirituellement.

En ce qui concerne une possible localisation géographique, on a parlé d’un continent boréal dont le centre aurait été la dorsale Lomonossov. Aucune preuve archéologique de civilisation n’a pu être apportée si ce n’est, comme le rapportent Pauwels et Bergier dans Le Matin des Magiciens, que des pierres taillées furent découvertes au moment de l’installation, pendant la guerre froide, d’une base américaine en un lieu du Groenland baptisé Thulé (« le hasard est un grand maître », disait Jean Giono). Mais c’est très insuffisant en matière archéologique. Par contre, de façon bien plus tangible, une révélation est venue récemment de Russie, d’après des fouilles commencées dans les années 1920 par un certain professeur Alexander Barchenko (1881-1938) persuadé que des vestiges découverts sur la péninsule de Kola témoignaient de l’existence réelle de l’Hyperborée. Des « fonctionnaires » de Joseph Staline mirent brutalement fin à sa carrière. Les fouilles furent abandonnées avant d’être reprises en 1998. Elles apporteraient, dit-on, la preuve conséquente qu’un peuplement inconnu, ayant à son actif d’impressionnants travaux architecturaux, existait entre – 8.000 et – 6.000 ans, antérieurement à notre ère, sur ce territoire situé tout au nord de l’Europe, à une latitude plus rapprochée du Pôle que l’Islande. Parmi des vestiges majeurs, se dressent deux pyramides présentant la même orientation que celles de Gizeh. On pourrait parler d’une sorte d’Égypte du septentrion. Jean Richer, le génial découvreur de La Géographie sacrée du monde grec, a pu écrire que, pour les Hellènes, la terre pharaonique et la mythique Hyperborée se confondaient. Ce sentiment était-il issu du souvenir, hantant encore la mémoire de certains érudits Grecs, d’une civilisation installée dans une région boréale et qu’emblématisaient deux pyramides ? À Kola, on a trouvé plusieurs artéfacts dont le plus singulier est un orifice circulaire dans une roche avec, à l’intérieur, un cylindre de pierre portant deux gravures : une sorte de lotus et un trident. Peut-être une formulation thématique ad minima, d’une part, de la fleur de vie et, d’autre part, du ternaire comme armement spirituel face aux dangers chaotiques du monde.

Du trident au fameux 111, la distance est courte. Rappelons au passage que l’arme-sceptre axiale de Poséidon traduit la maîtrise de la mer dont les flots symbolisent le perpétuellement mouvant. Toutefois, nous sommes quelques-uns à penser que l’énigmatique civilisation de Kola fut un « centre secondaire » et non la véritable Hyperborée, le « Centre suprême » qui, de par sa nature même est destiné à ne pas subir les effets de l’involution. Ce « Centre », que symbolise la Jérusalem céleste dans l’Apocalypse, doit revenir dans son intégrité première.

Il est possible que l’on assiste à un nouveau basculement du Pôle. Mais le plus important est le retour du « Centre suprême » après que la terre ait été purifiée de tous les miasmes (surtout psychiques) accumulés durant la fin de ce cycle. Pour ces évènements, je conseille vivement de relire les chapitres XXIII et XXIV du Règne de la Quantité de Guénon. Ce dernier nous dit, je cite, qu’« en réalité le monde corporel n’est pas anéanti, mais « transmué », et il reçoit aussitôt une nouvelle existence ». Pour l’Iran mazdéen, cette transformation s’opère au moment du « Frashkart », terme désignant le « rajeunissement du monde ». Et – faut-il le redire ? – le mot Apocalypsis, signifie « révélation », « dévoilement ». Tout à la fin du cycle, les vérités fondatrices, autrement dit ce qui est de l’ordre du principiel, reviennent inexorablement et, bien entendu, anéantissent les multiples leurres sociétaux et aberrations idéologiques fabriqués par l’Anti-tradition. Mais il n’est pas question d’attendre ce moment, il faut le (re)créer en permanence à l’intérieur de notre être. Telle est sans doute la dignité qu’il nous revient de revêtir dans un monde que l’on sait en pleine dissolution…

INTERVIEW de Paul-Georges Sansonetti par Thierry E. Garnier – © K2Mars – juin-juillet 2021.

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ENTRETIEN avec Paul-Georges SANSONETTI // PARTIE 1 # – Arcanes Polaires – Aperçus biographiques

ENTRETIEN avec Paul-Georges SANSONETTI // PARTIE 2 # – Arcanes Polaires – De Jacques Breyer à la Tradition Primordiale

ENTRETIEN avec Paul-Georges SANSONETTI // PARTIE 3 # – Arcanes Polaires – Le concept des « Quatre Âges » et le songe de Nabuchodonosor

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